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Réorganisation de la SNCF

Une contrôleuse SNCF agressée à Toulouse : la politique de la direction en cause

Dans une station fréquentée du métro toulousain, trois hommes s’en sont violemment pris à une contrôleuse de la SNCF en tenue, qui partait embaucher à la gare Matabiau. En creux de cette affaire, les conséquences de la réorganisation des services publics des transports.

mardi 18 janvier

La station Jean Jaurès à Toulouse

Lundi 17 janvier, une agente de service commercial à bord des trains (métier plus connu sous le nom de « contrôleur » à la SNCF) partait prendre son service en gare de Toulouse Matabiau, vêtue de son uniforme. Trois hommes l’ont violemment agressée alors qu’elle se trouvait dans la station de métro Jean Jaurès, à deux pas de son lieu de travail. Deux d’entre eux lui ont donné des coups, entraînant des blessures au thorax et au cou, tandis que le troisième filmait la scène. Ils lui ont également dérobé des affaires, dont son téléphone portable.

Au-delà de la violence des faits, condamnables en tous points, cette terrible agression pose question à plusieurs niveaux. Il est établi que l’élément déclencheur de ce déferlement de violence est la tenue de travail reconnaissable portée par la victime, et que cet acte est un acte de vengeance suite à une éventuelle verbalisation de l’un de ces trois hommes par la contrôleuse, dans les semaines ayant précédé les faits.

Un recours accru aux contrats précaires parmi les contrôleurs

Il s’avère que la victime est embauchée par la SNCF en CDD, tout en étant assermentée au même titre que les contrôleurs embauchés au statut cheminot ou en CDI de droit privé (depuis 2018). Ce qui signifie qu’elle a bénéficié d’une formation expéditive et d’un suivi minimal, mais se retrouve exposée aux mêmes risques d’agressions que l’ensemble de ses collègues, en ayant des objectifs chiffrés d’opérations à réaliser à bord des trains (émission de billets au tarif de bord et verbalisation des voyageurs sans titre de transport).

Ce recours accru à des intérimaires et à des contrats précaires pour assurer le contrôle à bord des trains, dans le seul objectif d’augmenter les recettes réalisées par la SNCF, ne fait qu’augmenter les risques pour les voyageurs et les agents. Plutôt que de former correctement et d’embaucher dans la durée des agents à bord des trains, l’entreprise ferroviaire préfère s’assurer une main d’œuvre bon marché et mal formée, non habilitée aux tâches de sécurité (habilitation permettant notamment de seconder le conducteur du train en cas d’incident durant le voyage), tout en demandant à ces travailleurs formés sur le tas de s’exposer toujours davantage à bord des trains pour quelques titres de transports. Nombre d’intérimaires ne bénéficient que de deux jours de formation pratique à bord des trains, accompagnés d’un moniteur, avant de se retrouver seuls sur les lignes qu’ils doivent contrôler.

Le contrôle des titres de transport ne devrait pas être la première mission de ces agent.es, dont la présence à bord des trains est bien plus utile pour aider le conducteur en cas de panne ou d’accident, pour informer les voyageurs et les accompagner dans leurs déplacements plutôt que pour jouer un rôle répressif et qui les expose à d’éventuelles violences.

Pour économiser : rogner sur les temps de prise et de fin de service

D’autre part, ce qui interroge dans cette affaire d’agression, c’est que la contrôleuse ait dû se déplacer dans les transports en commun, vêtue de sa tenue de travail avant d’aller embaucher. Bien que cela soit fortement déconseillé par l’entreprise en théorie, rien n’est fait dans la pratique pour assurer aux agents la possibilité de se changer sur leur lieu de travail. Dans de nombreuses régions, la direction des agents commerciaux de la SNCF pousse à supprimer les temps de « prise de service » et de « fin de service » décomptés sur la paye de cheminots, et précisément prévus pour qu’ils puissent se changer sur leur lieu de travail et faire les trajets jusqu’à chez eux en tenue civile.

A Toulouse, un déménagement des locaux a conduit plusieurs contrôleurs intérimaires à devoir attendre parfois plusieurs semaines avant de se voir affecter un vestiaire, ce qui les a donc obligés à arriver sur leur lieu de travail en tenue. Ce même déménagement a modifié le lieu où les taxis viennent récupérer les agents qui doivent se rendre dans une autre gare que Toulouse Matabiau, obligeant les conducteurs mais aussi les contrôleurs en tenue à attendre leur taxi sur le parvis de la gare, au milieu de tous les voyageurs et des passants, de jour comme de nuit.

Il ne s’agit en aucun cas de minimiser la responsabilité des trois agresseurs et la violence de l’agression subie par la contrôleuse à Toulouse, mais cette situation terrible aurait très certainement pu être évitée si la politique de la SNCF n’était pas dictée par la rentabilité à tous prix ; si les agents à bord des trains étaient formés correctement à la gestion des conflits, s’ils n’étaient pas poussés à s’exposer toujours plus pour quelques dizaines d’euros, si leur rôle premier redevenait celui d’assurer un véritable service public de qualité ; et si le personnel de la SNCF était traité dignement, c’est-à-dire embauché au statut, avec un espace pour stocker des affaires et se changer sur le lieu de travail et un temps de prise et de fin de service compté dans les heures travaillées systématiquement.



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