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Travail social

Travail social : après la grève du 4 avril, quel plan pour la suite ?

Le travail social s'est mobilisé à nouveau ce jeudi 4 avril. Une mobilisation en demi-teinte qui a cependant démontré qu’une importante colère dans le secteur. Quel bilan en tirer et quelle perspective pour la suite ?

Lucas Darin

5 avril

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Travail social : après la grève du 4 avril, quel plan pour la suite ?

Crédits photo : Révolution Permanente

La journée du 04 avril a vu plusieurs milliers de travailleurs sociaux descendre dans les rues pour crier leur colère dans une cinquantaine de villes en France : plus d’un millier à Paris et à Nantes, 500 à Toulouse, 400 à Reims, Montpellier, Lyon et Bordeaux, 250 personnes à Caen, Pau et Lorient, 150 à Nancy et Valence.

Une mobilisation en demi-teinte, mais une combativité importante

Pour le secteur, le nombre de manifestants montre la colère existante sans toutefois atteindre les chiffres des grosses journées de mobilisation comme le 7 décembre 2021 où plus de 50 000 travailleurs sociaux avaient pris la rue. Mais si la date a présenté des limites en termes de mobilisation de quantité, la combativité démontrée constitue cependant le meilleur point un d’appui pour la suite.

En effet, loin des défilés routiniers, la journée a été marquée par des cortèges particulièrement dynamiques à Bordeaux, Montpellier, Saint-Etienne et Paris. A Caen, les manifestants ont envahi le Conseil Départemental, et à Grenoble, des centaines de salariés de l’AFIPH, principale association médico-sociale du département, ont eux aussi fait irruption dans le siège de l’association avec leurs soutiens.

La colère profonde d’un secteur sous extrême tension

Cette radicalité prend racine dans l’état catastrophique du secteur qui est traversée de plein fouet par la crise économique et sociale actuelle.

Dans un contexte d’inflation persistante, les salaires très bas pour des métiers particulièrement difficiles conduisent provoquent régulièrement des grèves locales, notamment sur la question de notamment lorsqu’il s’agit des salariés exclus de la prime Segur de 183€ accordée au secteur en 2022, comme en Sarthe au mois de mars.

Surtout, le manque de moyens matériels et humains provoque des situations intenables. Du manque de structures entières, qui donne lieu à des listes d’attente interminable pour accéder à un hébergement ou à un établissement d’accueil des personnes en situation de handicap, au manque de professionnels sur le terrain, le secteur tout entier est écartelé entre des besoins de plus en plus importants et urgents, et des moyens qui n’augmentent pas assez vite voire même sont réduits. Le nombre de burn-out de professionnels qui font face à un quotidien insupportable, ou choisissent tout simplement de quitter le secteur témoignent de cette situation d’écartèlement intenable pour les travailleurs sociaux. Une situation qu’expliquait à notre micro une assistante sociale scolaire le 19 mars, lors de la journée de grève de la fonction publique, dénonçant la charge de travail de 3 000 assistantes sociales qui suivent 12 millions d’élèves en France :

A cette situation dramatique vient s’ajouter une prochaine attaque d’ampleur contre les quelques acquis des salariés qu’ils restent encore du secteur notamment concentrés dans les différentes conventions collectives du secteur. En effet, le gouvernement et les employeurs de l’associatif cherchent à imposer un projet de convention collective unique au secteur, qui représenterait une perte de salaire de plusieurs dizaines de milliers d’euros sur une carrière, la suppression d’avantages comme les congés trimestriels, et surtout l’individualisation du salaire en supprimant le principe d’un salaire égal basé sur un diplôme et une ancienneté.

Le défi de construire une mobilisation d’ampleur, le 4 avril comme point de départ

Une telle situation entraîne un défi de taille pour les travailleurs sociaux. La journée du 04 avril a permis de mesurer la colère profonde du secteur, et d’entrevoir les possibilités de mobilisation avec des milliers de manifestants ayant répondu présent. Mais à présent, que faire de notre colère ?

Le 4 avril n’était pas la première journée de grève dans le travail social, qui a connu un grand-nombre de dates ces dernières années : 7 décembre 2021, 11 janvier, 1er février, 15 mars et 31 avril 2022, 02 février 2023 pour ne citer que les plus importantes.

Si à chaque fois, ces dates ont le mérite d’exprimer le mécontentement du secteur, force est de constater qu’elles sont loin d’être suffisantes pour obtenir plus que des miettes. La prime Ségur a été obtenue en partie grâce à ces mobilisations, mais de nombreux collègues en sont encore exclus aujourd’hui malgré les journées de manifestation.

Pour obtenir une revalorisation salariale d’urgence pour tous les salariés du secteur, autant que pour contraindre nos employeurs à abandonner leur projet de convention collective au rabais, une mobilisation d’une toute autre ampleur sera nécessaire. Face à la situation politique actuelle, les dates isolées servant à tirer la sonnette d’alarme pour peser sur les négociations ou sur le rapport de force entre syndicats de salariés et le tandem employeurs-financeurs, sont une impasse. Au contraire, nous devons nous servir du 4 avril comme un point d’appui pour commencer la construction d’un mouvement bien plus important : en organisant des réunions publiques sur la question des conventions collectives et des assemblées générales de secteur, en agrandissant les équipes militantes, en tissant du lien entre différentes associations et différents militants. Une idée développée par Lucas, travailleur social à Montpellier et militant au Social en Lutte 34 :

« Il ne faut pas se leurrer, même pour le Ségur pour tous on voit l’ampleur de la mobilisation à construire : 2 ans qu’on lutte, 2 ans qu’on réclame mais il ne se passe rien. La question c’est comment tous, dans nos équipes, on fait pour convaincre des collègues, on organise des réunions, on ouvre des discussions sur l’avenir du travail social, pour construire une mobilisation beaucoup plus large et développer un rapport de force pour forcer nos employeurs et le gouvernement à nous lâcher ce qu’on veut. On obtiendra que ce qu’on arrachera par la force, il n’y a rien à négocier, à attendre et à espérer qu’ils ouvrent les yeux. »

Au-delà du travail social, la colère et la lutte dans le secteur font écho aux mobilisations qui traversent d’autres secteurs, comme la journée de grève de la fonction publique du 19 mars, ou le mouvement qui a secoué l’éducation nationale ces dernières semaines, dans lesquelles se retrouvent les mêmes dynamiques. Au vu de la situation politique, le réel enjeu derrière la lutte actuelle consiste à développer un mouvement assez fort pour déjouer le projet du gouvernement qui nous promet l’austérité. Pour ça, la construction de liens et d’une convergence avec les autres secteurs ciblés par l’État, à commencer par la santé, l’éducation nationale et la fonction publique, sera une condition essentielle à la victoire.


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