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Militarisation

Thalès supprime 1300 postes dans l’aérospatial pour les « redéployer »… dans l’armement ?

Le 5 mars dernier, la direction de Thales a annoncé à ses salariés la suppression de 1300 postes dans sa filiale aérospatiale Alenia Space. Dans un contexte de forte militarisation, une partie de ces salariés pourraient être redéployé dans la production militaire de l’entreprise.

Lino Lussu

2 avril

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Thalès supprime 1300 postes dans l'aérospatial pour les « redéployer »… dans l'armement ?

Crédits photo : Capture d’écran Google Maps

Le 5 mars dernier, la direction de Thales a annoncé à ses salariés la suppression de 1300 postes dans sa filiale aérospatiale Alenia Space. Un vaste plan consistant à « redéployer » les travailleurs concernés dans d’autres branches de l’entreprise. Le même jour, elle publiait ses résultats pour l’année 2023, soit plus de 18 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 2 milliards de bénéfices, un nouveau record. Le PDG Patrice Caine commentait ainsi : « Cette année encore, Thales a réalisé des performances remarquables. L’excellente dynamique commerciale se poursuit en 2023, avec un niveau de prises de commandes dépassant de nouveau les 23 milliards d’euros et un carnet de commandes atteignant un plus haut historique ».

Pour justifier le plan social, les dirigeants brandissent la « nécessité de s’adapter aux nouvelles réalités du marché spatial » et déplorent « une baisse de la demande ». De son côté, la CGT affirme avoir alerté depuis de nombreuses années sur les mutations du secteur et dénonce les décisions de la direction, qui fait payer sa mauvaise gestion aux salariés. En effet, aucune information n’a été donnée concernant les détails du plan, ce qui provoque de nombreuses craintes chez les salariés de la filiale. Pierre Tommasi, délégué syndical CGT sur le site de Toulouse, explique : «  Sur ce cas-là, on est au courant d’absolument rien et on a la sensation que la direction nous mène en bateau. Nous aimerions avoir un plus gros suivi ».

Beaucoup se demandent comment la direction compte réussir à redéployer 1300 personnes sur d’autres postes. « Un plan similaire concernant 317 salariés a déjà été mené l’année dernière, avec déjà d’énormes difficultés à le boucler. En plus, on a de gros problèmes de surcharge de travail dans certains secteurs », ajoute le syndicaliste. Qu’en sera-t-il avec ces centaines de postes en moins ? Aucune réponse n’est pour l’instant apportée par la direction. Pour la CGT, c’est de la santé des salariés dont il s’agit : « On a beaucoup de retours de terrain et ils font tous état de la forte pression sur la productivité qui pèse sur les salariés », confie en ce sens Thomas Meynadier, également délégué CGT sur le site de Toulouse.

Cette restructuration au sein des différentes branches de Thales pourrait potentiellement bénéficier au secteur de l’armement où la demande explose. En effet, dans un contexte de militarisation mondiale, la part des bénéfices de l’entreprise est en grande partie due à ce regain d’activité dans le domaine militaire. D’après le journal Les Echos : « Sur les 25 « grands contrats » - d’une valeur supérieure à 100 millions d’euros - engrangés par Thales en 2023, 18 concernent le secteur de la défense ». Dans un autre article paru dans Les Echos, le PDG de Thalès déclarait en ce sens vouloir donner «  un coup d’accélérateur sur l’IA au service de la recherche, des capteurs et des centres de commandements dans la défense ».

Thalès joue un rôle important dans l’escalade militariste actuelle. L’entreprise est aussi directement impliquée dans le génocide en cours en Palestine le rapport du collectif Stop Arming Israël, qui met en avant la collaboration active de Thalès avec plusieurs entreprises d’armement israéliennes, notamment dans la conception de drones militaires. Dans ce contexte, il faut à la fois refuser les attaques contre les emplois, mais aussi dénoncer le rôle de la multinationale dans les guerres actuelles et dans la dynamique de militarisation. Une perspective que doit défendre le mouvement ouvrier à l’image du récent positionnement de la CGT de la centrale nucléaire de Civaux qui affirmait son refus de produire des armes.


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