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Révolte en Inde : le monde paysan à l’assaut de la capitale

Après deux mois d'une mobilisation sans relâche, la contestation paysanne connaît une nouvelle impulsion en réponse à un Etat qui cherchait à étouffer la crise. Plusieurs millions de manifestants veulent désormais partir à l'assaut de la capitale muni de centaines de milliers de tracteurs, pour le 26 janvier : le jour de la fête nationale !

jeudi 21 janvier

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En Inde, la mobilisation paysanne ne faiblit pas. De nombreuses manifestations se sont succédées ces derniers mois et la capitale indienne, New Dehli, s’est faite encercler par des installations de camps qui permettent aux mobilisé-es d’enchaîner les blocages routiers. Face à cette obstination remarquable et cette combativité sans égal des paysan-nes, le gourvenement de Modi a été jugé “incapable” par la Cour suprême qui a proclamé vouloir gérer par elle-même cette crise sociale. Mais l’heure n’en était pas à la résignation ou au compromis, car la Cour n’a ni plus ni moins tenté d’amadouer la contestation en annoncant la suspension des lois problématiques pour un ou deux ans afin casser la dynamique du mouvement. Mais loin de tomber dans le piège, les manifestants ont décidé de passer à la vitesse supérieure en programmant cette invasion de la capitale.

Cette contestation a été en grande partie causée par les tentatives gouvernementales de faire passer des mesures de libéralisation de l’économie, touchant sans surprise le secteur agricole. Dans l’agriculture, la mesure-clé était d’envisager l’abolition d’intermédiaire public entre les paysan-nes et leurs acheteurs privés (que ce soit des groupes industriels ou commerciaux), qui garantissait un prix minimum aux produits agricoles des paysan-nes. Cela permettait de réguler le marché et de parer aux effets dévastateurs d’une concurrence sans retenue avec au premier chef la concentration des capitaux conduisant au monopole ou aux cartels. Les conséquences d’une telle mesure sur le monde paysan est une baisse tendancielle des prix des produits agricoles du fait d’une mise en concurrence exacerbée des producteur-rices. Ce qui engendre une baisse de leurs revenus et les contraint à s’endetter davantage. Une poignée s’en sortira mais la majorité tombera en chemin faute de pouvoir rembourser les dettes. Il n’en restera que des grandes exploitations agricoles privées, sans parler du nombre de suicides s’accumulant pour parvenir à cet “idéal d’épuration du marché” qui est, comme à chaque fois, laissé dans l’ombre.
Le second effet de la mesure consiste à mettre en péril les capacités de production alimentaire. Car cette libéralisation conduirait la production agricole à devenir d’autant plus dépendante des fluctuations du marché et de la demande. Le fait que chaque exploitation agricole se borne à produire ce qui se vend le mieux à un temps donné, et que chacune s’engouffre dans la même voie, ménerait à un secteur agricole abandonnant des pans entiers de productions essentielles.

Plus généralement, cette mesure du gouvernement n’est pas à isoler mais se comprend comme un pas de plus pour que l’Inde, en tant qu’économie en cours de développement, s’intègre au marché mondial et aille au bout de la logique capitaliste. Le monde paysan n’est pas le seul à pâtir de cette dynamique. Les soutiens émanant du monde ouvrier et du secteur de la santé confirment qu’il s’agit d’un phénomène global. Le point positif est que nombre d’indien.nes en soient conscient-es et agissent en conséquence : la grève historique de plus de 200 millions de travailleur.ses qui a récemment secoué le pays en est un exemple.

Cette mobilisation ne se borne pas à une lutte pour la seule condition paysanne, qui concerne déjà 1,3 milliards de personens dans le pays. Ces révoltes sont plutôt à considérer comme des points d’accroche et de ralliements d’une contestation sociale encore plus large : ouvrier-ères, chômeur-ses, artistes, etc. La lutte contre le patriarcat, dont l’expression en Inde est particulièrement violente, prend également consistance au sein même de cette contestation. En effet, les hommes ayant déserté les zones rurales pour trouver du travail en ville, les femmes ont pris le relai dans les affaires paysannes et constituent une force significative du mouvement. On parle de “révolution dans la révolution”.

Dans tous les cas, l’envergure du combat est de taille : aussi bien du côté de la contestation que de celui de la répression. Pendant que le mouvement entend réunir des centaines de milliers voire plusieurs millions de personnes à New Dehli, le gouvernement a annoncé un dispositif représsif combinant forces armées et forces policières qui tirent déjà à balles réelles sur les manifestant-es et construisent des barricades, fossés, etc. pour préparer la journée du 26.




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