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Solidarité internationaliste

Paris. 150 personnes pour discuter de l’Argentine et de la lutte contre l’extrême-droite

Ce jeudi, 150 personnes étaient présentes à la réunion de Révolution Permanente sur situation en Argentine depuis la victoire de Milei. Avec deux militantes du PTS argentin, l’évènement a abordé la résistance des travailleurs et la stratégie des révolutionnaires contre l'offensive ultra-libérale du président d’extrême droite.

Antoine Chantin

2 février

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Paris. 150 personnes pour discuter de l'Argentine et de la lutte contre l'extrême-droite

Ce jeudi 1er février, près de 150 personnes étaient réunies à Paris pour assister à une réunion publique de Révolution Permanente sur la situation en Argentine depuis l’arrivée au pouvoir, le 10 décembre dernier, du président d’extrême droite Javier Milei. Une discussion qui a permis de faire le point sur l’offensive ultra-libérale de Milei, les premiers éléments de résistance et la politique de la gauche révolutionnaire face au « plan tronçonneuse » du libertarien. Laura Varlet, cheminote à Paris-Nord, a donc animé la discussion en compagnie de deux militantes du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) argentin, Marylin, travailleuse de la fonction publique, et Sol, membre de la commission des femmes de l’usine sous contrôle ouvrier de Madygraf, présentes en visio depuis l’Argentine.

Pour Laura Varlet la discussion est particulièrement importante pour comprendre la lutte de classe en cours en Argentine, mais également pour tirer les enseignements de l’expérience sur place : « on ne peut pas se contenter de regarder uniquement ce qu’il se passe en France, puisqu’il s’agit de la même classe ouvrière qui subit les mêmes attaques. Voir ce qu’il se passe en Argentine c’est important pour tirer des leçons sur comment se préparer pour y faire face ici », alors que l’extrême-droite progresse en France depuis plusieurs années, et qu’on y oppose seulement un candidat du « moindre mal » responsable des difficultés économiques et sociales actuelles.

Milei cherche en effet à imposer ses mesures choc par tous les moyens. Aussi la loi omnibus, actuellement en discussion au Parlement, est le pilier de cette offensive. Une loi qui, comme l’a rappelé Laura Varlet, est « une réforme constitutionnelle qui ne dit pas son nom », car cette dernière instaurerait une délégation temporaire des pouvoirs législatifs vers l’exécutif, laissant au nouveau gouvernement d’extrême droite les pleins pouvoirs. Elle permettrait en outre d’éroder drastiquement le droit des travailleur.euses en facilitant les licenciements et en réduisant durement le droit de grève. La loi faciliterait également l’accaparement des terres et le pillage des ressources, privatiserait presque toutes les entreprises publiques et déplafonnerait le prix des loyers. Des mesures qui risquent de prendre place dans un contexte de crise profonde et généralisée depuis plusieurs années, puisque, comme l’a souligné la cheminote et militante à Révolution Permanente (RP), « la situation était déjà très grave avant, avec une inflation de 211% sur l’année 2023, et même de 300% sur les médicaments ». L’arrivée de Milei à la tête de l’Etat, et ses premières mesures, au travers du DNU, comparable à « mille 49.3 », ont fortement aggravé la situation économique et ont conduit, en 45 jours de présidence, à « un niveau de pauvreté très important, avec par exemple 400% d’inflation sur le prix des transports, un coût qui correspond à 25% d’un salaire en moyenne » a déploré la militante.

Une situation désastreuse qui permet de comprendre les circonstances qui ont permis à Milei d’arriver au pouvoir. Pour Marilyn, fonctionnaire et militante du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS), organisation sœur de RP en Argentine, « il faut aller 10 ans en arrière pour le comprendre, avec la crise de 2008 ». Cette crise économique dont les effets se sont fait ressentir en Argentine à partir de 2012, a été la fin d’un cycle économique expansionniste dans le pays, conduisant le péronisme à choisir des candidats chaque fois plus à droite, mettant fin à une alternance historique entre les ailes gauche et droite de ce courant politique. Selon Marilyn, « Milei, qui avait une place dans les médias et les réseaux sociaux, a pu apparaître comme une alternative, une voie de sortie face aux coalitions qui régnaient depuis des années. » Ce dernier a surfé sur une détestation des élites en prenant le mot d’ordre « contre la caste » pour slogan. « Il a développé un discours de mensonge en faisant croire que sa politique de la tronçonneuse ne devait toucher que les élites et pas le peuple travailleur, en disant que la seule manière de se sauver c’était de travailler plus et de faire des sacrifices » a souligné Marilyn.

Dans un message enregistré adressé à l’audience, un ouvrier de l’aéroport de Buenos Aires et militant au PTS expliquait que la riposte ne s’est pas faite attendre et le pays a été paralysé par une très importante grève dans tout le pays le 24 janvier dernier. Une grève qui, pour Sol « a montré la force de la classe ouvrière et sa capacité à paralyser le pays mais qui a aussi montré l’énorme limite de la bureaucratie syndicale, qui a fait une grève limitée qui n’est pas à la hauteur des attaques de Milei ». « Après 100 ans de luttes sociales et de lutte des classes ils veulent nous retirer notre droit de grève » a rappelée la militante.

Des attaques face auxquelles l’opposition péronistes et les syndicats ne sont donc pas à la hauteur selon la militante, qui, aux côtés de ses camarades du PTS, a « dénoncé les bureaucraties syndicales qui ont empêchés des milliers de travailleurs des transports de participer à la grève » en faisant débuter à 19h la mobilisation dans ce secteur. Une décision aux conséquences importantes sur l’ampleur de la mobilisation, puisqu’un nombre importants d’argentin.es travaillent dans le secteur informel, ne peuvent pas faire grève et dépendent du fonctionnement des transports pour travailler, a souligné Sol. Cette passivité des directions syndicales s’est une nouvelle fois manifestée, ce mercredi puisque les syndicats n’étaient pas présents dans les rues pour manifester contre la loi omnibus, en cours de discussion. Face aux compromissions des bureaucraties syndicales, « il faut une alternative par les rues et préparer un plan de d’attaque » a martelé Sol. « C’est pour cela qu’on exige des assemblées dans les quartiers, les lieux de travail et dans les universités au retour des classes ».

Pour Maryline cette situation démontre qu’il est « important de récupérer les syndicats à la bureaucratie qui nous a aussi mené au désastre économique en ne défendant ni les travailleurs ni les chômeurs. » Une politique que la militante relie à une dénonciation de la stratégie du moindre mal défendue inlassablement depuis des décennies par les partis institutionnels. « On voit qu’aucun gouvernement n’a remis en cause la logique néolibérale, il faut maintenant commencer à faire confiance en nos propres forces et pas en des candidats qui promettent de produire des miracles. Une sortie institutionnelle ne va pas résoudre les problèmes de l’Argentine. » Cette stratégie doit passer, selon la militante, par le développement et la coordination des assemblées populaires.

Un discours que portent les députés du PTS au sein du Parlement, à l’image de Cristian Castillo, dont l’une des interventions, lors de la commission examinant la loi omnibus, a été diffusée. Un discours qui a démontré le rôle crucial de porte-voix des travailleur.euses que jouent les parlementaires révolutionnaires face au silence des bureaucraties, martelant que la mobilisation doit s’organiser dès maintenant par la base, et qu’il n’est plus permis d’attendre. Face à la censure et au récit imposé par les médias aux mains du pouvoir économiques, les intervenantes ont ainsi insisté sur l’importance des 5 députes du FIT-U, regroupement de partis d’extrême-gauche dont le PTS, pour dénoncer aux yeux de tous le secret qui entoure la négociation de la loi Omnibus et la répression aux abords du Parlement.

Enfin, la discussion a mis en évidence les échos de la situation argentine avec le contexte français. Pour Tayeb, syndicaliste et travailleurs à l’aéroport de Roissy, l’Argentine fait figure de « miroir avec ce qui se passe en France. L’extrême droite est au pouvoir là-bas et la droite extrême ici ». Pour le travailleur, face à la répression croissante tant en France qu’en Argentine, « il faut faire une jonction internationale entre travailleurs ». Une ambition que porte également le collectif Argentina en lucha, présent lors de la réunion publique, affirmant qu’« aujourd’hui c’est contre Milei qu’on se bas mais aussi contre l’avancée de l’extrême droite partout dans le monde ». Une solidarité qu’a également appelé de ses vœux Carine, cheminote, tout en dénonçant la passivité des directions syndicales que partagent les bureaucraties de deux pays. « Pour nous c’est très important qu’il existe une solidarité internationale » a réagit Maryline. « Il faut exiger des directions syndicales d’être solidaire avec le mouvement ouvrier international. C’est important puisque si le capitalisme est global, la classe ouvrière aussi. Le chemin que prend Macron va très mal finir, il faut s’organiser dès maintenant ».

Alors que la répression opérée par le gouvernement de Milei a passé en cap, en s’attaquant extrêmement violemment, à coups de flashball et de gaz, aux manifestants et parlementaires sortis dans la rue ce jeudi soir pour manifester contre la loi omnibus, il apparait primordial d’affirmer et de construire une véritable solidarité internationaliste avec les argentin.es dans leur lutte contre Milei. Une lutte dont la détermination a été réaffirmée jeudi soir par Sol : « on continue dans la rue aujourd’hui et on va continuer même s’ils votent la loi, parce qu’on voit un début d’organisation par en bas. »


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