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Jeunesse

Lycée de la Joliverie : « Répression et intimidation comme seule réponse à des demandes légitimes des élèves »

Témoignage de lycéens de la Joliverie à Nantes qui dénoncent les conditions sanitaires déplorables dans leur établissement, qui s’accompagnent d’une forte répression de la part de la direction et, plus largement, de l’État. Manque de moyens, menaces, gaz lacrymogènes, tirs de LBD... Ils racontent.

mardi 24 novembre 2020

Depuis plusieurs années, les lycéens de la Joliverie subissent la répression administrative d’un lycée réactionnaire dont la seule préoccupation semble être le profit. Entre menace, exclusion, interventions policières, blessés et arrestation, la Joliverie empêche le droit le plus élémentaire d’un lycéen : celui de s’exprimer.
Alors que la crise sanitaire atteint un nouveau paroxysme et que le manque de protocole sanitaire flagrant mobilise tous les lycées de France, l’administration ne prend pas mesure de la dangerosité de son inaction. Les classes sont surchargées, le 50/50 n’est pas appliqué, le self est bondé tout comme la queue qui l’y emmène. Les élèves sont en première ligne face au COVID-19 tandis que, plus les semaines passent, plus les rêves d’un protocole sanitaire semblent s’évaporer sous les
fausses promesses de l’administration.

Nous avons donc décidé de nous mobiliser face à l’inaction du directeur d’établissement et de son
équipe. Jeudi 5 novembre les lycéens du lycée les Bourdonnières, établissement voisin du nôtre, bloquent leur lycée et subissent une répression inhabituelle. Gaz, tirs de LBD, des élèves se font rentrés dedans par des motards, les violences policières rappellent les blocus des dernières années. Les jours suivants, nous sortons un communiqué pour alerter sur les conditions sanitaires au sein de
notre lycée, menaçant une action de notre part si rien ne changeait. La réponse de l’administration est fidèle à elle-même : “Nous vous informons que nous engagerons des poursuites judiciaires à l’encontre de tout individu qui menacerait la sécurité des personnes de la Joliverie”. Répression et intimidation comme seule réponse à des demandes légitimes des élèves.

Le mardi 10 Novembre, l’administration s’oppose physiquement au blocus. Nous décidons par conséquent de bloquer les voies d’accès au lycée. Quelques minutes plus tard, la police arrive. Des gaz sont tirés, des élèves percutés par des voitures, l’armée est déployée derrière les lycéens, des barricades de fortune s’érigent afin de se protéger de la police sous les caméras de TF1. Ces mêmes caméras qui préfèrent filmer le feu de bois plutôt que la détresse des lycéens. Plusieurs personnes sont blessées, frappées à main nue ou par les gaz, d’autres sont arrêtées. Le proviseur du lycée, ne cherche pas à protéger ses élèves. Ils discutent avec ceux qui les blessent. Ce n’est pas étonnant pour un proviseur qui invite à manger la compagnie de Gendarme Mobile après qu’ils aient blessé énormément de lycéens de Bourdonnières (certains seront poussés dans des escaliers) l’année passée.

Cependant, la répression policière n’est pas seule. Elle s’accompagne de celle administrative. Un jeune est convoqué à un conseil disciplinaire, des menaces d’exclusions sont adressés aux élèves bloqueurs et aux lycéens qui refusent de rentrer dans le lycée. La peur comme principe éducatif. La peur face aux conditions sanitaires. Depuis le blocus, un mail de l’administration sous-entend que des mesures seront prises. Nous en doutons. Ils n’ont pas réussi à choisir de ligne conductrice contre la COVID en 2 mois, ils n’y arriveront sûrement pas en un week-end.

Le lycée de la Joliverie n’est sûrement pas un cas à part. Énormément de lycées privés à travers le pays subissent ces mêmes répressions, ces mêmes menaces, cette même inaction face au COVID-19. Nous continuerons à lutter tant que ces mesures ne seront pas appliquées, tant que notre voix ne sera pas entendue ; et même si les menaces pleuvent conjointement aux lacrymogènes, nous continuerons à lutter, car ce sont nos vies et de celles de nos proches qui sont en jeu.




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