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Entretien

Lutter pour les salaires et les retraites. Entretien avec Anasse et Laura, cheminots en grève au Bourget

Alors que le 7 mars pourrait être le point de départ d’une grève reconductible, Révolution Permanente donne la parole à ceux qui la préparent. Entretien croisé avec Laura et Anasse, cheminots, à propos de la grève des aiguilleurs du Bourget et de l’urgence de lier la bataille pour nos retraites à la lutte pour nos salaires.

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Lutter pour les salaires et les retraites. Entretien avec Anasse et Laura, cheminots en grève au Bourget

Crédit photo : Gauche : LouizArt / Droite : ©️NnoMan - Collectif OEIL

Révolution Permanente : Depuis la fin novembre, les aiguilleurs du Bourget sont en grève reconductible pour des augmentations de salaire et contre la casse des conditions de travail. Est-ce que vous pouvez revenir sur le conflit en cours ?

Anasse Kazib : On est en grève depuis le 21 novembre, depuis plus de trois mois. C’est une grève reconductible sur des heures de milieu de service. On a d’abord fait grève par période de 59 minutes avant d’élargir à 2 heures pour durcir le rapport de force. On a décidé de cette modalité pour remplir un double objectif : impacter le plus possible la production et pouvoir durer le plus longtemps possible. Il y a une particularité à la SNCF, c’est la possibilité pour la direction de recourir à des agents de réserve, payés le double, notamment pour casser les grèves. On a fait le choix dans ces coordonnées de partir sur un rapport de force long et à des heures stratégiques. Le choix de cette modalité nous a permis, enfin, de mettre en place, d’un point de vue tactique, une forme de « contrôle ouvrier ». On a un regard direct sur notre impact réel, notre contrôle sur la production et une visibilité sur l’attitude du patron. Il y a une forme de fierté ouvrière qui se retrouve chez beaucoup de grévistes en conséquence. On suit au jour le jour, heure par heure, les conséquences de notre grève.

Les agents sont marqués au fer rouge par cette grève. Les marques de mépris que les travailleurs en première ligne, « essentiels », ont reçu depuis la sortie de la crise du Covid sont plus que jamais sous le feu des projecteurs. Notre patron fait la démonstration que pour ne pas répondre à des revendications salariales légitimes, il est prêt à perdre des millions d’euros. En temps normal, on nous demande des justifications pour un retard de 5 minutes sur un train. Aujourd’hui, ce sont des retards de quatre ou cinq heures et la direction voudrait nous faire croire qu’il ne se passe rien. L’ambiance est à la détermination et à la prise de conscience des mécanismes structurels de notre rapport au travail. Aussi, les agents rejettent de manière naturelle, les propositions de la direction, pour l’instant très faibles par rapport aux revendications. S’ils sont prêts à payer des milliers et des milliers d’euros chaque jour pour faire effectuer le travail à la place des grévistes, il n’y a quasiment rien pour améliorer nos conditions de travail et de salaire. Il est hors de question d’accepter leurs miettes. Tout cela éveille la conscience politique des collègues. A chaque rencontre avec la direction, on fait des délégations mixtes, de collègues syndiqués et non syndiqués, et aussi des différents postes d’aiguillage, pour que tout le monde soit représenté. A chaque fois, les collègues sortent plus déterminés encore à continuer la lutte.

Laura : Il faut noter aussi que c’est une grève qui émane vraiment de la base. La question salariale avec l’inflation qui augmente depuis des mois est rapidement devenue l’objet de la plupart des remontées qui pouvaient nous être faites dans le cadre de nos tournées syndicales. On travaille en 3-8, les jours fériés et les week-ends et, pour de nombreux collègues, les salaires ne nous permettent pas de tenir jusqu’à la fin du mois, de payer nos loyers et nourrir nos enfants.

Il y a eu au Bourget sur la question des salaires, une prise de conscience depuis la Covid. Nous avons fait partie de ces secteurs qui ont continué de travailler quand d’autres étaient confinés et que les cadres et patrons, notamment à la SNCF, étaient planqués dans leurs maisons secondaires. Les aiguilleurs, les agents circulation ont fait partie de ces métiers essentiels et surtout ils en ont pris conscience. L’absence de la moindre marque de considération ou de reconnaissance par la suite que ce soit de la part du gouvernement ou de nos patrons a fini par générer de la colère. Notre grève n’est pas seulement une affaire salariale, c’est aussi une question de respect et de dignité. Cette question est centrale pour comprendre pourquoi la grève au Bourget est très suivie.

RP : Vous évoquiez l’importance du « combat pour le respect et la dignité » dans votre grève. A ce propos, on observe à la SNCF une multiplication du nombre de grèves locales sur les salaires ces derniers mois. La semaine dernière, notamment, la grève des aiguilleurs de la Commande Centralisée du Réseau de Paris Nord (CCR), le plus grand poste d’aiguillage en France, est venue faire écho à votre lutte. Est-ce que vous avez l’impression que cet « état d’esprit » que vous décrivez au Bourget est généralisable à d’autres secteurs de la SNCF ?

Laura : Depuis plusieurs mois, après la Covid et dans le contexte d’une inflation galopante, les luttes salariales se répandent à la SNCF. D’abord parce qu’à rebours des constructions médiatiques, les salaires de la plupart des cheminots ne sont pas élevés. Par exemple, en tant qu’aiguilleuse et après 7 ans d’ancienneté à travailler en 3-8, je touche autour de 2000 euros par mois. Il y a une forme d’effervescence et d’expansion de la colère dans le secteur de la circulation et de l’aiguillage face au manque de reconnaissance qui fait que les agents en ont marre et ont envie de relever la tête. La grève du Bourget est aussi l’expression de ce ras-le-bol, comme l’ont été toute une série de grèves dans notre secteur dans d’autres villes. Il y a par exemple eu des grèves très importantes à Bordeaux, dans le Midi-Pyrénées, du côté de Toulouse, de Lyon, etc. Il y a même eu un appel à une grève nationale dans les métiers de la circulation pour réclamer des augmentations salariales et l’amélioration des conditions de travail en mai dernier.

Il est intéressant de constater que la grève du Bourget, à son tour, a beaucoup d’impact. Même s’il ne s’agit pas d’une grève reconductible « classique » sur des périodes de 24 heures, mais uniquement sur les heures de pointe, la production est directement touchée. Ce qui fait que notre grève, on en entend parler jusqu’à Clermont Ferrand et ailleurs, parce qu’elle génère beaucoup de retards pour les trains de marchandises et un grand nombre de conséquences et d’implications. Aussi, tous les aiguilleurs de Paris Nord au-delà du Bourget ont commencé à voir que notre grève avait du poids. Et ces dernières semaines on a pu observer un début d’extension de notre conflit. C’est le cas à la Commande centralisée du Réseau (CCR), le plus gros poste d’aiguillage de France qui gère plusieurs secteurs de circulation, notamment toute la ligne B du RER. La grève du Bourget commence à faire tache d’huile. On se pose la question de savoir comment on va commencer à se coordonner avec eux. Dans le secteur de la régulation de Paris Nord aussi, notre lutte a donné des idées, puisqu’une grève commence à y voir le jour.

Anasse : La SNCF est identifiée par tout le monde et les salariés eux-mêmes comme un grand groupe. Un grand groupe qui a encore fait 2,4 milliards de bénéfices nets et 41 milliards de chiffre d’affaires cette année. A la SNCF, dans le passé, on venait se faire embaucher non pas pour les salaires, mais parce qu’on savait qu’il y avait, certes de la pénibilité, mais aussi quelques acquis sociaux, notamment la retraite. Aujourd’hui, avec la casse et la destruction de la SNCF, c’est devenu une entreprise avec un fonctionnement du privé mais avec des salaires qui ne permettent plus de vivre. C’est d’autant plus vrai en période d’inflation. Il y a des aiguilleurs et des cheminots qui ne touchent même pas 1500 euros, malgré la pression inhérente à notre travail, la pénibilité, etc.

On observe donc ces derniers mois une recrudescence de grèves locales sur les salaires à la SNCF, jusque dans des secteurs habituellement peu enclins à la mobilisation. Le phénomène n’est d’ailleurs pas cantonné aux travailleurs du rail, mais traverse l’ensemble de notre classe. Il faut aussi le dire, la multiplication des grèves sur les salaires est la conséquence de l’échec de l’intersyndicale de la SNCF. Les NAO (négociations annuelles obligatoires) ont été rejetées par l’UNSA, la CGT et SUD RAIL, mais derrière aucune perspective de lutte n’a été proposée. Le vide a été occupé par des grèves locales et le fait que les travailleurs ont cherché à s’organiser.

RP : En parallèle de la grève pour vos salaires, vous vous êtes également mobilisés en nombre dans le cadre du mouvement en cours sur les retraites. Comment est-ce que vous articulez ces deux revendications ?

Laura : Pour nous, il ne fait aucun doute que ces deux combats sont liés. Quand on parle des conditions de travail et de salaires dans nos métiers ; cela a une implication sur nos retraites. Les conditions de travail, par exemple, font qu’un grand nombre de travailleurs n’arrive même pas jusqu’à la retraite et à la fin de carrière. Au-dessus de cinquante ans, on ne compte plus les collègues qui sont déclarés inaptes. Cela parce que les conditions de travail sont difficiles, que les 3-8 et les horaires décalés finissent par user le corps et la santé. Je fais souvent la blague de dire que « je fais ma séance de muscu au boulot » parce que je travaille sur un poste « à grand levier » et que je me casse le dos. Tout cela fait que la question des fins de carrière, de comment on va parvenir à la retraite, sans même parler des salaires, est étroitement liée à celle de nos conditions de travail. C’est pourquoi nous revendiquons non seulement le retrait de la réforme de Macron, mais aussi la retraite à 60 ans et à 55 ans pour tous les métiers pénibles.

Pour ce qui est des salaires, le lien aussi est évident. Quand on a des salaires de misère tout au long de notre carrière, des salaires qui ne nous permettent pas de tenir jusqu’à la fin du mois, nos retraites aussi sont misérables. Pour parler de mon cas, je me sens particulièrement concernée par cette combinaison de combats. Je suis arrivée en France à 25 ans, je suis d’origine argentine. Cela fait sept ans que je travaille à la SNCF et douze ans que je suis en France. J’ai pourtant commencé à travailler chez moi en Argentine à 18 ans. Je n’ose même pas aller sur le site de calcul de la retraite.

Avec les collègues, nous nous sommes beaucoup posé cette question de savoir comment on combine à la fois nos combats pour des revendications offensives sur les salaires, l’amélioration de nos conditions de travail avec la question des attaques qui sont en cours aujourd’hui contre le système de retraites. On est conscients que sans rentrer dans la bataille sur les retraites et dans cette grève qui s’annonce très massive à partir du 7 mars, et qu’on espère reconductible jusqu’au retrait de la réforme, on ne pourra pas gagner sur les salaires. Si le gouvernement parvient à nous faire plier sur les retraites, il va nous broyer sur tous les enjeux pour lesquels on est en train de penser des revendications. Ces combats vont de pair. A l’inverse, si on arrive à faire reculer le gouvernement sur les retraites, on sera dans les meilleures conditions possibles pour aller arracher des augmentations de salaire. Parce que le rapport de force sera de notre côté.

Cette question de la jonction de nos revendications est un enjeu stratégique. Pour tous les travailleurs précaires, les travailleurs issus de l’immigration, les retraites sont déjà un horizon inatteignable. Le système des retraites est déjà une injustice, il nous faut un programme de lutte offensif. Pour entraîner largement et convaincre tous ceux pour qui le retrait de cette réforme ne serait pas synonyme d’amélioration de leurs conditions de vie, il faut chercher à trouver des mots d’ordres et des revendications qui puissent faire le lien entre toutes les préoccupations de la classe ouvrière, des secteurs populaires mais aussi de la jeunesse. Poser la question des salaires et aller contre la volonté de l’intersyndicale qui continue d’entretenir la division entre fin du mois et fin de la vie est fondamental. L’intersyndicale à la SNCF a fini par joindre ces deux questions dans leur préavis de grève. Ils ne sont pas plus révolutionnaires que les autres, mais les mobilisations de la base leur ont imposé de faire la jonction.

Anasse : Combiner la question des retraites à celle des salaires est un enjeu central. Les préoccupations sur les salaires sont là, on ne peut pas faire comme si elles n’existaient pas. Les travailleurs sont inquiets. Ils ont vu que les patrons de la grande distribution se sont entendus pour augmenter les prix de 10%. Ils ressentent l’augmentation du prix du chauffage dans leur chair. Depuis trois mois, ce qu’on fait au Bourget et ce qu’on essaye d’impulser pour le 7 mars, c’est de ne plus parler de grève des retraites, mais de grève des retraites et des salaires. On se bat pour la retraite et les salaires. Et pas uniquement pour le retrait de cette réforme, mais pour l’amélioration des conditions de départ à la retraite. On espère que demain cette jonction va se généraliser. L’intersyndicale voudrait nous faire croire que lutter pour nos salaires fragiliserait le mouvement en cours sur les retraites. L’exemple du Bourget prouve le contraire. Depuis le début on a combiné la lutte locale avec les journées de 24 heures. On a eu près de 80% de grévistes sur chaque journée. On a même été un des rares secteurs à avoir des taux de grévistes de 80% sur la question des 48 heures les 7 et 8 février derniers.

Pourquoi ne profite-t-on pas de ces luttes-là pour en découdre ? Il y a la possibilité d’élargir, de poser d’autres revendications. C’est une période dans laquelle les patrons et le gouvernement sont à la défensive. C’est dans ces moments-là qu’on peut avancer ensemble parce qu’il y a du collectif. La crainte des patrons c’est que les grèves se généralisent. Ce qu’on espère, et on en perçoit les premiers échos, c’est que notre lutte au Bourget donne de la confiance à d’autres secteurs à la SNCF et dans notre classe. Une chose est sûre, on va essayer de peser de toutes nos forces, pour que la lutte après le 7 mars ne se satisfasse pas de revendiquer le retrait de la retraite à 64 ans, mais soit l’occasion de poser des perspectives pour nos salaires et nos conditions de travail.

RP : Au Bourget vous êtes mobilisés depuis plusieurs semaines, comment vous organisez-vous au quotidien ? Comment faites-vous pour maintenir la grève sur la durée ?

Laura : Nous avons mis en place un système de communication entre grévistes. On se tient au courant de tout et en permanence. La difficulté des modalités de notre grève, c’est de se retrouver. Il y a peu de moments où on peut faire des assemblées générales. C’est aussi pour ces raisons qu’on a mis un point d’honneur à être massivement en grève les jours de mobilisation sur les retraites. On a commencé par une mobilisation de 24 heures le 10 janvier et une grande assemblée générale et on a embrayé, à partir du 19 janvier, sur chaque journée appelée à échelle nationale pour justement avoir la possibilité de se retrouver et de prendre des décisions.

En parallèle, nous n’avons jamais arrêté d’aller voir les aiguilleurs d’autres unités opérationnelles. On a toujours eu cette envie et cette conviction qu’il fallait porter la grève ailleurs. C’est-à-dire de faire connaitre nos revendications, nos modalités d’action, nos mots d’ordre, etc, auprès des aiguilleurs de la région Paris Nord en dehors du Bourget. Enfin, nous avons cherché à construire des caisses de grève. Au Bourget, c’est un réflexe que nous avons appris. Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Quand c’est déjà difficile de remplir son frigo en temps normal, d’autant plus en période d’inflation, il faut se donner les moyens de pouvoir tenir sur la durée. Il nous restait environ 30 000 euros de la caisse de grève de 2019 contre la réforme des retraites et on a mis un point d’honneur à continuer de l’alimenter et à l’utiliser pour permettre aux travailleurs de se mettre en grève. C’est un élément d’organisation et d’auto-organisation très important parce que quand on va en négociation avec le patron et qu’il nous dit qu’il n’est pas près de céder, on lui répond que nous non plus parce qu’il y a une caisse de grève qui fait que les collègues les plus en difficulté peuvent tenir.

C’est un outil qu’il faut généraliser dans la perspective du 7 mars et de la reconductible. Il ne s’agit pas d’attendre que la grève démarre pour lancer des caisses de grève. C’est quelque chose que nous avons apporté, de par notre expérience, à des secteurs précaires comme les travailleurs d’Onet. La forte mobilisation chez les travailleurs du nettoyage des gares SNCF, mobilisés à 100% à Paris Nord, le 31 janvier dernier, n’est pas étrangère à cet état de fait. Pour tous les secteurs qui se proposent de partir en reconductible c’est un enjeu crucial. A condition que ces caisses de grève se pensent comme un outil d’auto-organisation. Aussi, elles ne doivent pas être construites par en haut, mais dans les assemblées générales par les grévistes. Ce sont les grévistes eux-mêmes qui doivent décider de comment distribuer l’argent, pas les directions syndicales. Cela suppose de discuter collectivement des difficultés particulières de tel ou tel collègue, pour qu’aucun n’arrête la grève pour des raisons financières.

Anasse : Il n’y a pas de reconduction sans assemblées générales et sans auto-organisation. Si les travailleurs ne prennent pas à bras le corps leur grève, le 7 mars sera une nouvelle journée massive mais pas le point de départ de quelque chose de plus offensif. C’est parce que les travailleurs décideront de se retrouver en assemblée générale, d’aller chercher les collègues qui ne sont pas convaincus, de construire des caisses de grève, etc., qu’il pourra y avoir reconductible. La reconductible ne se décrète jamais par en haut. C’est ce sur quoi on essaye d’insister au Bourget. Que c’est toujours aux grévistes de décider. Que la grève est une réalité quand on discute collectivement des actions qu’on met en place, du plan de bataille, etc. Pour reconduire un mouvement, il faut qu’il y ait des travailleurs pour reconduire, des comités de grève. Une grève même massive sans auto-organisation ne peut pas faire reculer le gouvernement et les patrons. Cette réalité ne doit cependant pas masquer la responsabilité de l’intersyndicale. Certes, il y a des appels de corporations à la grève reconductible, mais il faut un appel clair en ce sens au niveau national. Après le 7 mars, rien n’est prévu pour l’heure. L’intersyndicale nationale devrait appeler l’ensemble des secteurs à se mettre en grève. On n’ « arrête pas un pays », pour citer Berger, en 24 heures. Pour bloquer l’économie quand on a des patrons qui ont des stocks, qui s’organisent pour décaler la production à la veille ou au lendemain, une journée c’est acceptable. Pour leur faire mal, il nous faudra beaucoup plus.

RP : comment préparez-vous la mobilisation du 7 mars et ses suites ?

Laura : Nous avons eu lundi dernier, une réunion de négociation avec la direction à propos de notre grève locale. Rien de significatif n’en est sorti. Les propositions de la direction ont même été ressenties comme un crachat au visage par les grévistes. Le soir même, en assemblée générale, nous avons décidé de durcir le mouvement et de partir en grève reconductible à partir du 7 mars en faisant le lien avec la question des retraites. Les déclarations d’intention individuelle de grève (D2I) que nous devons faire 48 heures en amont sont déjà en train de tomber. Elles confirment les échos et les retours que nous avons dans les tournées : il y a une détermination des agents et il y aura un taux de grévistes important à partir du 7 mars. Nous avons également décidé de faire une assemblée générale le jour du 7, dans laquelle nous essayons d’inviter l’ensemble des collègues grévistes, non seulement aiguilleurs et agents circulation, mais aussi les agents du fret et de l’infrapole qui travaillent sur le site du Bourget pour discuter des suites et de la stratégie. La journée sera aussi l’occasion d’une rencontre interprofessionnelle à partir de 11h30 à l’entrée du site. Nous appelons les travailleurs des alentours à se retrouver, à venir discuter avec les cheminots. Enfin, nous avons discuté de voir comment on pouvait s’adresser aux cheminots de la CCR et de la régulation qui sont aussi dans des grèves locales pour les entrainer sur la voie de la reconductible et nous coordonner dans des actions. La direction ne veut rien entendre. Il faut durcir le mouvement et cet élargissement de la grève qui est déjà une réalité doit se transformer en organisation et en coordination.

Anasse : Le Bourget a toujours été un point d’ancrage important des dernières grèves. Notamment en 2019. C’était le secteur de retrouvaille de la coordination RATP-SNCF. Nous avons toujours essayé de jouer le rôle de construction de liens interprofessionnels. Déjà aujourd’hui, nos collègues du Bourget nous observent. Nous sommes connectés de par notre place dans la division du travail, à un certain nombre de secteurs. C’est aussi pour cela qu’il y a une résistance plus grande de la part du patron. Parce qu’une victoire de notre part, serait un symbole. L’élargissement est central à tous les niveaux. On ne veut pas de grève par procuration, donc on veut s’adresser dès le 7 mars et ce qu’on considère être le point de départ d’une grève reconductible, à la population du Bourget et de Drancy, à ces travailleurs des quartiers populaires, de la première et de la deuxième ligne. On veut tisser des liens avec les travailleurs de la poste, de la santé, les professeurs des écoles, mais aussi du privé, etc qui gravitent et vivent à côté de chez nous. La question c’est de savoir comment on peut matérialiser dans les faits la question de la généralisation de la grève et de l’interprofessionnelle. Cet effort est nécessaire, même du point de vue d’une lutte locale. Les patrons discutent entre eux. Nous sommes face à un camp qui est organisé et coordonné. Il suffit de regarder notre grève pour s’en rendre compte. Depuis trois mois, des entreprises privées perdent de l’argent sans rien dire. Il y a une solidarité entre patrons. De la même manière, on doit construire une solidarité par en bas. Parce que si les luttes se propagent partout, si notre classe prend conscience de sa force, Macron et les patrons sont foutus. Et on gagne sur nos retraites mais aussi sur nos salaires. Et qui sait, peut-être qu’on pourra même aller plus loin.

Pour soutenir les grévistes du Bourget, participez à leur caisse de grève.


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