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Bashing médiatique

Les médias contre la grève à la SNCF : une campagne au service du patronat

Alors que les contrôleurs ont appelé à la grève ce week-end de départ en vacances, les éditorialistes de CNews, Europe 1 et du JDD relaient un sondage censé démontrer le soutien de la population à un projet d’offensive patronale grave : l’interdiction des grèves dans le secteur des transports durant les vacances scolaires.

Andrea Prill

19 février

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Les médias contre la grève à la SNCF : une campagne au service du patronat

« L’âge d’or du train » c’est ainsi que la direction de la SNCF qualifie l’année 2023 pour laquelle elle a enregistré des profits records. Pourtant, les négociations annuelles obligatoires de l’entreprise ont vite révélé que cet essor ne profiterait pas aux salariés, censés se contenter d’une enveloppe d’augmentation dérisoire de 1,8%.

Face aux bas salaires aggravés par l’inflation et à la dégradation des conditions de travail, des appels à la grève se multiplient dans tous les corps de métier de la SNCF. En particulier, les contrôleurs (ou Agents du Service Commercial Train, ASCT), déjà mobilisés lors de la période des fêtes de fin d’année 2022, ont été nombreux à répondre à l’appel à la grève en ce weekend de départs en vacances scolaires d’hiver. Leurs revendications portent sur les salaires, la pénibilité, la reconnaissance des métiers et le recrutement.

Un sondage de propagande anti-grève commandé par Bolloré

C’est dans ce contexte que le groupe Bolloré, par le biais de trois de ses médias (CNews, Europe 1 et le JDD), a commandé un nouveau sondage réalisé les 13 et 14 février dont le résultat est présenté sous le titre suivant « 52 % des Français favorables à une interdiction des grèves dans les transports en commun pendant les vacances scolaires ».

Il s’agit du troisième sondage de ce type commandé par CNews : déjà en février 2023, lors des mobilisations sur la réforme des retraites, puis en novembre 2023 alors que les cheminots menaçaient de se mobiliser pendant les fêtes de fin d’année. Chaque fois, la tournure de la question est identique et volontairement orientée : « faut-il interdire la grève dans les transports en commun durant les vacances scolaires ? ». L’objectif est évidemment limpide : prétendre que les restrictions au droit de grève seraient soutenues par une majorité croissante de la population pour leur donner une légitimité.

Les résultats du sondage, publiés sur les trois médias le même jour viennent s’ajouter à l’habituel déploiement des rhétoriques anti-grève et anti-cheminots, à l’image de la prise de parole de Gabriel Attal qui commente l’appel à la grève en affirmant au micro de BFM TV « travailler c’est un devoir » et en appelant les salariés de la SNCF à assumer une « responsabilité » qui n’est manifestement jamais exigée de la part de la direction de l’entreprise. Bien que ses résultats soient à relativiser (en dépit du discours de division et de la faible médiatisation des grèves victorieuses, le soutien aux grévistes reste important, en particulier au sein de la jeunesse), ce sondage constitue un révélateur important des intentions d’un large pan de la droite. Il poursuit en effet un objectif précis dans l’arsenal des offensives contre le droit de grève : préparer les esprits à une réforme législative en la matière.

En effet, inspirée par la législation italienne, le gouvernement et le reste de la droite rêvent de compléter la réforme législative initiée par Sarkozy en 2007 (la loi sur la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs a profondément fragilisé le droit de grève dans ce secteur) par le biais de réquisitions de grévistes, voire par la suppression pure et simple du droit de grève durant certaines périodes. C’est le sens des déclarations récentes d’Eric Ciotti, mais aussi de la proposition de loi déposée en février 2023 par la députée Véronique Besse, intitulée « Interdiction des grèves dans le secteur des transports durant les vacances scolaires » et d’une proposition similaire déposée par le sénateur LR Stéphane Le Rudulier.

Ici, le rôle du groupe Bolloré en matière de propagande idéologique au service du patronat est flagrant. Alors que le Conseil d’État vient de juger que le contrôle de la chaîne CNews en matière de pluralisme et d’indépendance de l’information était insuffisant, il n’est pas surprenant que la députée Véronique Besse s’insurge contre cette décision quand cette même chaîne produit semestriellement des sondages censés appuyer sa proposition de loi.

Se préparer à l’offensive et riposter

À l’approche des Jeux olympiques et dans un contexte de fébrilité du gouvernement, les cheminots doivent s’attendre à des offensives croissantes envers leur droit de grève.

L’interdiction des grèves durant les vacances scolaires serait en effet une aubaine pour décourager tout mouvement social dans le secteur des transports durant l’été 2024.

À ce jour, la proposition de loi de Véronique Besse n’est pas intégrée à l’agenda parlementaire et la direction de la SNCF tente d’acheter la paix sociale au moyen de primes ponctuelles. Néanmoins, une approche plus répressive est à craindre face à l’accroissement légitime de la colère et à l’aggravation prévisible des conditions de travail durant les JO.

Une telle restriction du droit de grève pourrait viser non seulement les travailleurs et travailleuses de la SNCF, mais aussi la totalité du secteur des transports en commun.

Les agents des transports doivent donc anticiper ces attaques et prévoir un plan d’action coordonné pour tirer avantage de la fébrilité palpable de leur direction et du gouvernement afin de faire aboutir leurs revendications.


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