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Crise climatique

Jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes. Un désastre écologique en vue

Samedi 6 janvier, plusieurs manifestations ont eu lieu en région Rhône-Alpes contre le projet écocide des Jeux olympiques d'hiver 2030. Un projet soutenu par une alliance réactionnaires des présidents des conseils régionaux des Alpes du Nord et du Sud.

Dom Thomas


et Rosa Emilia

17 janvier

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Jeux olympiques d'hiver 2030 dans les Alpes. Un désastre écologique en vue

Crédit photo : Collectif No JO 2030

Le samedi 6 janvier, quatre manifestations ont eu lieu, respectivement à Grenoble (38), Chambéry (73), Briançon et La Saulce (05), à l’appel du collectif local No-JO, incluant les Soulèvements de la terre Alpins. Ainsi, plusieurs centaines de personnes ont manifesté pour alerter sur le désastre écologique que représenterait la tenue des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver dans les Alpes, région pressentie pour accueillir les JO d’hiver en 2030. 

Portée par les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et Auvergne-Rhône-Alpes (AURA), la candidature des Alpes françaises est en effet la seule retenue par le Comité International Olympique le 29 novembre dernier, avant une décision définitive en juin 2024. Alors que Renaud Muselier, président Renaissance de la région PACA et Laurent Wauquiez, président LR de l’AURA, promettent une candidature « respectueuse de l’environnement », des « jeux sobres », il se prépare en réalité un scandale social et environnemental.

Neige artificielle, artificialisation des sols, greenwashing et pressions sur les associations : les Jeux d’hiver ne seront jamais verts

Du point de vue climatique, les disciplines des JO d’hiver nécessitent un bon enneigement, une condition déjà menacée par le changement climatique. En effet, selon une étude publiée dans la revue Nature Climate Change, plus de la moitié des stations européennes connaîtront un risque très élevé d’enneigement insuffisant dans un scénario à +2°C de réchauffement global, nécessitant alors la production d’une quantité colossale de neige artificielle, très consommatrice en eau et en électricité. Ainsi, pour ravitailler en neige artificielle la totalité des stations de ski françaises, il faudrait environ 25 millions de m3 d’eau, soit 166 667 fois la consommation annuelle d’un foyer de 4 personnes (soit 2 adultes et 2 enfants). De la même manière, l’électricité nécessaire pour couvrir totalement un hectare de piste seulement représenterait 12 000 kWh soit 3 fois la consommation d’un foyer de 4 personnes. Globalement, toujours d’après le scénario à +2°C , la production de neige artificielle sur une année, permettant de couvrir la moitié des pistes françaises, fera augmenter la demande en eau et en électricité de 23 %, tandis que l’empreinte carbone associée à la production de ces neiges augmentera de 17 %. Des chiffres vertigineux qui montrent déjà la supercherie écologique de tels jeux.

De plus, l’organisation d’un événement d’une telle ampleur passe par la construction de nouvelles infrastructures et par l’extension des structures existantes. Par exemple, dans le cadre de la candidature des Alpes aux JO de 2030, le domaine skiable Isola 2000, dans les Alpes Maritimes, se verra réaménagé et doté de nouveaux télésièges, selon Reporterre. De même, les stations de ski sont incitées, par la spéculation financière, à construire en permanence de nouveaux logements pour garantir des « lits chauds » aux touristes et faire tourner les remontées mécaniques. Or ces constructions et réaménagements favorisent l’artificialisation des sols, augmentant par la suite les risques de ruissellement et d’inondations.

Par ailleurs, les coûts environnementaux de ces jeux olympiques et paralympiques font l’objet d’une campagne de greenwashing intense de la part des organisateurs. En effet, les JO d’hiver de 2022 ont été présentés comme les « JO d’hiver les plus écologiques de l’histoire », malgré l’utilisation à 100% de neige artificielle dans deux des principaux sites d’épreuves de montagne. Un mensonge s’étayant dans un rapport de durabilité du CIO, décriée par de nombreux scientifiques et associations, dont Carmen De Jong, géographe spécialisée en hydrologie à l’Université de Strasbourg au journal 20 minutes : «  Ces Jeux olympiques sont à mon sens les moins durables qui soient. C’est une aberration écologique. [...] C’est du greenwashing à l’état pur. Mais ça ne me surprend absolument pas, c’est un peu une coutume au CIO. Ses rapports sont généralement très longs car on y détaille par le menu des mesurettes mais, la vérité, c’est qu’ils font fi de tous les grands problèmes. Pas une ligne par exemple sur les millions de tonnes de CO2 émis lors de la construction des hôtels, des routes, des parkings et des villages olympiques.  » . 

Par la même occasion, de nombreuses multinationales tentent de garder une image populaire en sponsorisant l’événement, comme Coca-Cola, partenaire historique des JO, champion du monde de pollution plastique en 2021, profitant maintenant d’ailleurs de chaque édition pour se repeindre en vert, en annonçant des mesurettes environnementales toujours plus douteuses, déjà épinglées pour greenwashing aux JO d’été 2012 à Londres.

Un panorama montrant l’aberration écologique criante de ce projet de JO 2030, malgré les tentatives de répression de Laurent Wauquiez et de la préfecture du Rhône. Par exemple, l’association OSV, signataire avec des ONG et des personnalités, d’une liste de 17 conditions, bien qu’ illusoires, pour des JO compatibles avec les limites planétaires et bénéfiques pour les populations, s’est vu menacée de retirer une subvention pour sa signature par la région AURA, présidée par Wauquiez. Une offensive répressive qui rappelle l’attaque scandaleuse contre l’associationAlternatiba Rhône, dont la demande de subvention a été annulée par la préfecture du Rhône.

Les Jeux d’hiver de 2030 : une chance pour les populations des vallées ?

En plus des arguments « écologiques », la candidature met aussi en avant la revitalisation des réseaux routier et ferroviaire, les opportunités d’emplois, à l’image de cette tribune d’une centaine d’élus des Alpes du Sud, majoritairement Renaissance, LR et UC. Pour autant, quels sont donc les bénéfices des Jeux pour les populations ?

Dans un contexte où « l’or blanc » fond à vue d’œil, et où seuls 8% des Français prennent des vacances au ski au moins une fois tous les deux ans, Fiona Mille experte en résilience territoriale et présidente de l’ONG Mountain Wilderness France parle d’un modèle à bout de souffle, « [...] pour une clientèle à forts capitaux économiques, excluant d’autres populations, parfois vivant déjà sur place, des dynamiques économiques du territoire. »

Par exemple, dans les Hautes-Alpes, à Embrun, José Pluki, un artisan qui travaille dans les énergies renouvelables, se sent déjà chassé de sa montagne : « Nous, habitants permanents, nous devons laisser place aux héritiers fortunés » dit-il dans cet article du Club de Mediapart

 Dans une région où les coûts sont particulièrement élevés, de très nombreux travailleurs et étudiants peine à se loger correctement, notamment en Isère, Savoie et Haute-Savoie. De plus, à l’heure où les communes supports des stations de ski perdent déjà des habitants, où le prix moyen au mètre carré à Annecy est plus élevé qu’à Lyon, et où chaque année, des étudiants renoncent à leurs études faute de logement, l’organisation des JO dans la région ne va faire qu’aggraver la situation.

Une situation rappelant les préparatifs des Jeux de 2024, avec l’expulsion de 400 exilés du squat « Unibéton » à l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la réquisition de 2000 logements CROUS. Un tri social, encore plus marqué que d’habitude, risque de se produire. 

De la neige artificielle à l’artificialisation des sols, la contestation des événements sportifs d’une telle ampleur socio-environnementale doit s’amplifier, en joignant les revendications écologistes à celles de l’ensemble des travailleurs et de la population.


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