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Bilan

Grève sauvage victorieuse au technicentre SNCF de Châtillon : « une expérience pour les luttes à venir »

Lors de la réforme des retraites et après le 49.3, les cheminots du technicentre TGV Atlantique de Châtillon sont partis en grève sauvage pendant près de deux mois. Retour sur le bilan et les acquis de cette expérience.

Clément Alonso


et Olive Ruton

23 juin 2023

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Grève sauvage victorieuse au technicentre SNCF de Châtillon : « une expérience pour les luttes à venir »

Crédits photo : Révolution Permanente

Lors de la séquence de grève qui s’est ouverte au début de l’année à partir du 19 janvier suite à l’attaque de Macron et son gouvernement, de vouloir faire travailler l’ensemble des travailleurs deux ans de plus et de repousser l’âge de départ à la retraite à 64 ans, les cheminots de Châtillon se sont dans un premier temps mobilisés suivant les appels de l’intersyndicale. Les travailleurs du technicentre Atlantique, qui répare tous les TGV des trains au départ de Montparnasse ont pris part à ces journées tout en dénonçant le fait que la stratégie d’appeler à une journée de grève par semaine ne serait pas suffisante pour faire tomber un pouvoir radicalisé comme celui de Macron, qui affichait dès le début la volonté d’aller jusqu’au bout.

Le 7 mars, l’ensemble des organisations syndicales cheminotes ont lancé un appel à la grève reconductible. Néanmoins, comme pour l’ensemble du mouvement, dans la plupart des gares et ateliers, les assemblées générales étaient bien plus faibles que lors de la grève de 2019. Une faiblesse qui s’explique au travers de plusieurs éléments. D’une part, la perte d’une certaine tradition d’auto-organisation chez les cheminots et plus largement dans le mouvement ouvrier, comme nous l’avions déjà souligné lors du mouvement contre la réforme des retraites à points en 2019, notamment à la RATP. D’autre part, il est impossible d’expliquer cette faiblesse sans parler du rôle de l’intersyndicale, dont la mainmise et le contrôle sur le mouvement, le fait que les dates de mobilisation soient annoncées à l’issue de chacune des journées interprofessionnelles à des dates de plus en plus éloignées les unes des autres, n’a certainement pas favorisé la prise d’initiatives à la base. Dans ce contexte, le rôle des militants lutte des classes et révolutionnaires devenait central.

Le tournant du 16 mars et le départ en grève sauvage à Châtillon

Cette stratégie impulsée par l’intersyndicale, qui consistait à appeler à des journées de mobilisation et de grève isolées, a laissé seuls les secteurs partis en grève reconductible, notamment les éboueurs, les raffineurs, les cheminots et l’énergie. À la veille du 49.3, la dynamique était alors descendante au technicentre de Châtillon. De moins en moins de cheminots participaient aux assemblées générales (AG) et aux piquets de grève, de nombreux militants pensaient que la fin du mouvement s’approchait et que la reprise du travail n’allait pas tarder à se concrétiser. En effet, même si la colère et l’indignation restaient fortes, un sentiment de défaite gagnait une bonne partie des collègues. Puis, lorsque le 16 mars Macron a décidé de passer en force avec le 49.3, le mouvement de contestation contre la réforme des retraites a pris un véritable tournant : un saut dans la spontanéité et la radicalité du mouvement, avec une politisation croissante face à un pouvoir radicalisé.

En effet, ce passage en force a été perçu largement par le monde du travail et la jeunesse comme un énième déni de démocratie, combiné à une répression encore plus forte à l’encontre des manifestants. Un ensemble de manifestations sauvages, souvent nocturnes, ont émergé, avec une présence de plus en plus importante de la jeunesse. Dans le monde du travail, deux exemples significatifs de ce changement d’état d’esprit ont vu le jour : l’arrêt de la raffinerie du Havre pour la deuxième fois consécutive en l’espace de quelques mois, et le départ en grève sauvage au technicentre de Châtillon, brisant entièrement la dynamique descendante que l’on pouvait constater quelques jours auparavant. Dans la nuit du 17 au 18 mars, suite à une assemblée générale, les cheminots du technicentre ont ainsi décidé de poser la caisse et de partir en grève sauvage, c’est à dire de ne pas respecter les délais de prévenance de 48h imposés depuis 2007 par la loi sur le service minimum dans les transports. Le mot d’ordre a été aussi très important, car il permet d’apprécier ce tournant subjectif dans la tête de nombreux collègues : Macron a voulu passer en force avec le 49.3, les travailleurs ont voulu apporter une réponse à la hauteur, clamant haut et fort : « Notre 49.3 c’est la grève sauvage ! »

Ce tournant a eu pour effet de massifier immédiatement les assemblées générales de grévistes, car la plupart des cheminots du technicentre venaient prendre leur service normalement avant de se réunir en AG, de discuter de la situation et de voter le fait d’être gréviste ou non sur son service. Nous sommes passés d’une seule AG les journées de grève appelées par l’intersyndicale à trois AG par jour (une le matin, une sur le service de l’après-midi et une sur celui de nuit) où participaient la plupart des agents présents dans chaque quart, et très rapidement, les discussions se sont orientées sur le fait de reprendre notre outil de travail afin d’éviter que la direction s’organise pour casser la grève.

Il en est ressorti par exemple la question de comment rendre utile le piquet de grève pour discuter et convaincre les collègues non grévistes d’entrer dans la bataille, de partager des moments conviviaux ensemble et d’alimenter les discussions et l’auto-organisation. L’occupation du technicentre 24h/24 - 7J/7 a également émergé dans les discussions, afin de ne pas laisser la direction de la SNCF remplacer les grévistes à l’aide de cadres et plan B pour faire sortir les rames. Face à cette menace, la réponse des grévistes a été de garder un œil sur la production et de s’organiser au mieux pour bloquer les sorties de rames. L’impact s’est très vite fait ressentir car le week-end qui suivait, 110 TGV sur 136 étaient supprimés sur la gare Montparnasse, démontrant la force de frappe des travailleurs lorsque ces derniers entrent dans la grève et se réapproprient leur outil de travail.

Cette « prise de pouvoir » des travailleurs sur leur site et leur outil de travail a fait passer la direction à l’offensive pour tenter de mater la colère, avec 300 demandes d’explications et menaces de répression. Durant cette grève, le rôle des travailleurs pour faire tourner la société a été à nouveau mis en lumière, à l’image des éboueurs de Paris et les montagnes de déchets ou encore les raffineurs de Normandie qui détenaient le kérosène pour alimenter les aéroports. Une situation à laquelle le pouvoir a répondu par de fortes attaques au droit de grève, à coups de réquisitions et violences policières à l’encontre des grévistes et soutiens sur les piquets de grève.

Bilans et acquis du mouvement

Ainsi, l’un des acquis du mouvement à Châtillon s’incarne dans le renforcement en nombre et en qualité du noyau de grévistes en faveur de l’auto-organisation. Cela a permis des démonstrations très fortes comme la mise en place d’une caisse de grève et 60 000€ récupérés en l’espace de trois semaines là où des grévistes se sont emparés de cet outil allant dans chaque manifestation pour collecter de l’argent et ont décidé de la militer à fond dans la grève. Mais également de passer d’une grève passive à une grève active où l’on prend nos propres décisions. Le croisement de la radicalité d’une jeunesse travailleuse qui n’a pas connu le poids des défaites, avec des grévistes plus expérimentés dans la lutte a donné lieu à un cocktail explosif. Cette expérience a montré à une échelle locale la potentialité de ce qu’aurait pu être la séquence post 49.3, sans la stratégie perdante des directions syndicales et leur mutisme total.

L’autre principal point d’appui pour les grévistes à été sans aucun doute le Réseau pour la Grève Générale, qui a épaulé les grévistes sur les piquets, à commencer par le lien créé avec les étudiants, notamment des écoles d’art, qui ont mis leurs talents au service du piquet de grève, et leur énergie pour aider les cheminots à remplir la caisse de grève, mais aussi de contribuer à fabriquer une banderole pour les grévistes. Le Réseau a également permis d’établir dans la lutte des liens importants avec les autres secteurs comme les éboueurs, les énergéticiens, ou encore les raffineurs de Normandie auxquels les cheminots de Châtillon ont envoyé des vidéos de soutien.

Enfin, cette grève a posé la question d’une stratégie alternative pour gagner face à Macron. Celle de saisir ce moment de radicalité pour remplir les assemblées générales et faire en sorte que la grève appartienne réellement aux grévistes, et celle de poser sur la table les ingrédients nécessaires pour généraliser la grève, notamment en élargissant les revendications à la question des salaires et des conditions de travail, ce que Laurent Berger, leader de l’intersyndicale, a refusé de faire. Dans ce mouvement, il était frappant de voir à quel point les couches les plus précaires du mouvement ouvrier, où notamment les travailleurs immigrés sont nombreux, se sentaient moins concernés par la question de la réforme des retraites, car ces travailleurs souvent de l’ombre sont d’ores et déjà condamnés à partir après les 64 ans, réforme ou non. Il était donc indispensable de se donner les moyens de les entraîner dans la lutte, au travers des mots d’ordre à même d’unifier l’ensemble des secteurs de notre classe, y compris les plus précaires qui s’étaient montrés favorables à la mobilisation, comme nous l’avons constaté lors des grandes journées de grève interprofessionnelle, mais plus réticents à rentrer dans une grève reconductible, qui implique beaucoup plus de sacrifices, pour le seul retrait de la réforme.

Élargir les revendications pour unifier l’ensemble de la classe ouvrière

A partir de ce constat, nous avons décidé après le rendu de la décision du Conseil Constitutionnel de combiner, à notre échelle, la lutte contre la réforme des retraites avec le fait de poser des revendications locales pour répondre à notre direction et ses attaques mais aussi de tenter de tirer la grève vers le bon sens. Les avancées obtenues sont modestes mais elles montrent la potentialité d’un mouvement général et interprofessionnel sur la question des salaires. Elles concernent également de la lutte contre la répression et témoignent ainsi de la centralité du rapport de force pour y répondre.

C’est pour ces raisons que les cheminots de Châtillon ont posé les revendications suivantes :

  •  Pas de sanction pour les grévistes
  •  Passage des absences irrégulières en journée de grève
  •  1500€ de prime pour le mois de Juin 2023
  •  Revalorisation de la prime de nuit à 20€ par nuit (10€ à partir de 80 nuits, 15€ à partir de 100 nuits et 20€ à partir de 120 nuits annuelles auparavant)
  •  Prime de saisie et salissure pour toutes les équipes et revalorisation
  •  Augmentation uniforme des salaires de 400€
  •  Indexation des salaires sur l’inflation

    Mise à part l’augmentation des salaires et les salaires indexés sur l’inflation qui nécessitent des mouvement de plus grande ampleur, qui n’ont pas été conquis, l’obtention de la prime de nuit où le minimum de nuits a été descendu de 80 à 65 nuits annuelles et dont près d’une centaine de travailleurs du technicentre vont bénéficier constitue une victoire partielle. Une victoire d’autant plus importante qu’elle s’inscrit dans une lutte de longue date contre la direction de la SNCF à ce sujet, qui a finalement cédé sur cette revendication à l’occasion de la grève de Chatillon. 35 technicentres sont concernés à l’échelle nationale, et des milliers de cheminots vont donc bénéficier de cette victoire.

    Finalement les absences irrégulières ne sont pas passées en journée de grève. Néanmoins les grévistes ont obtenu l’engagement écrit par la direction qu’il n’y aurait pas de sanctions disciplinaires ouvertes suite à la grève. Sur les 1500€ de prime demandés, 1000€ ont été obtenus, notamment pour compenser le sous-effectif constant auquel font face les cheminots du technicentre depuis des années, mais aussi pour leur travail en seconde ligne lors de la crise pandémique du Covid-19.

    Localement, ces conquêtes représentent une victoire importante et similaire à celle des cheminots aiguilleurs du Bourget et de la CCR de Saint Denis, les seules deux autres grèves sur le secteur cheminot qui ont réussi a arracher des revendications quant à leurs conditions de travail et de rémunération. Il apparaît clairement que pour obtenir des avancées conséquentes sur les salaires, les cheminots vont devoir très rapidement poser la nécessité d’une lutte d’ensemble, à l’échelle de l’ensemble de l’entreprise et non seulement à échelle locale, mais aussi en interprofessionnel et à échelle nationale si nous voulons aller chercher l’indexation des salaires sur l’inflation et ne pas être obligé de repartir en grève plusieurs fois par an, au vue de l’inflation prévue sur les prochains mois.

    Une méthode qui contraste fortement avec celle des directions syndicales majoritaires à la SNCF qui consiste à appeler à des rassemblements la plupart du temps sur dégagement syndical ou maximum à une seule journée de grève, et qui n’ont au final rien obtenu. Pour gagner sur la question des salaires, il faut un mouvement large d’ensemble, pas seulement local, ni sectoriel. La nouvelle séquence qui s’ouvre montre que c’est la direction vers laquelle militer pour l’ensemble des travailleurs, à l’image des grèves de Verbaudet et de Tisseo les transports toulousains.

    Une expérience qui a fait avancer le niveau de conscience des travailleurs

    Les bilans que tire l’extrême gauche de cette expérience de grève sont cependant loin d’être partagés, notamment avec les militants de Lutte Ouvrière, eux aussi présents au technicentre de Châtillon. Lors de plusieurs discussions, de la grève ou lors de la fête de Lutte Ouvrière, le caractère très subversif de la grève sauvage et tous les aspects d’insubordination ouvrière qui ont fait la force du mouvement sont pris comme des détails, et les aspects les plus progressistes sont minimisés dans une vision défaitiste et pessimiste de la grève. Les militants de LO estiment par ailleurs que la grève menée se réduit à une grève pour les salaires comme une autre, en ignorant l’importance d’avoir tenté jusqu’au bout de lier la bataille des retraites à la bataille des salaires. Autant d’analyses biaisées du mouvement qui ont fini par isoler LO dans le technicentre, avec de nombreux grévistes ayant l’impression que ces militants ont vécu une grève « dans un monde parallèle ».

    Le premier problème de Lutte Ouvrière consiste dans sa fétichisation des comités de grève et de l’auto-organisation, pensée dans des formes abstraites déliées des objectifs politique d’une grève à un instant T. « Quand il y a eu des évènements comme le 49.3, on a fait des grosses AG, mais on a pas pris en main la mobilisation, quelques militants politiques et syndicaux ont mené la danse, mais les travailleurs eux mêmes, qu’est ce qu’ils ont appris dans cette mobilisation ? Évidemment on a tissé des liens avec des copains de travail, dans les piquets et les manifestations, avec des collègues d’autres entreprises. Nous ce dont on a envie c’est que les gens apprennent à se défaire de la tutelle qu’on nous met sur le dos en permanence et pour ça il faut qu’on prenne en main notre mobilisation. Là on a pas réussi à faire un comité de grève, et c’est dommage parce qu’on aurait pu organiser des choses, comme faire des tournées dans les ateliers, aller voir d’autres boîtes à côté. En fait l’idée que c’est les travailleurs eux mêmes qui décident de leur bagarre ». Alors que des Assemblées générales quotidiennes sur trois services se sont maintenues pendant un mois entre le 7 mars et le 8 mai, AG dans lesquelles les militants de LO ont brillé par leur absence mis à part les jours où l’intersyndicale appelait à la grève, l’auto-organisation serait selon eux absente du conflit.

    Pourtant, ce sont bien ces AG qui ont permis de maintenir la radicalité du conflit, notamment la question de s’affranchir des lois anti-grèves comme les délais de prévenance. « C’est vrai, quand on est en colère, on part sans D2I, oui d’accord, mais il faut aussi savoir si les travailleurs sont d’accords, est ce que c’est décidé collectivement, est ce qu’on fait un vote pour tout ça ? » explique LO lors de sa fête : une fois de plus, l’auto-organisation est vu comme une structure formelle, comme si des AG auraient pu décider d’un débrayage spontané motivé par le passage au 49-3 du gouvernement. « On est passé à côté, à Châtillon, de l’éveil de la conscience des travailleurs » conclue la militante syndiquée à la CGT, pour finir son bilan de la grève. Dans une entreprise comme la SNCF où le respect des lois anti-grèves est profondément ancré dans les syndicats, comment peut-on dire que l’affranchissement de ces lois ne constitue pas un pas en avant dans la conscience de classe ? De plus, alors que tous les syndicats ont refusé, après le 49-3, de prendre appui sur la colère suscitée par le caractère antidémocratique de la Constitution pour politiser le combat contre le gouvernement, comment peut-on dire qu’une grève politique telle que celle de Châtillon n’est pas un pas en avant dans la combativité de notre classe ?

    Enfermée dans sa vision défaitiste de l’état de la classe ouvrière, qui aurait perdu toute conscience de classe, LO estime que la grève n’a pas cherché à convaincre les ouvriers qui n’étaient pas encore en grève en faisant des tournées dans les ateliers, comme pour dire qu’il ne s’agit, en dernière instance que d’une grève minoritaire. « La grève n’a pas gagné l’ensemble de cheminots de Châtillon », regrette la militante locale à la fête de LO. Pourtant, la grève est restée majoritaire, avec près de 60 % de grévistes, les 40 % restants étant composé majoritairement de cadres et de contractuels remplaçant les grévistes. Pour LO, le fait de ne pas avoir convaincu les jaunes embauchés par le patron pour casser les grèves constitue donc la principale limite de la grève. Tout syndicaliste sérieux jugera à quel point poser cette question comme la principale limite d’une grève rend cette organisation inutile dans les processus réels de lutte. Cette vision est d’autant plus éloignée de la réalité que le rapport de force a permis de gagner des acquis non négligeables, comme l’extension de la prime de nuit à une centaine de travailleurs qui ne l’avaient pas, étendue à l’échelle nationale : comment une grève si faible aurait pu obtenir de tels acquis ?

    Le légalisme chez les travailleurs des transports et la nécessité de faire de nos luttes des acquis pour la suite

    Cette grève ouvre également le débat sur la question du légalisme dans le secteur des transports, soumis à la loi sur le service minimum. De fait, devoir se déclarer gréviste 48h avant chaque grève, est une arme pour le patronat afin d’empêcher l’auto-organisation et d’entraver la grève, d’imposer de vivre et lutter dans un monde où il faudrait jouer selon leurs règles. Grâce aux délais de prévenances, certains des derniers grands mouvements de grève à la SNCF ont pu être totalement maitrisés par la direction, comme la grève contre la fin du statut en 2018. Depuis des années maintenant, il est devenu habituel de se déclarer gréviste 48h avant. Mais cette ligne devra être franchie un jour ou l’autre. Abroger les lois anti-grèves, et s’en affranchir dès que le rapport de force le permet : voilà ce qui devrait être au cœur des stratégie de lutte des cheminots et de toutes les professions soumises à ce genre de dispositions. Pourtant, les bureaucrates syndicaux de la SNCF ne mènent plus aucune politique contre ces lois depuis des années, et s’adaptent totalement à ce dispositif, qui permet de fait de rendre les grèves invisibles et sans impact sur le trafic. Dans ce sens, la grève des cheminots du technicentre doit devenir un acquis pour les presque 300 000 salariés de la SNCF.

    Le débat sur la légalité des actions pourrait aussi se poser autour de la grève de la gratuité des transports qui est illégale, mais qui est pratiquée dans d’autres pays et qui est devenue un acquis des travailleurs grâce au rapport de force, comme les travailleurs du métro argentin Subte qui ont fait grève suite au décès de trois travailleurs après un empoisonnement à l’amiante. Concrètement, tous les jours, les grévistes argentins occupent des stations de métro et ouvrent tous les portiques, une façon de mener le combat contre son employeur tout en revendiquant la gratuité des transports en commun, seule manière de faire face à l’inflation et aux impératifs écologiques de décarbonation des transports. La grève de la gratuité pourrait ainsi trouver un écho important parmi les usagers, dans un moment où le prix des transports flambe et les conditions se sont dégradées suite à l’ouverture à la concurrence au travers de la réforme ferroviaire et de la loi LOM, comme c’est le cas en Ile-de-France où le prix du pass Navigo a fortement augmenté et va continuer d’augmenter à l’avenir.

    Pendant cette grève sauvage, les cheminots du technicentre de Châtillon ont fait l’expérience d’une grève radicale, qui a débordé à la fois le plan établi par les directions syndicales, et aussi la direction de la SNCF, en refusant de poser les préavis et en cherchant à se réapproprier leur site. A la sortie du mouvement national massif contre la réforme des retraites, et devant les combats qui nous attendent, cette expérience doit permettre d’ouvrir des discussions dans nos rangs pour préparer les luttes à venir. A l’image des liens qui se construisent entre différents secteurs, et des grèves qui ont été victorieuses pendant le mouvement ou en marge de celui-ci, il y a un enjeu à faire de ces acquis des expériences collectives pour que toutes les potentialités de notre classe puissent être poussées jusqu’au bout.


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    Clément Alonso

    Cheminot au Technicentre de Châtillon (92), syndiqué Sud Rail

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