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Asie

Grève du corps médical en Corée-du-Sud : Yoon exploite la pénurie de médecins à des fins électorales

Le secteur médical coréen est en grève contre l’augmentation des admissions en écoles de médecine et dénonce leur inefficacité face aux problèmes structurels de santé, malgré une pénurie de personnel et des conditions de travail difficiles.

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Grève du corps médical en Corée-du-Sud : Yoon exploite la pénurie de médecins à des fins électorales

Les internes en médecine sud-coréens entament une troisième semaine de grève pour protester contre les mesures du gouvernement. Celles-ci visent à augmenter de plus de 60 % le nombre d’admissions en écoles de médecine, dans un contexte de manque chronique de médecins et de vieillissement rapide de la population. Dès lors pourquoi, étant donné les problèmes structurels reconnus par tous dans le système de santé coréen, une grande partie du secteur médical s’insurge-t-elle contre ces mesures ? Pour les syndicats, les solutions proposées par le gouvernement apparaissent comme une solution simpliste à un problème complexe, et la proximité des élections, qui se tiendront en avril prochain, n’y est sans doute pas étrangère.

Avec 2,7 médecins et 8,8 infirmiers pour 1 000 habitants, la Corée du Sud est un des pays les moins bien lotis de l’OCDE (les pays « développés »), qui comptent en moyenne 3,7 médecins et 9,2 infirmiers pour 1 000 habitants. En outre, le pays est miné par les déserts médicaux, qui obligent les patients à se déplacer dans les grandes villes pour subir certaines opérations. Ces problèmes structurels vont en s’aggravant, la Corée du Sud devenant, à l’instar de plusieurs de ses voisins, dans la région une société « super vieillissante », requérant de plus en plus de médecins.

La mesure phare est l’augmentation à 5 000 admissions en écoles de médecine à partir de 2025 contre 3 000 actuellement. L’opposition massive du corps médical se concentre autour de trois points principaux :
1. Les solutions proposées par le gouvernement sont difficilement réalisables, les universités n’étant en l’état pas en mesure de former 60 % d’étudiants en médecine en plus. Cet afflux d’internes va tirer à la baisse le niveau requis pour pouvoir exercer, et donc dégrader la qualité des soins.
2. La mesure ne va pas mécaniquement régler le problème structurel des déserts médicaux
3. Rien n’est entrepris pour atténuer les disparités de salaires entre les différentes spécialités, ce qui pousse les étudiants en médecine à opter pour les spécialités les mieux rémunérées, en particulier la chirurgie esthétique et la dermatologie, au détriment d’autres spécialités plus essentielles, telles que la pédiatrie et l’obstétrique.

En février, ce sont plus de 9 000 docteurs et internes qui ont démissionné pour dénoncer le plan du gouvernement (les démissions ont été refusées). Depuis, plus de 12 000 médecins se sont mis en grève. Ces grèves sont d’autant plus notables que la loi réprime fortement les personnels médicaux grévistes. Le gouvernement a annoncé son intention d’arrêter les « instigateurs » de la grève, de révoquer les licences médicales des personnels qui continueraient à faire grève et de les poursuivre en justice. Les grévistes ne se sont pas laissés intimider, seuls quelques centaines sur les presque 10 000 médecins étant retournés au travail après l’expiration de l’ultimatum fixé par le gouvernement au 29 février.

Si les revendications des grévistes sont pour grande partie légitimes, elles tendent malheureusement à minimiser le problème bien réel du manque de personnel en Corée du Sud. Et ce d’autant plus que les médecins, et plus particulièrement les internes, se tuent à la tâche, travaillant souvent plus de 60 heures par semaines, et même jusqu’à 100 heures pour certains ; cette situation est normalisée dans ce secteur très largement privatisé, et encouragée par l’État. Les heures supplémentaires non payées sont, dans ce secteur comme dans d’autres, banalisées. Les syndicats à l’initiative de la grève, comme la KMA (Korea Medical Association), sont très corporatistes et veulent conserver leurs privilèges, et notamment leurs salaires qui sont, pour certaines spécialisations, les plus élevés au monde.

La mesure voulue par le gouvernement pose un réel problème dans la société coréenne ; il est essentiel que plus de médecins soient recrutés. Cette réforme doit cependant se faire en concertation avec le corps médical et les syndicats, de même qu’avec les universités qui prennent en charge la formation. La réforme doit être associée à une réduction drastique des heures de travail ; la Corée du Sud est l’un des pays les plus affectés au monde par les erreurs liées à la négligence, un fléau dont la principale cause réside dans la surcharge de travail.

La radicalité du gouvernement dans la mise en œuvre de ses mesures et son refus de dialoguer avec le corps médical s’explique par le soutien massif à la réforme au sein de la population – près de 75 % des sondés, qui craignent de ne pas pouvoir être pris en charge. En fait, le gouvernement a misé sur cette adhésion en lançant la réforme quelques semaines avant les élections législatives pour booster son capital sympathie. Le gouvernement met en porte-à-faux le corps médical avec la population en criminalisant les internes qui, en faisant grève, la mettraient en danger. Une manœuvre s’avérant payante, le président ayant vu son taux d’approbation gagner jusqu’à 8 points dans les sondages en février.


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