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États-Unis

Grève de UAW. Les travailleurs de l’automobile en première ligne d’un automne du mécontentement ?

7 000 travailleurs supplémentaires ont rejoint vendredi les rangs des grévistes du secteur automobile aux États-Unis, portant leur nombre à 25 000. Dans la santé et dans les casinos, des grèves massives et historiques ont été annoncées, synonymes des potentialités que représente la grève des travailleurs de l’automobile pour l’ensemble de la classe ouvrière.

Wolfgang Mandelbaum

5 octobre 2023

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Grève de UAW. Les travailleurs de l'automobile en première ligne d'un automne du mécontentement ?

Crédit photo : Luigi Morris / Left Voice

La grève de l’automobile aux États-Unis, organisée par le syndicat UAW, s’est à nouveau intensifiée vendredi. Il semble désormais acquis que la tactique de l’UAW est d’élargir la grève chaque vendredi en ciblant en priorité les usines des constructeurs automobiles ayant été les moins coopérants pendant les rounds de négociations de la semaine. Cette fois, ce sont 7 000 travailleurs supplémentaires qui ont rejoint le conflit, portant le nombre total de grévistes à 25 000, répartis dans 43 usines. Les nouveaux sites touchés sont une usine Ford à Chicago et une usine d’assemblage General Motors à Lansing (Michigan). Stellantis a donc cette fois été épargné, en raison de l’avancée des négociations selon le leader de l’UAW Shawn Fain ; la semaine dernière, c’était le constructeur Ford qui était épargné pour les mêmes raisons.

Une stratégie innovante mais risquée contre les « Big Three »

Du côté du cœur du mouvement du secteur automobile, celui qui touche les « Big Three », la strategie adoptée par l’UAW, baptisée « Stand up strike », s’inspire de la stratégie inventée par les stewards d’Alaska Airlines en 1993, la stratégie du CHAOS (Create Havoc Around Our System, littéralement « Créer le chaos dans notre système »). Le fondement de cette stratégie repose sur l’idée de ne pas annoncer quels sites, ou en l’occurrence quels avions, seront en grève. Sur une période de deux mois, seulement sept vols ont été touchés, mais la compagnie a été contrainte d’envoyer des Jaunes sur tous ses vols, au cas où.
L’UAW a adapté cette tactique en n’annonçant pas les usines qui seront touchées, et en ne faisant pas grève dans les sites les plus stratégiques. Ce faisant, les entreprises ont mis en place des tactiques pour briser la grève sur certains sites qu’elles pensaient être les prochaines cibles, en envoyant des Jaunes et en déplaçant les stocks de pièces détachées vers les usines qu’ils anticipaient comme étant les prochaines à se mettre en grève. Ainsi, au début du mouvement, GM pensait que l’usine GM de Spring Hill (Tennessee) allait faire grève, et a donc envoyé ses stocks de moteur à Wentzville (Missouri) ; au final, c’est Wentzville qui s’est mise en grève, et GM a donc envoyé ses stocks de moteur d’une usine qui n’a pas fait grève vers une usine en grève.
En procédant ainsi, l’UAW a réussi à perturber les opérations des Big Three à peu de frais, en sauvegardant sa caisse de grève qui, malgré son ampleur, ne tiendrait pas très longtemps si elle mobilisait l’ensemble de ses forces. Reste à voir si cette stratégie est suffisante pour faire plier les directions.

Seul un plan de bataille décidé par la base peut permettre d’imposer un véritable rapport de force aux « Big Three »

Lundi 1er octobre, une grève a failli avoir lieu chez Mack Trucks, une entreprise de construction de semis, filiale de Volvo. Un accord préliminaire dont les détails n’ont pas été rendus publics ; les revendications portaient essentiellement sur la question du salaire. Les salariés de Mack Trucks, membres de l’UAW, avaient voté massivement, à hauteur de 98 %, en faveur de l’autorisation de principe de déclencher une grève dans leurs usines. Ce mouvement, annexe à celui qui touche actuellement les « Big Three » (Ford, GM et Stellantis) concerne 4 000 syndiqués de l’UAW.

Cet accord, pour large partie confidentiel, est symptomatique du corporatisme qui règne dans l’UAW ; l’annonce de l’aboutissement des négociations a été faite juste avant la fin de la deadline marquant le moment où les travailleurs auraient déclenché la grève. Dans un syndicat véritablement tenu par les travailleurs, ce sont eux qui devraient être à la tête des négociations, plutôt que de laisser la direction syndicale imposer un accord négocié en coulisses avec la direction de l’entreprise.

La grève des « Big Three » pourrait incarner un sursaut des luttes ouvrières aux États-Unis

Les annonces récentes des travailleurs de la Kaiser Permanente, la plus grande entreprise privée de santé aux États-Unis qui regroupe près de 75 000 salariés, ainsi que le lancement de la grève de 50 000 travailleurs des casinos aux États-Unis montrent, avec la grève des travailleurs de l’automobile, la profonde colère sociale qui traverse le pays. Augmentations de salaires, baisse significative du nombre d’heures travaillées, fin de la précarité et intégration des salariés à des contrats réels, si la vague de grève qui déferle actuellement dans le pays paraît être organisée de façon sectorielle, elle pourrait s’unifier autour de demandes communes de l’ensemble des salariés.

La défense de la dignité du mouvement ouvrier et la lutte pour les salaires et les conditions de travail inquiètent la Maison blanche comme ses prétendants. Alors que Trump s’est lancé dans un discours anti-grève très clair, il a rappelé qu’il était l’ennemi de l’ensemble des exploités et des opprimés aux États-Unis. Joe Biden, qui a conscience du risque que représente cette grève pour le président « le plus pro-syndical » des États-Unis, a même effectué une visite historique sur un piquet des travailleurs de l’automobile. Des signes de la fébrilité de la grande bourgeoisie américaine qui voit d’un très mauvais œil ce qui pourrait très vite devenir un automne du mécontentement aux États-Unis. Une perspective qui oblige à penser le besoin d’un plan de bataille unifié et dirigé par la base pour qu’il puisse obtenir une victoire générale contre le patronat américain.


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