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Etats-Unis. Des milliers d’enseignants manifestent pour une rentrée dans des conditions sanitaires dignes

Ce lundi 3 août des milliers d'enseignants ont manifesté à travers 36 villes des Etats-Unis pour exiger que la réouverture des écoles se fassent dans des conditions sanitaires dignes, mais également des tests accessibles à tous, et la suspension des loyers.

mercredi 5 août

crédit photo : Luigi Morris

La pandémie fait toujours rage aux Etats-Unis avec plus de 4 800 000 cas confirmés et plus de 150 000 morts. Alors que le nombre de décès est toujours en augmentation, le gouvernement voudrait ré-ouvrir les écoles. En réponse à ces annonces, les professeurs se sont organisés à travers le pays et ce lundi 3 août des milliers « d’enseignants, d’étudiants, de parents, d’éducateurs et de membres de la communauté éducative » ont défilé dans les rues de 36 villes étasuniennes. A l’occasion de ce « National Day of Resistance for safe schools [Jour national de résistance pour une école sûre] » « ils ont demandé une "approche sûre, racialement juste et entièrement financée pour la réouverture des écoles" » comme l’expliquent les militants de notre groupe frère aux Etats-Unis dans leur journal Left Voice. La dynamique est partie début juillet spontanément de groupes Facebook, puis a été reprise et relayée par des appels nationaux à la mobilisation.

Jennifer Johnson, directrice du Syndicat des enseignants de Chicago (CTU) expliquait dans une interview auprès de Truthout que dans plus de 14 endroits, le taux moyen de positivité aux tests covid est supérieur à 8 % et peut même atteindre 12 %. Des conditions qui rendent compliquée une rentrée pour fin août qui soit sûre d’un point de vue sanitaire. C’est dans le sens de se protéger du virus qui circulent encore très activement que les manifestants exigeaient ce lundi des EPI -Equipement de Protection- adéquat et une réduction de la taille des classes. Or «  selon une fiche d’information disponible sur le site de « Demand Safe Schools », le coût estimé de la réouverture des écoles en toute sécurité s’élève à un peu moins de 1,8 million de dollars par district américain. Afin de financer la réouverture des écoles en toute sécurité sanitaire, une partie des participants à la Journée Nationale de la Résistance exige une "injection massive d’argent fédéral [...] financée par les milliardaires et Wall Street". » explique le même article de Left Voice.

De nombreux manifestants, en plus de pointer la gestion pour le moins catastrophique de la pandémie, dénoncent une réouverture des écoles trop rapides et motivée par un besoin de prendre en charge les enfants dont les parents travaillent. C’est ce que souligne Jennifer Johnson : « La volonté politique semble se concentrer sur l’ouverture de l’économie et ne pas tenir compte de la sécurité des populations les plus vulnérables. » Mais les enseignants qui refusent de mettre leur vie en danger pour une ouverture des écoles au service d’un patronat avide, ne s’arrêtent pas à demander du matériel de protection. Ils exigent également des écoles sans police, l’annulation des loyers et un abaissement du prix des tests standardisés, répondant ainsi à des préoccupations qui traversent toute une partie de la population, qui déjà précaire s’est retrouvée privée de revenus avec la pandémie et l’arrêt de l’économie.

Ces revendications qui dépassent les limites des murs de l’école font écho au contexte et à la manière dont s’est construit ce mouvement. Il arrive alors que ces dernières années les enseignants se sont mobilisés à plusieurs reprises contre la dégradation de leurs conditions de travail, pour des réductions des effectifs par classe et des augmentations salariales -de nombreux professeurs devant cumuler plusieurs emplois. Selon Nataliya Braginsky, professeur de sciences sociales dans un lycée public de New Haven, interviewée par Truthout, « la réouverture en toute sécurité doit inclure la prise en compte des problèmes pré-pandémiques. "Si nos écoles étaient entièrement financées, nous pourrions avoir des classes moins nombreuses, ce qui non seulement rendrait nos espaces plus sûrs en cas de pandémie, mais permettrait également d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage. Un ratio enseignant/élèves plus faible, dont nous savons qu’il s’agit d’une bonne pratique, est une chose qui est accordée aux écoles privées et aux communautés blanches de banlieue à revenu élevé, mais qui est refusée aux écoles dont les élèves sont majoritairement des jeunes de couleur". » Cette dernière préoccupation n’est pas sans faire écho aux exigences de ces derniers mois de lutte « Black Lives Matter » et au rejet d’une société profondément raciste.




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