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Face à l'ouverture à la concurrence

Etampes. Grève des chauffeurs de bus : « on appelle les autres dépôts à nous rejoindre »

Depuis mardi, les conducteurs de bus de la Francilité Ouest-Essonne, gérée par les sociétés Lacroix-Savac sont entrés en grève contre la casse de leurs conditions de travail. Si la reconductible a pris fin aujourd'hui, ils continueront de débrayer régulièrement les prochaines semaines.

Louisa Eshgham

1er décembre 2023

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Etampes. Grève des chauffeurs de bus : « on appelle les autres dépôts à nous rejoindre »

Crédits photo : Révolution Permanente

En grève depuis mardi, c’est la casse sans précédent de leur métier qui a poussé 50% de ces conducteurs de bus à se mettre en grève. Depuis le 1er aout 2022, alors qu’ils étaient anciennement embauchés par la société Keolis en majorité, et certains par Transdev, ils ont été transférés à Lacroix-Savac suite à l’ouverture à concurrence de leur secteur.

Abdel, délégué syndical Force ouvrière explique : « On a vu les conséquences directes de l’ouverture à la concurrence, nos conditions de travail se sont lourdement dégradées depuis, que ce soit le matériel en mauvais état, le manque d’effectif ou les services qu’on doit effectuer qui sont de pire en pire. Tout ça a aussi un impact sur les conditions de transport des usagers.

On exige aujourd’hui que Francilité Ouest-Essonne remédie à cette situation pour qu’on puisse exercer notre métier normalement, en nous donnant du matériel en état correct et en embauchant plus de personnel ».

Les conducteurs dénoncent aussi des horaires de travail difficiles, qui les obligent à de nombreux sacrifices. « On veut que les amplitudes soient réduites, c’est à dire le temps entre le début et la fin de la journée. Aujourd’hui on a souvent des amplitudes qui vont jusqu’à 14 heures : par exemple, on peut commencer à 5h et finir à 19h, avec des coupures au milieu. Ce n’est pas tenable. Même chose pour les services à trois vacations, on n’en veut plus. Par exemple on peut être amené à avoir des journées où on fait 5h-8h, ensuite 10h-14h puis 15h30-18h. C’est pas une vie. »

Le paiement des temps de coupure est ainsi une revendication centrale de leur combat : « C’est du temps de travail ! » poursuit Abdel. « On demande aussi à être payé à 100% et non 50% sur notre temps de pause entre les courses. Il s’agit souvent de 20 ou 30 minutes après une course, c’est du temps où on ne peut pas rentrer chez nous donc on doit être payé en totalité ! Enfin, on veut que les salaires soient harmonisés, puisque aujourd’hui il y a 200€ de différence entre ceux qui étaient anciennement chez Transdev et ceux qui viennent de chez Keolis. »

Par le jeu de l’ouverture à la concurrence et de leur transfert vers une nouvelle société, les accords conclus avec l’ancienne société Keolis doivent être renégociés. « Après sept réunions de négociation concernant l’accord de substitution, la direction veut nous imposer ses propositions qui ne tiennent pas compte de nos revendications. Elle prétend que nous sommes toujours en négociation, alors qu’en réalité il n’y a plus de négociation depuis que la direction nous a clairement dit, au début du mois de novembre, que ce qu’elle propose est à prendre ou à laisser. Elle a rompu tout dialogue » poursuit Abdel.

Ces derniers mois, les grèves dans les sociétés de transports interurbains se multiplient : les conducteurs de Keolis Montesson sortent de 40 jours de grève, les conducteurs des dépôts de Coubron (93) et Chelles (77) ont cessé le travail depuis le 20 novembre et sont toujours en reconductible. Le dépôt de Villepinte (93) pourrait partir à son tour à compter de la semaine prochaine, et partout, la colère est vive chez les agents des transports qui se confrontent aux mêmes problèmes liés à la casse de leurs conditions de travail et leurs bas salaires.

« Ici, nous sommes confrontés à un dialogue de sourd avec notre direction. Ils ne nous écoutent pas et ne tiennent pas compte de nos revendications, en particulier en ce qui concerne l’amélioration de nos conditions de travail, qui se sont encore plus dégradées depuis leur arrivée le 1er août 2022. Mais je remarque qu’il y a plusieurs grèves similaires à la nôtre. J’encourage les autres dépôts à se joindre à notre mouvement afin d’avoir un impact sur l’ensemble des réseaux. Nous devons faire en sorte qu’Île-de-France Mobilités nous écoute et intervienne auprès des opérateurs. En agissant tous ensemble, de manière coordonnée et simultanée, nous pourrons faire entendre notre voix » conclut Abdel.

En effet, alors que les patrons de ces sociétés et Ile de France Mobilité misent sur la division entre les agents en différents lots, qu’ils attaquent les uns après les autres afin de limiter les possibilités de lutte commune et de tabler sur l’isolement des grèves, il y a urgence à créer l’unité du secteur, toutes entreprises et métiers confondus.

Pour cela, les liens entre agents de différents dépôts et les rencontres notamment sur les piquets de grève sont le préalable afin de pouvoir se coordonner et élaborer ensemble une même stratégie, condition pour faire plier ceux d’en face et obtenir une victoire décisive contre l’ouverture à la concurrence. Un combat que les salariés mènent pour les conditions de travail et la qualité de service assurée aux usagers.


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