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Retraites complémentaires

Agirc-Arrco : la CGT signe à son tour la régression sociale

Ce mercredi, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé que la centrale syndicale signait les accords autour des retraites complémentaires. Derrière les effets d’annonces, la centrale syndicale poursuit sa politique de dialogue social et signe la régression sociale.

Alexis Taïeb

27 octobre 2023

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Agirc-Arrco : la CGT signe à son tour la régression sociale

Crédits photo : image France Inter, screenshot sur X @Franceinter

Depuis la rentrée, les syndicats patronaux (MEDEF, CPME et U2P) étaient en négociation avec les organisations syndicales représentatives nationalement (CGT, FO, CFDT, CFE-CGC, CFTC) pour acter d’un plan pour les cinq prochaines années de l’Agir-Arrco, la caisse complémentaire en charge de 20 à 60% des pensions des retraités qui travaillaient dans le privé.

Après un accord préalable passé le mercredi 5 octobre, côté syndical seule la CGT faisait encore mine d’hésiter avant de signer. C’est dorénavant chose faite et pourtant rien n’a fondamentalement changé dans cet accord.

Un accord de régression sociale déguisé en victoire

« Grâce à la CGT, [l’accord Agir-arrco] acte une revalorisation de 4,9% des pensions et le malus est supprimé ». C’est avec ses mots que la numéro un de la CGT, Sophie Binet, a revendiqué la signature de l’accord sur les retraites complémentaires lors d’une interview aux Echos. Une déclaration victorieuse qui masque mal la réalité de cet accord.

En effet, si l’accord prévoit une hausse de 4,9% des pensions pour 2024, soit pile poil au niveau de l’inflation en septembre et qui ne prend pas en compte les fluctuations de l’inflation ces deux dernières années, il prévoit également la possibilité que les pensions soient indexées 0,4% en dessous de l’inflation les années suivantes. Comme nous l’expliquions dans un précédent article, cet accord prévoit donc une baisse réelle des pensions complémentaires, même si le conseil d’administration de l’Agir-Arrco se garde la possibilité, très hypothétique, de compenser ces 0,4% en fonction de l’état de ses finances.

D’un autre côté, la CGT revendique la fin du système de malus. Celui-ci incitait les salariés à travailler trois années supplémentaires après l’âge légal de départ, sous peine de percevoir seulement 90% de leur pension pendant trois ans. Mais avec la réforme des retraites de 2023, cette mesure semblait de facto vouée à disparaitre. En bref, la suppression du malus était d’ores et déjà prévu, dès l’accord trouvé le 5 octobre, tandis que les revalorisations sont en réalité une baisse réelle des pensions.

Le gouvernement recule sur la ponction du régime de l’Agirc-Arrco… et demande aux syndicats de compenser eux-mêmes

L’un des éléments qui a créé la discorde au sein de ces tractations, c’est la volonté du gouvernement de ponctionner les caisses du régime complémentaire afin de financer l’augmentation des petites pensions du régime générale. Ce qui était en l’occurrence la seule mesure dite « sociale » annoncée dans le cadre de la dernière réforme du régime des retraites. Au-delà du mensonge, cela a provoqué une levée de bouclier du côté des syndicats, mais aussi des partis d’oppositions, qui se sont scandalisés du fait que le gouvernement interfère dans les négociations du régime complémentaire, historiquement géré en autonomie de l’Etat par les organisations syndicales et patronales.

Empêcher une telle ponction est l’autre argument mobilisé par la CGT. Alors que l’on observe une dégradation continue du rendement des cotisations des pensions complémentaires (-63 % en 40 ans), une ponction de l’Etat dans les caisses de l’Agir-Arrco aurait aggravé cette dynamique. « Aussitôt sécurisées les retraites complémentaires, nous allons relancer l’offensive sur la valeur du point et les droits des futurs retraités, en particulier les jeunes générations », a ainsi déclaré Sophie Binet, émettant des « réserves » à la signature. Une façon pour la CGT de se couvrir alors que cet accord ne remet aucunement en question la dynamique baissière des pensions, conséquence du refus patronal, d’augmenter les ressources du régime.

De plus, si le gouvernement a effectivement « reculé », on peut penser que c’est surtout en raison de la pression d’une motion de censure, alors que le gouvernement risquait de devoir utiliser le 49.3 pour imposer sa mesure dans le cadre du vote du PLFSS. Revendiquant la conférence sociale qui s’est tenue en début de mois, un proche d’Elisabeth Borne a ainsi déclaré : « On y va étape par étape, avec une nouvelle [séquence] de dialogue social ». Autrement dit, il s’agit d’éviter la nécessité d’un passage en force et de lancer un appel du pied aux syndicats. Avec sa signature, la CGT ouvre pareille voie au gouvernement.

Une signature d’autant plus problématique que l’option fraîchement écartée reste sur la table et que le gouvernement exige dorénavant que les organisations syndicales et patronales augmentent d’elles-mêmes les pensions des petites retraites, à la place de l’Etat donc. Le gouvernement évoque en outre également l’idée d’une baisse des cotisations du régime complémentaire afin d’augmenter celles du régime général. Autrement dit, le gouvernement propose de changer de chemin mais pour arriver toujours au même résultat : prendre dans les fonds de l’Agir-Arrco et réduire les dépenses de l’Etat. Plutôt qu’un recul, c’est une manœuvre pour le gouvernement qu’a donc décidé de ratifier la CGT.

Conférence sociale, Accords Agir-Arrco… le dialogue social ou l’accompagnement de la régression sociale

En fin de compte, rien n’a fondamentalement changé quant au contenu de cet accord, qui reste toujours une régression sociale pour les travailleuses et les travailleurs. « L’objectif c’est la culture de la gagne » déclarait Sophie Binet dans son interview aux échos. Après l’enfumage de la conférence sociale qui n’a sans surprise abouti à aucune mesure concernant les salaires et la signature de ces accords sur les retraites complémentaires avec le cachet du MEDEF, la CGT remet de nouveau de l’huile dans les rouages du « dialogue sociale » pour accompagner la régression sociale.

Quelques mois après la défaite de l’intersyndicale sur la réforme de retraites, Sophie Binet tente par ses déclarations de garder la face. En réalité, la politique de la CGT est celle d’un alignement sur les positions de la CFDT et d’un retour en force du « dialogue social », qui n’aboutit à rien d’autre, au mieux, qu’à des miettes concédées par le patronat, au pire, à de nouvelles attaques anti-sociales.

Si la centrale syndicale s’est impliquée dans les combats de certains grévistes, comme à Verbaudet, sa politique reste pour le moment bien insuffisante. Alors que l’inflation persiste et que les prix des produits de premières nécessités sont toujours aussi élevé, les salaires des travailleurs de leurs côtés sont loin de suivre les prix. Face à cette situation qui aggrave la crise sociale, les directions syndicales et en premier lieux la CGT devrait tirer le bilan d’une stratégie qui, loin de mettre une quelconque « pression », ne fait que désarmer les travailleurs.

A l’opposée du dialogue social, les directions syndicales et la CGT devraient s’atteler à construire un véritable plan de bataille qui, loin des discussions feutrées avec le gouvernement et le grand patronat, articule le combat contre l’offensive autoritaire du gouvernement, la lutte pour les salaires, pour exiger à minima des augmentations générales des salaires, des pensions et des minimas sociaux, ainsi que leur indexation sur l’inflation.


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