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Auto-organisation

VIDEO. « Si la base ne contrôle pas la grève, on est morts » Anasse Kazib parle cash à Paris Nord

Ce mardi 31 janvier, Anasse Kazib est intervenu dans l'AG de Paris Nord en revenant sur la question de l'auto-organisation et de la stratégie pour la suite du mouvement. Un discours important pour penser les semaines à venir.

1er février 2023

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Je ne vais pas revenir sur le fait que cette bataille des retraites est centrale, qu’il faut qu’on la mène pour nos parents, nos enfants, etc. Je pense que de cela nous sommes tous convaincus.

Tout nous montre qu’il y a un rejet massif de cette réforme, que ce soient les taux de grévistes, le nombre historique de manifestants ou encore les sondages de l’opinion. Néanmoins, il faut que l’on se regarde en face et qu’on se dise un certain nombre de vérités. Parce que, par bien des aspects, cette grève est bizarre. Elle est bizarre parce qu’il y a des taux de grévistes énormes, mais pas grand monde en assemblée générale.

Si on me pose la question de savoir si on peut gagner contre Macron et imposer le recul de la réforme des retraites, je vous le dis sans hésitation : « on peut gagner les doigts dans le nez ». Parce qu’on est en train de faire la démonstration qu’on est capables de se mobiliser, alors que beaucoup notamment au gouvernement comptaient sur la question inflationniste et la crise économique pour que les travailleurs ne descendent pas dans la rue. Les salariés d’Onet qui sont avec nous aujourd’hui en sont la preuve vivante. Parce que oui quand on est précaires, il est possible de se mettre en grève quand il y a de la détermination et de la motivation.

Alors qu’est ce qui fait qu’il y a plus de travailleurs d’Onet à être présents que de cheminots aujourd’hui ? Il faut se poser la question : pourquoi est ce qu’ils sont plus nombreux ? Parce qu’ils se sont retrouvés en assemblée générale et qu’ils ont décidé ensemble qu’ils partaient en grève. Parce qu’ils ont fait le travail collègue après collègue pour convaincre l’ensemble des salariés de leur boîte de venir en assemblée générale et de faire grève.

De notre côté, il va falloir que l’on commence à regarder la vérité en face. Ils sont où les militants syndicaux ? Elle est où l’intersyndicale ici ? La réalité c’est qu’il y a plus de photos dans les trombinoscopes des élections syndicales de la région Paris Nord qu’il n’y a d’élus en assemblée générale. On peut se raconter des histoires mais si il n’y a pas les élus, si il n’y a pas les militants, pas les adhérents qui viennent ici : qui va venir ? Le salarié non syndiqué il va dire : « tu me passes un tract pour voter pour toi et mais quand ça parle de bataille tu n’es même pas là, alors pourquoi moi je viendrais ».

C’est un problème central. Parce que pour discuter de grève reconductible, pour voter la grève reconductible, il faut qu’il y ait des gens qui votent. La réalité c’est que pour l’instant le mouvement ne nous appartient pas. Et c’est pour cela que je vous dis que la mobilisation est bizarre. On est très mobilisés et c’est une fierté mais nos collègues ne voient pas l’intérêt de venir en AG. Sur la ligne B, il y avait 43 grévistes sur 45 travailleurs. Aujourd’hui il n’y a personne en AG. S’ils ne viennent pas c’est parce qu’ils pensent qu’ils ne décident de rien.

Pour les travailleurs qui ne sont même pas syndiqués, c’est encore pire : ils savent qu’ils n’ont pas leur mot à dire. Mais la réalité c’est que même nous qui avons des responsabilités syndicales nous ne décidons de rien du tout. Il y a dix mecs qui se retrouvent à la bourse du Travail ou dans je ne sais pas quel bureau et qui discutent entre eux de la date sur laquelle ils vont se mettre d’accord. Il n’en y a aucun qui sort une consultation, que ce soit à SUD, à la CGT ou à la CFDT. Tu discutes avec des dirigeants de fédération, ils ne savent pas ce qui va être décidé.

Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? Qui est ce qui sacrifie du salaire ? Qui est ce qui va en manifestation ? Et ça ne serait pas à nous de décider du plan de bataille ? On n’a jamais aucune idée de ce qu’ils préparent. Peut être qu’ils jouent au ping-pong et que c’est le gagnant qui décide de la date. Il faut qu’on en ait conscience. Parce que si le mouvement ne nous appartient pas, on va perdre. Si le mouvement n’est pas fort et qu’il ne part pas en reconductible le plus rapidement possible, on est morts. Ce n’est pas nous qui sommes pressés, si les raffineurs disent qu’ils faut faire la grève reconductible les 6,7 et 8 c’est pas parce qu’ils sont des gauchistes, c’est pace que le gouvernement il frappe vite.

On ne peut pas ne rien dire sur le fait qu’on atteind des taux de grève de plus de 80%, qu’il y a deux millions de personnes en manifestation et qu’il n’y a personne en assemblée générale. Pour les camarades du Landy ils ne viennent pas ? Parce qu’ils ont vu que leur présence en assemblée générale ne changeait rien. C’est le fond du problème si on veut une grève reconductible, il va falloir se réapproprier notre mouvement et le 7, pour la prochaine date, aller chercher les collègues. Si les Onet ils sont là c’est parce que je suis parti les voir, je suis allé discuter avec eux. Si on ne fait pas les efforts les uns avec les autres, d’aller voir les adhérents, les militants, les collègues pour les ramener en assemblée générale, ça n’a pas la même gueule.

Pareil pour les actions. On sait qu’un mouvement sans actions ça n’est pas pareil. Et on en a fait des actions, on est allés les chercher au siège de la SNCF, dans les locaux d’En Marche, parce que ça donne du moral. Les collègues se disent « voilà, là c’est une vraie grève, là il y a du monde ». Cela donne envie de se battre, de revenir à la prochaine AG, parce qu’il y a un comité de grève, parce que les travailleurs ont décidé, parce qu’ils ont voté la caisse de grève. Moi je viens, je mets un point d’honneur à être là, parce que je sais que ma main que je la mette en haut ou en bas, c’est central : parce que c’est moi qui décide. Si on n’a pas un mouvement de ce type, on perd. Je nous souhaite une victoire implacable, mais il ne faut pas se mentir. Si on fait des journées par ci, par-là, qu’on se retrouve à 50 ou 60 on est morts, on le sait très bien.

Et je terminerai là-dessus, mais si on perd, c’est une défaite d’ampleur pour le mouvement ouvrier. Parce que derrière y a la loi immigration qui attend, il y a énormément d’attaques au programme. Macron a donné plus de 100 milliards aux militaires et à l’armée, plus de 400 sur six ans, et ça doit nous alerter. Les collègues, ils le voient. Cela n’est pas vrai que les gens ne font pas de politique. Tout le monde parle de la guerre et de l’inflation. Et quand on a des puissances mondiales comme la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, Zelensky qui demande des chars tous les deux jours, le climat est inquiétant.

La meilleure des solutions c’est de les faire reculer tout de suite. Parce que si on gagne, on sait que la France c’est un pays stratégique de la lutte de classes. Quand il y a eu les gilets jaunes, on a vu des gilets en Algérie, au Soudan, en Equateur, au Chili. On n’est pas seuls en grève. J’espère que vous suivez ce qui se passe en Angleterre, en Allemagne, aux Pays-Bas, etc. Les travailleurs, ils se réveillent. Ils sont en train de sortir la tête de l’eau, de sortir de la période sanitaire. On a des manifestations de deux millions de personnes, énormément de secteurs du privé. Ce serait un gâchis immense d’avoir une défaite. On n’a pas le droit de perdre.

On est tous capables d’entendre les choses, je ne cherche pas à vous démoraliser. Mais il faut qu’on discuter frontalement, qu’on aille tous faire les efforts, comme nous qui sommes allés chercher les Onet. Le 7 il devra y avoir du monde. On doit aller chercher les collègues de la santé, de la RATP, on a un rôle à jouer pour étendre le mouvement. A la RATP ils disent, si vous y allez à la SNCF, on y va. A la SNCF on dit, si vous y allez, on vous rejoint. Mais à quoi ça sert d’avoir des confédérations alors ? Je le redis, mais il faut discuter par en bas. Sans assemblée générale, on ne se réappropriera pas le mouvement. C’est de cela dont on doit convaincre tous les collègues. Pour qu’on se donne une chance de gagner.


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