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Palestine

« Peuple de la Lumière » contre « peuple des ténèbres » : Netanyahu renforce sa rhétorique génocidaire

Ce mercredi, Benyamin Netanyahu s’est fendu d’un discours martial aux accents messianiques, martelant que la guerre lancée contre le Hamas et la population palestinienne relevait d’une opposition entre un « peuple de la Lumière » et « un peuple des Ténèbres ». Cette rhétorique violente prépare le terrain à de nouveaux massacres, alors que l’invasion terrestre de Gaza a été annoncée.

Sophie Martin

26 octobre 2023

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« Peuple de la Lumière » contre « peuple des ténèbres » : Netanyahu renforce sa rhétorique génocidaire

« La Lumière triomphera sur les Ténèbres » : le discours prophétique de Netanyahu prépare l’opinion à une escalade de la violence

Par un discours prophétique, le premier ministre Benyamin Netanyahu a affirmé, lors d’une allocution sur la chaîne i24NEWS ce mercredi 25 octobre, que la guerre contre le Hamas, mais aussi contre le Hezbollah et l’Iran, lancée il y a 19 jours par le gouvernement israélien à la suite de l’offensive menée par le Hamas le 7 octobre dernier, relevait d’un devoir messianique. « Notre guerre contre le Hamas est un test pour toute l’humanité, c’est une lutte entre l’axe du mal de l’Iran, du Hezbollah et du Hamas, et l’axe de la liberté et du progrès », a-t-il déclaré, déployant un imaginaire manichéen et prophétique faisant de la guerre décidée par le gouvernement et encouragée par ses soutiens à l’international, une mission de droit divin contre un axe du mal dont le peuple palestinien serait l’incarnation. Une référence à peine voilée à « l’Axe du Mal » Irak-Iran-Corée du Nord cher à Georges W. Bush, rhétorique qui avait prévalu à l’invasion de l’Irak, une guerre qui a fait entre 100 000 et un million de morts civils et fait figure d’acte fondateur durable de la déstabilisation de la région.

Dans son discours, le premier ministre israélien poursuit les menaces de destruction du peuple palestinien. « Je suis responsable de garantir l’avenir de ce pays et maintenant mon rôle est de conduire Israël à une victoire écrasante » a-t-il déclaré, ajoutant « nous réaliserons la prophétie d’Isaïe » . Un discours qui vise à renforcer les bombardements sanglants lancés par l’armée israélienne ces dernières semaines et prépare le terrain de nouveaux crimes contre les civils.

Une rhétorique ultra-religieuse pour préparer une invasion militaire sanglante d’Israël

Le recours au registre religieux messianique et aux oppositions binaires, via le champ lexical de l’ombre et de la lumière ou encore du bien et du mal, trouve des applications bien réelles dans la stratégie de communication du gouvernement. A l’instar de l’un de ses comptes officiels représentant le Hamas sous les traits de Voldemort, jouant de la référence pop-culture pour créer un ennemi diabolique de toute éternité : « celui qui doit être nommé : Hamas = ISIS ».

« Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence », avait déclaré le ministre de la défense israélien Yoav Gallant, le 9 octobre dernier, pour qualifier la réponse que devait apporter son gouvernement à l’offensive menée par le Hamas. Alors que le gouvernement israélien s’apprête à lancer une invasion terrestre dans la bande de Gaza, l’objectif de ce discours unificateur est clair : justifier les prochains massacres de palestiniens, par une déshumanisation de plus en plus prononcée du peuple palestinien.

Par cette rhétorique, le gouvernement israélien cherche également à contraindre ses alliés à l’international à soutenir sa surenchère guerrière, alors que les manifestations de solidarité au peuple palestinien se succèdent dans le monde entier. Lors de la visite de Macron à Jérusalem, Netanyahou a ainsi interpellé le président français en expliquant que « le Hamas n’est pas situé à des milliers de kilomètres de la France. Le Hamas c’est Daesh dans les banlieues de Paris » . Une tentative claire d’assimiler la guerre sanglante d’Israël à une guerre des démocraties contre le terrorisme. D’ailleurs, le gouvernement français participe également à la construction de ce discours, qui justifie aujourd’hui la mort de milliers de Palestiniens et de nombreux enfants, déclarant que : « La France est prête à ce que la coalition internationale contre Daech ».

Diaboliser l’ennemi et empêcher toute forme de discours contestataire : la marque d’un gouvernement d’extrême droite aux velléités génocidaires

En effet, cette rhétorique du gouvernement israélien s’accompagne du muselage systématique de toute forme de discours contestataire. Cette offensive politique d’Israël répond à la remise en cause de l’offensive militaire du gouvernement à l’international, notamment décriée par l’ONU. En effet, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, lors du conseil de sécurité de l’ONU réuni ce mardi 24 octobre pour évoquer la situation au Proche Orient, a reconnu être « profondément inquiet » quant aux « violations du droit international humain » à Gaza. Après avoir rappelé que l’attaque terroriste du Hamas ne venait pas « de nulle part » mais de « 56 ans d’occupation », le secrétaire général a martelé qu’aucun conflit ne justifiait l’atteinte aux droits humains fondamentaux et aux victimes civiles car « aucune partie à un conflit armé n’est au-dessus du droit humanitaire international ». Il a fini son discours par appeler à un « cessez-le-feu humanitaire immédiat ». Un rappel à l’ordre ignoré par Eli Cohen, ministre israélien des affaires étrangères, qui a répondu en reprenant la même rhétorique guerrière de Netanyahu, s’insurgeant : « dans quel monde vivez-vous ? Sans aucun doute ce n’est pas le nôtre », « est-ce que je veux me souvenir de la création de l’enfer, des cris des attaquants, en rejoignant la chasse ? », « le Hamas doit être effacé du monde ». Le ministre ne s’est pas arrêté là et a même été jusqu’à demander la démission du secrétaire général de l’ONU après ce discours.

Ce refus de toute critique, incarné par un discours particulièrement offensif et violent, rappelle aussi que le gouvernement s’enfonce toujours plus dans une guerre sanglante, qui s’appuie sur la répression de toute contestation en Israël. Ainsi, le député communiste Ofer Cassif a été exclu du parlement israélien, la Knesset, il y a une semaine, pour avoir tenu des déclarations jugées anti-israéliennes en appelant les partisans de la paix à s’unir pour demander la fin de l’occupation des territoires palestiniens. Face à cela, il est essentiel de dénoncer la politique de Netanyahou et de ses alliés, et de continuer à se mobiliser pour défendre le peuple palestinien. La rhétorique ultra-religieuse en Israël et de lutte des démocraties contre le terrorisme à l’échelle internationale n’est que la préparation idéologique nécessaire pour justifier le nettoyage ethnique en cours.


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