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Pérou. La droite fujimoriste cherche à faire annuler l’élection de Pedro Castillo

L'arrivée au pouvoir de Pedro Castillo, enseignant, syndicaliste et candidat de la gauche, incarne la colère profonde des classes travailleuse et populaire. Cette idée effraie la classe dominante et un secteur de celle-ci cherche à faire annuler les élections et à imposer la fille du dictateur Fujimori.

jeudi 17 juin

Crédit photo : Sebastián Castañeda - Reuters

Il y a maintenant plus de dix jours, le 6 juin, que le deuxième tour des élections présidentielles du Pérou ont eu lieu. Et Pedro Castillo, enseignant et candidat pour Pérou Libre, parti de la gauche péruvienne, a remporté les élections, après avoir créé la surprises au premier tour en arrivant en tête avec 18,1 %. Il avait en face de lui pour le second tour Keiko Fujimori, candidate de la droite péruvienne et fille du dictateur Fujimori.

Selon le rapport publié par l’Office national des processus électoraux (ONPE), Castillo a obtenu 50,125 % des suffrages exprimés au second tour, tandis que Keiko Fujimori a obtenu 49,875 %. Le 15 juin l’ONPE a annoncé que le décompte officiel des voix était terminé à 100 % et c’est donc avec une avance de 44 058 voix que Castillo est donné vainqueur. Pourtant en face, le clan Fujimori, entouré d’avocats, a entamé une série d’action en justice pour faire invalider les votes en faveur de Castillo et crie à la fraude. Ils visent pas moins de 800 procès-verbaux, notamment dans la zone sud du pays, plus rurale et au vote plus clairement tourné vers celui qui incarne les aspirations populaires. Ce sont 200 000 voix qui sont dans le viseur des fujimoristes. Ces derniers sont soutenus dans leurs volontés de faire annuler le processus électoral par des figures de l’extrême-droite, comme Jorge Montoya, ancien général, ou encore par un écrivain comme Mario Vagas Llosa qui a expliqué qu’il « ne peut pas accepter un gouvernement de Pedro Castillo  », et faisant preuve d’un profond mépris de classe il a assuré ne pas vouloir prendre en compte la volonté des électeurs de Castillo, qu’ils considèrent « mal-informé » et inférieurs donc vis à vis de ce de Fujimori. Keiko Fujimori, qui cherche si activement à faire annuler les élections, cherche aussi à fuir la possibilité d’une peine de 30 ans de prison pour avoir touché la somme de 1,2 millions d’euros versés par une entreprise brésilienne en 2011.

Plusieurs spécialistes ont souligné que les actions juridiques entamées par les fujimoristes étaient irrecevables car hors-délai, mais ils ont également mis en avant le fait que les procès-verbaux visés ont été acceptés et validés par les mêmes représentants de Keiko Fujimori, qui cherchent aujourd’hui à les faire invalider. Si la stratégie juridique des fujimoristes est fragile, les secteurs liés aux grandes entreprises et aux élites les plus conservatrices ont organisé une manifestation à Lima le 9 juin dernier, appelant à rejeter la victoire de Pedro Castillo et à passer outre les résultats du second tour. Alors que plusieurs instiutions et organisation politiques ont commencé à reconnaître la victoire de Pedro Castillo, et l’avis du Jury National des Elections -qui permettra de reconnaître les résultats du second tour sous peu- tarde à arriver, on voit à quel point celle qui se revendique en grande partie des années de dictature de son père, et qui est poursuivit pour corruption, cherche à faire obstruction à l’élection.

Face au comportement des fujimoristes et de ses alliés de la droite la plus rance, les militant.e.s du Corriente Socialista de las y los Trabajadores (Courant Socialiste des travailleur.ses), qui appartient au même groupe international que Révolution Permanente, appellent les travailleurs et travailleuses, les paysan.ne.s et les classes populaires à s’organiser sur leurs lieux de travail, dans leur quartiers ou leurs villes et à se mobiliser pour défendre leur vote aux élections. En effet si Pedro Castillo n’est pas le communiste que Keiko Fujimori prétend avoir en face d’elle, si son programme « populaire » ne marque en rien une rupture avec le FMI, à qu’il continuerait de payer la dette, ni même une rupture avec les conception réactionnaires et sexistes de ses adversaires, lui qui ne veut pas du droit à l’avortement ; pour autant il incarne une colère profonde qui traverse le pays. Les classes populaires méprisées, victimes de la pandémie et d’un système de santé détruit par des années d’attaques néolibérales mises en place par la dictature Fujimori ou par les gouvernements qui lui ont succédé, ont manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois exprimant une colère contre un système qui les détruit. Et Castillo, incarne un espoir pour cette colère et c’est précisément ce qui fait peur aux classes dominantes.

L’appel à la mobilisation de nos camarades du Courant Socialiste des Travailleur.ses répond à Pedro Castillo qui demande de faire preuve de «  la tranquilité et à la sérénité ». Mais aujourd’hui il ne s’agit pas d’être tranquille ou d’enterrer la colère, au contraire pour les classes travailleuse et populaire du Pérou il s’agit de défendre leur droit démocratique face au spectre d’une dictature qui a laissé derrière elle une constitution réactionnaire et d’importantes attaques contre les plus pauvres. Celui qui cristallise un grand nombre des aspirations des classes paupérisées, est pourtant loin de remettre en cause un des facteurs principal de cette misère : l’impérialisme. Face à cela nos camarades proposent de lutter pour « une Assemblée Constituante Libre et Souveraine pour mettre fin au régime pourri de 1993, hérité de la dictature, et luttons pour imposer un plan d’urgence qui comprend, entre autres mesures, l’abrogation immédiate des lois qui précarisent nos conditions de travail, un impôt progressif sur plus riches fortunes, la nationalisation sous le contrôle des ouvrier.e.s de toutes les entreprises privées liées au secteur de la santé qui profitent de la pandémie pour augmenter leurs profits, la nationalisation sous contrôle ouvrier des banques afin que les petits commerçants et l’agriculture familiale disposent des crédits nécessaires, le non-paiement de la dette extérieure frauduleuse afin que nous disposions des ressources nécessaires pour renforcer les services publics de base comme la santé, le logement et l’éducation. »




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