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Travail social

Montpellier. Scandale à Adages : des salariés sous-payés mais des directeurs augmentés !

Dans le travail social, la palme d'or du mépris revient sans doute à l'association Adages, qui a augmenté la plupart de ses directeurs de 400€ en catimini en janvier 2023, alors qu'elle refuse catégoriquement la moindre revalorisation à son personnel technique et administratif, exclu du Ségur.

Lucas Darin

24 mai 2023

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Montpellier. Scandale à Adages : des salariés sous-payés mais des directeurs augmentés !

Le personne est bien décidé à montrer sa colère au conseil d’administration ce jeudi 25 mai à 17 heures, à l’appel d’une intersyndicale large.

La colère gronde de plus en plus ces dernières semaines au sein de l’association Adages, géant montpelliérain du médico-social qui pèse près de 1600 salariés, et compte de nombreux établissements dans tout le département de l’Hérault. 

En cause, la découverte d’une augmentation de 100 points d’indice, soit près de 400€ brut mensuels, accordée en cachette aux directeurs d’établissements par le conseil d’administration au mois de janvier 2023. 

Une pilule qui a d’autant plus de mal à passer que le même conseil d’administration reste sourd depuis plus d’un an aux revendications des organisations syndicales, qui revendiquent l’augmentation des salaires dans le secteur mais aussi le versement de la prime Laforcade (équivalent Segur dans le travail social) aux personnels techniques et administratifs, exclus de cette mesure par le gouvernement et les employeurs.

Une direction entre mépris, fébrilité et déconnexion totale

Bien conscient de l’indécence de cette augmentation et du risque de mouvement social, le conseil d’administration a d’abord tenté de cacher cette décision aux salariés de l’association : le traitement des bulletins de salaires des directeurs, d’ordinaire effectué dans chaque établissement, a été transféré au siège de l’association, loin des indiscrétions et des travailleurs de terrain.

Mais cette tentative honteuse d’éviter le scandale n’a pas fonctionné longtemps, la rumeur naît et l’information finit par être confirmée. A partir de là, les salariés de l’association ont eu droit à un véritable festival de déclarations plus lunaires les unes que les autres. 

Pour certains directeurs, l’augmentation est normale : « on le mérite ». Les travailleurs et travailleuses qui se tuent à la tâche pour entretenir les locaux, faire le ménage ou gérer tout l’aspect administratif apprécieront : ils n’étaient sûrement pas assez méritants.

Pour un autre, la ligne de défense est plus originale mais encore plus catastrophique : « je ne savais pas, je ne m’en étais pas rendu compte ». Faites preuve de compréhension, c’est sûr qu’avec un salaire de directeur, 400 euros de plus ou de moins ce n’est pas évident à voir...

Heureusement pour ces directeurs bien incapables de ne pas jeter de l’huile sur le feu, Adages est gérée par une direction générale bien plus performante lorsqu’il s’agit de trouver des justifications. 
Sentant la colère se cristalliser, ces brillants administrateurs ont rédigé un communiqué de 4 pages (!) pour s’expliquer et passer de la pommade aux salariés. 
D’abord, une bonne demi-page de charabia technique pour finir par larmoyer sur le sort des directeurs : « les responsabilités accrues, l’obligation de faire face à des complexités de plus en plus fortes, les lourdeurs des risques et des responsabilités encourues qu’elles soient civiles, pénales, administratives et/ou financières, et pouvant avoir un fort impact sur leurs vies personnelles et familiales ».

Mais pour un directeur qui fait face à des sanctions pénales ou financières, combien de burn-out, de dépressions, de divorces ou d’accidents du travail pour causes psycho-sociales chez les éducateurs spécialisés, les secrétaires, les aides médico-psychologiques, le personnel d’entretien, etc. ?

Ensuite, un argument massue, irréfutable : « même si nous avons bien conscience que chaque poste a son importance, il paraît très compliqué de laisser vivre une structure sans direction » 

Peut-être qu’une grève de quelques jours permettrait à rappeler à la direction générale d’Adages que l’accompagnement éducatif et social ne se fait pas depuis des salles de réunion, et que sans travailleurs de base, il n’y a pas de structure ? 

Enfin, les trois dernières pages de ce communiqué de la honte ont pour but d’essayer maladroitement de convaincre les salariés que l’association se mobilise pour eux et revendique elle aussi l’extension de la prime Laforcade à l’ensemble des salariés : « il nous semble indispensable que chacun comprenne bien l’origine de cette situation et des difficultés qu’elles posent aujourd’hui dans nos organisations associatives » Une posture pas si éloignée de celle du gouvernement pendant les retraites : si vous n’êtes pas contents, c’est que vous n’avez pas compris.

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Les employeurs qui luttent au côté des salariés, une belle illusion

C’est le discours systématique des employeurs de l’associatif dans le travail social : ils sont du côté des salariés, se mobilisent à leurs côtés, et les défendent coûte que coûte contre les financeurs comme l’Etat, le Conseil Départemental ou les Agences Régionales de Santé qui seraient les seuls responsables de la situation. 

La réalité est pourtant tout autre. A Adages comme ailleurs, les associations se fédèrent dans des syndicats employeurs comme Nexem ou la FEHAP, qui sont les principaux responsables du gel des salaires du secteur depuis des années.

En ce moment-même, ces employeurs s’emploient à fusionner les conventions collectives qui régissent le secteur avec comme projet central d’en finir avec le principe de salaire égal pour diplôme égal : leur projet repose sur l’individualisation des salaires, en fonction des compétences et du mérite du salarié, évalués par... l’employeur !

Plus concrètement, la direction d’Adages comme beaucoup d’autres revendiquent leur mobilisation pour l’obtention de la prime Laforcade pour tous ces derniers mois. Imaginez, ils sont même allés jusqu’à manifester sur la place de la Comédie ! 

Dans la réalité, les organisations d’employeurs ont systématiquement appelé à des rassemblements séparés des appels des organisations syndicales. Alors qu’elles affirment avoir réellement lutté avec les salariés mobilisés du secteur, pourquoi n’ont-elles pas payé les jours de grève pour permettre au plus grand nombre de se mobiliser et augmenter le rapport de force ? 

Un rassemblement devant Adages, une lutte de tout le secteur

En réponse à cette augmentation et ce mépris de la direction, une intersyndicale large composée de la CFDT, de Force Ouvrière, de Sud Santé Sociaux, de la CGT et du CAASOS appelle à un rassemblement jeudi 25 mai à 17 heures devant le siège d’Adages, où se tiendra une réunion du conseil d’administration.

Si les salariés d’Adages devraient être très nombreux à répondre présent, la lutte qui commence jeudi dans l’association concerne en réalité tous les salariés du secteur du travail social.
Ces mêmes dynamiques, ce même mépris, cette même hypocrisie existent en effet dans la plupart des associations qui fonctionnent en acceptant de porter des projets sous-financés, qu’elles assurent en sous-payant leurs salariés. 

Si aujourd’hui, c’est Adages qui est sous les projecteurs, dès demain c’est n’importe quelle association qui peut suivre cette voie, comme le montrent les scandales réguliers qui secouent le secteur

Le rassemblement de jeudi doit être une véritable démonstration aux yeux de tous nos employeurs que nous n’accepterons jamais ces logiques d’entreprise dans le travail social, et que nous sommes bien déterminés à nous battre pour obtenir des moyens à la hauteur des besoins, et des salaires décents pour toutes et tous !


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