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Travailleurs sociaux en colère

Montpellier. Dans le travail social, une semaine de grève et mobilisation contre le manque de moyens

La deuxième semaine de février a été marquée par une importante mobilisation des travailleur.euse.s du social à Montpellier. Les raisons de cette colère sont multiples : manque de moyens pour accompagner les personnes, dégradation des conditions de travail, épuisement professionnel et arrêts maladie, management violent, sur fond d'un projet de refonte des conventions collectives du secteur.

Elsa Lifour

20 février

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Montpellier. Dans le travail social, une semaine de grève et mobilisation contre le manque de moyens

Crédit photo : le Poing

Une nouvelle journée de mobilisation pour les salarié.es de Gammes

 
Le 8 février s’est déroulé une nouvelle journée de mobilisation des salariées de l’association Gammes, une association d’insertion sociale à destination de publics précaires, menant des activités d’aide médicale, administrative, d’accueil et d’hébergement d’urgence ou encore d’insertion par le travail. Avant la période de Noël, une première journée de grève avait mis le service d’accueil de jour à l’arrêt et réuni devant ses portes un piquet d‘une cinquantaine de personnes. Pour cette nouvelle journée de mobilisation, les salariées ont décidé d’assurer la distribution de petits déjeuners et de café aux personnes fréquentant le service devant les portes de leur principal financeur : la DEETS, Direction départementale de l’Économie, de l’Emploi du Travail et des Solidarités, autrement dit les services de l’État au niveau départemental.

Cette journée a une nouvelle fois été une réussite, réunissant cette fois-ci deux fois plus de personnes autour du piquet : grévistes, syndicalistes, salariés d’autres associations, et bénéficiaires du service. Les revendications restent les mêmes depuis décembre : les salariées se battent contre la fermeture partielle de leur service d’accueil de jour – qui permet d’assurer des permanences d’accès aux droits ou à la santé à des personnes précaire - , du service de domiciliation postale – essentielle pour que des personnes sans domicile fixe puissent recevoir du courrier et donc conserver un minimum d’accès aux nombreuses démarches administratives et juridique nécessitant une adresse postale - et la fermeture définitive d’un autre service situé aux Rives du Lez. Ces fermetures de services impacteraient très négativement des usagers se trouvant dans des situations d’extrême précarité, qui ont besoin d’écoute et d’aide pour accéder aux droits dont ils disposent afin de ne pas se trouver dans le dénuement et l’isolement le plus total.

Les salariées de l’association dénoncent des conditions de travail qui ne font que se dégrader, des financements toujours plus incertains, et un management de plus en plus dur de la part de la direction. Ces conditions de travail entraînent un nombre d’arrêts maladie important, et un turn-over incessant révélateurs des conditions de travail épuisantes auxquels doivent faire face les travailleurs du social, et de la perte de sens de leur métier alors qu’ils doivent rattraper toujours davantage de misère créée par le système capitaliste avec toujours moins de moyens. Devant la DEETS, une salariée demande : « jusqu’à où devrons nous supporter ces attaques dans le secteur ? »
 

Face au manque de moyens en protection de l’enfance, le Département propose... un coach pour réorganiser les services !

 
La même semaine, des cadres du service départemental de la protection de l’enfance de l’Hérault appelaient à la grève. Alors que le secteur a connu un nouveau drame avec le suicide d’une adolescente début février, ils dénoncent des conditions de travail intenables pour leurs équipes et tirent la sonnette d’alarme quant à des situations de danger pour les enfants et familles concernés par des mesures de protection.

Devant les 150 personnes rassemblées au Conseil Départemental, le secrétaire départemental de la CGT Action Sociale a rappelé la situation dramatique de la protection de l’enfance dans l’Hérault. Le taux d’occupation au Foyer de l’Enfance est de 175 %, avec l’accueil d’enfants ayant des troubles du comportement ou en situation de polyhandicap. De plus, 150 placements sont non-effectifs sur le département, c’est-à-dire que 150 enfants ont été reconnus par un juge comme en danger ou en risque de l’être, sans que le Conseil Départemental ne se donne les moyens d’appliquer la mesure. Une situation qui amènerait à faire passer leurs journées en agence du département à certains enfants, faute de place pour eux.

Appelée par des cadres de la Direction Enfance Famille, la mobilisation a largement été suivie par les salariées. Ces derniers dénoncent un sentiment de solitude face à la réalité de terrain, des heures supplémentaires non reconnues et un manque de moyens pour faire correctement leur travail. Au quotidien, ce sont les salariées, éducateurs et éducatrices, maîtresses de maison, assistantes sociales, moniteur-éducateurs, qui sont en première ligne à devoir gérer les centaines de situations d’enfants en besoin de protection ou de familles dont les droits sont bafoués et peu reconnus.

En réponse à cette urgence, la direction a eu pour seule réponse de proposer un coach pour réorganiser le service... Il n’y a pas d’autre mot que le mépris pour qualifier cette réponse qui montre le décalage existant entre les travailleurs et la direction.
 

Une grève à l’association UNAPEI, contre la répression syndicale, pour l’augmentation des salaires

 
Dans le secteur du médico-social, l’UNAPEI (Union Nationale des Associations de Parents, de personnes handicapées mentales et leurs amis) est l’un des plus importants employeurs du département. L’association gère plus de 24 services et embauche 800 salarié.es.
Le 9 févier dernier, une trentaine de salariés en grève se sont réunis devant le siège de l’association, soutenus par des salarié.es d’Adages, une autre association intervenant dans le secteur du handicap, qui avaient dénoncé l’an dernier l’augmentation salariale de leurs directions qui refusaient en même temps de verser aux salariés la prime Laforcade, équivalent Segur dans l’associatif, à toutes et tous. Ils dénoncent un management autoritaire allant jusqu’à l’intimidation de la part de certains cadres. Laurence Tiot, déléguée syndicale à l’UNAPEI, témoigne dans un article d’ Hérault Tribune le 16 février :« Il y a aussi des difficultés dans la façon dont s’adresse notre cadre aux personnels, notamment dans le refus des récupérations. Il y a eu des tentatives, et même des pressions très fortes auprès de moi, en tant que déléguée syndicale, en me répétant qu’il n’y avait pas besoin d’utiliser toutes ces heures de récupération” 

Les salariés de l’UNAPEI dénoncent eux aussi un manque de moyens pour assurer leurs missions et des rémunérations très basses . “De manière factuelle, ce que l’on peut observer sur le mois de janvier, c’est que l’on est presque à 62 % d’arrêts-maladies, accidents de travail et maladies professionnelles reconnus. Ce qui veut dire que sur le foyer le Parc, l’équipe fonctionne essentiellement avec des remplaçants”. L’emploi d’intérimaires par l’entreprise Melting témoigne de la dégradation extrême des conditions de travail dans le social, et de la dégradation du service alors que la pérennité du suivi est essentielle pour prendre en charge le public de façon humaine.

Là encore, la réaction de la direction face au mouvement a été le mépris de la part du directeur général adjoint n’a eu d’autre réponse que de dire que le taux d’arrêt maladie dans sa structure lui paraîtrait « exagéré ».
 

Un secteur sous tension à la veille d’une attaque majeure

 
Cette semaine de mobilisation témoigne d’une tension profonde dans le secteur du travail social, et d’une volonté partagée par de nombreux salariées de dire stop et de commencer à engager un rapport de force. Ces quelques jours auront vu plusieurs centaines de salariés se mobiliser, et si la convergence entre les différentes mobilisations est encore à construire, il est évident qu’elles répondent à des problématiques profondes et structurelles auxquelles fait face le secteur social. 
 
En toile de fond de ces expressions de colère, la principale organisation patronale du secteur prépare main dans la main avec le gouvernement une attaque énorme contre nos conditions de travail : la refonte des conventions collectives.

Le projet du gouvernement et du patronat de l’associatif serait de faire fusionner les différentes conventions collectives du secteur en une seule, menaçant les rares acquis des travailleurs du social tels que les congés trimestriels, et instaurerait une rémunération individuelle « au mérite », laissée à l’appréciation de l’employeur.

Autre offensive, le gouvernement de Gabriel Attal a annoncé la suppression de l’ASS, que certaines personnes pouvaient encore cumuler avec l’AAH si elles avaient acquis ces droits avant 2016, laissant planer le risque d’une brusque chute des revenus de travailleurs handicapés âgés.

Face à l’ampleur de ces attaques, la réponse doit être de taille, non seulement pour mettre fin aux attaques de nos employeurs et du gouvernement, mais aussi pouvoir repasser à l’offensive et arracher des augmentations de salaire et des moyens pour un secteur déjà au bord du gouffre, à la fois du fait des coupes budgétaires de l’État, qui est un financeur important du secteur, et du fait des offensives anti-sociales de ce même État qui font plonger des millions de travailleurs dans la précarité et l’isolement les plus extrêmes.

Pour instaurer un rapport de force, la mobilisation et l’unité de la plus grande partie des salariés du secteur seront déterminantes. Faire converger et organiser les travailleurs de ce secteur, éclaté dans différentes associations et secteurs d’intervention, est un défi de taille. Il faut aussi chercher à impliquer autant que possible les usagers des différentes associations et leurs familles, les habitants des quartiers dans lesquels sont implantés les différents services, car ces luttes peuvent s’attirer une sympathie large et rompre la rhétorique culpabilisante des patrons du secteur, et chercher à engager un rapport de force avec l’État, responsable en dernière instance de la crise du secteur.

Localement, les organisations syndicales qui se réunissent déjà régulièrement, les usagers qui soutiennent les piquets des travailleurs sociaux, et le Social en Lutte 34, collectif dynamique qui existe depuis 2022, seront des appuis importants pour les travailleurs et les travailleuses qui se mobiliseront et devront dépasser cette fragmentation du secteur.


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