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Les luttes des travailleurs en Allemagne (partie I)

Peter Robe En Allemagne vient de se dérouler une succession de luttes : lorsque l'une se terminait, une autre commençait. On perçoit une prédisposition à la lutte plus grande des travailleurs, même si le contrôle de la bureaucratie syndicale continue et constitue une limite importante.

vendredi 26 juin 2015

Avec l’éclatement de quelques grèves et de luttes ouvrières importantes dans les derniers mois, et surtout à cause de la lutte des cheminots-machinistes, le sujet des grèves est revenu au centre de l’agenda politique.

Le gouvernement et les patrons ont répondu avec une attaque dure contre le droit de grève, en montrant ainsi leur préoccupation face à ce phénomène.

Jetons un regard sur les luttes ouvrières les plus importantes, qui se trouvent actuellement dans une période déterminante.

Nouvelle étape dans la lutte à la Poste

La grève reconductible des travailleurs de la Poste entre dans sa troisième semaine. Les raisons de la grève se trouvaient dans l’offensive patronale consistant à créer 49 sous-entreprises régionales (Delivery) et d’ainsi abaisser les salaires et flexibiliser les conditions de travail pour 6000 travailleurs, en attaquant les vieilles structures syndicales. Les nouveaux postes de travail ont un autre contrat collectif, avec cinq euros de moins à l’heure pour le même travail.

Le syndicat Verdi a des revendications justes, mais ne les met pas au centre de la lutte contre cette attaque brutale. Il demande entre autres, la réduction de la journée de travail hebdomadaire de 38,5 heures à 36 heures et le rétablissement de jours fériés comme Noël et le Nouvel an. La revendication la plus importante porte sur l’épuisement physique des travailleurs car la journée de travail excède celle établie par la convention collective. Cette lutte concerne plus de 140.000 travailleurs.

Depuis avril il y a eu plus de vingt grèves d’avertissement auxquelles plus de 7000 facteurs ont participé, en arrêtant l’envoi de millions de colis et de lettres.

La bureaucratie syndicale de Verdi n’est pas habituée à mobiliser dans un secteur qu’il considère comme un "bastion", avec près de 80 % de syndiqués. Par ailleurs le principal négociateur du syndicat, Andrea Koscis, est en même temps le vice-président de l’équipe de direction de l’entreprise. Mais l’ampleur de l’attaque patronale et les dispositions de la base, prête à en découdre, ont imposé la lutte au syndicat.

La direction ne veut pas négocier et affirme que "la façon d’organiser l’entreprise est une prérogative de l’entreprise" face à la "grande concurrence dans un secteur logistique dynamique". Ce qui est sur c’est que l’entreprise a une position monopolistique avec 42 % du marché et des profits de 1,3 milliards d’euros l’année dernière.

Dans le même temps ils ont augmenté la productivité : depuis 2009 ils ont quintuplé leurs profits en devenant ainsi « un champion » de la bourse de Francfort ; c’est l’une des entreprises avec les revenus les plus importants.

Les gains augmentent pour les actionnaires et ils réduisent les salaires de ceux qui génèrent ces gains. Pour cela ils utilisent systématiquement la législation anti-grève allemande pour casser la résistance ouvrière. Ainsi, dans les grèves d’avertissement, ils ont remplacé les grévistes par des travailleurs de Pologne.

L’action légale du syndicat a été refusé par le tribunal du travail de Bonn ce qui approfondit d’autant plus l’attaque contre la grève de la part d’un gouvernement qui a créé la "loi d’unité des conventions". L’État, qui avec 21 % des parts de l’entreprise est le plus grand actionnaire, avalise et appuie cette pratique anti-ouvrière.

Le mécontentement des travailleurs est compréhensible, et c’est ce qui a permis à la grève de se répandre très rapidement, depuis les villes jusqu’aux villages, en recevant la solidarité de la population ainsi que celle des travailleurs d’Amazon et de DHL.

Déjà plus de 20000 facteurs sont mobilisés. Et bien que le patronat affirme que 90 % des lettres arrivent à l’heure, l’arrêt des centres logistiques se fait sentir.

Cette mobilisation n’est pas portée par les directions bureaucratiques, mais s’effectue malgré celles-ci. Elles refusent en effet de mobiliser tous les travailleurs, et avant d’initier la grève reconductible elles ont fait une contre-proposition à l’entreprise, en disant qu’elle n’affecterait pas les profits, comme c’était le cas pour les offres faites précédemment. Ils ont laissé de côté toutes les revendications antérieures concernant la réduction de la journée de travail et ont refusé d’exiger des améliorations salariales en échange de l’engagement de l’entreprise à ne pas changer le contrat collectif pour les 6000 travailleurs en sous-entreprises. Une trahison sur toute la ligne.

Alors que l’entreprise est intransigeante et que les travailleurs sont mobilisés nationalement en recevant une solidarité ouvrière et populaire… la bureaucratie s’agenouille en face des patrons en se montrant comme "gérants responsables".

Les appels à la "bonne volonté" de l’État comme actionnaire majoritaire sonnent comme des gifles aux ouvriers car son caractère de classe devient de plus en plus évident.

Au lieu de porter la lutte jusqu’à la victoire, en imposant les demandes de la base et en cherchant l’union avec les autres grèves en cours, la bureaucratie est un obstacle pour l’accomplissement des revendications et le triomphe de la lutte. La plus grande limite de la grève est le fait que des secteurs capables d’articuler une alternative anti-bureaucratique depuis les bases ne se soient pas développés. Pour cette raison, la solidarité de la part d’autres secteurs de travailleurs et du mouvement étudiant est chaque jour plus importante.

« Marre de la précarité ! »

Durant un mois se sont mobilisés des dizaines de milliers d’institutrices, d’instituteurs et de travailleurs sociaux. C’était la plus grande grève dans l’histoire de ce secteur qui est hautement féminisé et souffre d’une forte précarisation de travail. Ce qui était en jeu, c’était non seulement, la demande d’une augmentation salariale de 10 % mais également de meilleures conditions de travail pour les 240 000 salariés.

A plusieurs occasions les travailleurs ont montré leur intention de lutter grâce à des manifestations avec plus de 30.000 personnes et par des actions quotidiennes dans quelques villes. Dans l’assemblée centrale de grève, qui est constitué de plus de 300 délégués de base, il a été décidé de ne pas terminer la grève sans avoir reçu une offre acceptable de la part de "l’entreprise", qui est l’État à travers la fédération des employés communaux (VKA).

Mais après quatre semaines de lutte, les directions des syndicats impliqués - Verdi, GEW (syndicat des professeurs) et du DBB - ont accepté la médiation du conflit ce qui impose la fin des grèves. L’offre présentée ne répond pas aux demandes des travailleurs, puisqu’elle contient seulement quelques améliorations partielles pour certains secteurs, alors que pour la majorité des groupes elle n’offre pas de changement.

Dans la deuxième assemblée de grève, les délégués ont montré leur mécontentement et de fait ils continuent à manifester et à se rassembler, montrant la combativité de la base, malgré le fait qu’il est de plus en plus difficile de se mobiliser à l’approche des vacances.

Le chef du syndicat Verdi, Frank Bsirske, a justifié la fin de la grève par le manque de solidarité des parents et de la population en général, mais en réalité c’était l’une des choses dont les grévistes étaient les plus fiers. Un sondage a démontré que 69 % de la population était en faveur de la grève.

De fait c’était une grève très compliquée ; les communes en effet ont économisé 80 millions d’euros, en faisant payer aux parents le service de garderie alors qu’elles ne payaient pas les jours de grève.

Une fois de plus la stratégie de la bureaucratie a mené la grève dans une impasse. Dans une telle situation, il était crucial d’organiser la solidarité populaire, avec les parents, les étudiants et les travailleurs. Au lieu d’unifier la lutte avec la grève reconductible des Postiers, une offre lamentable a été acceptée. Cela n’était pas une erreur ou une coïncidence mais répondait à la logique bureaucratique.

Si une lutte avait réussi à faire la jonction entre les instituteurs, les travailleurs sociaux et les facteurs elle aurait donné une dimension ouvertement politique à cette confrontation avec l’État. Au contraire, les bureaucraties ont fait tout leur possible pour éviter cette possibilité, en alimentant les illusions que la majorité de la classe ouvrière a envers l’État et sa justice, alors qu’il faudrait au contraire démontrer la réalité de sa nature, au service des capitalistes.




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