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Jeunesse

La présidence de l’Université Bordeaux Montaigne contre la validation automatique

Les organisations étudiantes de l’UBM ont de nouveau présenté une Motion pour la validation automatique en Conseil d’administration ce 26 février : pour la seconde fois la présidence a refusé de même la soumettre au vote par des manoeuvres bureaucratiques qui servent en dernière instance à justifier l’application des mesures de sélection sociale à l’Université.

lundi 1er mars

Crédits photo : Frédéric Florin/AFP

Le Conseil d’Administration de ce vendredi 26 février a une nouvelle fois refusé de soumettre au vote la motion proposée par les organisations étudiantes Onzième Thèse, Solidaires étudiant.e.s et CNT Supérieur Recherches. La Motion défendait la « Validation automatique pour toutes et tous, pour refuser la sélection sociale ! », mais la présidence a assumé la même position tenue lors de la dernière CFVU exceptionnelle du 4 février dédiée aux modalités d’examen : « la validation automatique n’est ni faisable, ni souhaitable ».

La motion s’appuyant sur la grande enquête des organisations étudiantes quant aux conditions de vie et d’études qui a objectivé la détresse étudiante stipule pourtant : «  7 étudiant.e.s sur 10 (73% d’après l’enquête) ne parviennent pas à suivre les cours et décrochent pour un grand nombre d’entre eux. 50% des étudiant.e.s sondés (2340) ont envisagé d’abandonner leur cursus au cours du premier semestre, 75% (3529) appréhendent fortement le second semestre et 73% (3417) disent avoir eu une interruption de leur travail en raison d’un manque de moral ou de découragement pour une période plus ou moins longue. Le contrôle continu, les devoirs à rendre et les examens de fin de semestre sont une source de pression forte et accentuent les difficultés de tou.te.s les étudiant.e.s. Au vu de la période actuelle et des derniers mois écoulés, les examens ne peuvent se tenir normalement au risque d’une accentuation de la détresse objective dans la jeunesse universitaire ».

Les derniers mois que nous avons traversé ont profondément accentué la pauvreté dans la jeunesse estudiantine et travailleuse. L’enquête révèle que 7% des étudiants (325) ont perdu leur job, 15% (687) doivent effectuer plus d’heures pour s’en sortir, 9% (408) ont des difficultés qui les empêchent de s’alimenter correctement, 12% (545) ont des difficultés à payer leur loyer et 5% (225) ont perdu des aides. Tout cela amène 38% (1180) des étudiants à déclarer avoir des difficultés d’ordre économique et 19% (578) au niveau de leur logement qui ont pertubé leurs études. Enfin il est important de rappeler un chiffre plus que préoccupant, 47 étudiants déclarent être sans logement fixe. La précarité n’est en rien un phénomène isolé mais est au contraire une situation partagée par une large partie de la jeunesse, et il est difficile d’en nier les conséquences sur la santé mentale des étudiants.

Les conditions matérielles de vie et d’études sont effectivement un facteur important de décrochage et de démoralisation, d’autant plus dans le contexte de crise sanitaire. Un étudiant qui habite chez ses parents peut par exemple avoir beaucoup de difficultés à maintenir le rythme du distanciel comme le montre un des témoignages recueillis par l’enquête : « Toute ma famille étant confinée à la maison, même dans ma chambre, le bruit m’empêchait de me concentrer. Vivre à la maison veut aussi dire contribuer à l’entretien. Parfois je ratais des heures parce que je faisais autre chose pour aider ma famille ». En plus de la précarité des conditions de vie s’ajoute la pression de l’Université qui prétend maintenir une certaine continuité pédagogique qui cache en réalité que « les modalités d’évaluations de cours sont compliquées car il y a beaucoup de travaux de groupe, c’est difficile de travailler et de mettre en commun quand on ne peut pas se voir. Certains étudiants ne répondaient pas à mes demandes et nous étions obligés de travailler avec des personnes en moins dans chaque groupe, ce qui n’aurait pas été le cas en présentiel ».

Et les témoignages se multiplient dans ce sens : « des examens impossibles à réaliser (20 minutes pour 30 questions qui comportent de longs énoncés et de longues réponses). Une très grande pression morale car nous avons eu une énorme charge de travail (plus qu’en présentiel). Des professeurs qui ne donnent plus de nouvelles. Des CM mis en ligne sous prise de notes, sans explications supplémentaires ». Finalement en s’accumulant, tout cela revient à « garder le même volume horaire et la même organisation de l’emploi du temps qu’en présentiel alors que non, c’est biologiquement impossible de passer 10h sur son ordi en restant concentré ».

Il apparaît donc que ladite continuité pédagogique est plutôt vécue comme une brutale rupture pour les étudiants car « de manière générale, j’ai observé une volonté des enseignants de nous faire redoubler d’effort pour atteindre les objectifs d’une année ordinaire. Cela peut être louable, mais je trouve qu’on ne devrait pas traiter cet état d’urgence comme une année ordinaire, et qu’on ne devrait pas attendre les mêmes résultats que d’habitude d’étudiants qui vivent parfois des situations difficiles (financières, familiales, personnelles) ». Partant de la réalité que vivent directement les étudiants, la Motion déclare : « Au vu de la situation exceptionnelle de crise sanitaire et dans le constat de ses répercussions, les solutions doivent elles aussi être exceptionnelles et conséquentes ». Un fonctionnement démocratique de l’université voudrait que l’ensemble des étudiants soient concertés afin de faire remonter les demandes, besoins et revendications pour prendre des mesures d’urgence conséquentes.

Mais la présidence de l’Université Bordeaux Montaigne n’est pas de cet avis et prend le parti de la sélection sociale allant jusqu’à refuser de soumettre au vote pour une seconde fois la motion portée par les étudiants et les élus étudiants dans les conseils… une preuve de plus de la satire démocratique universitaire. D’autant plus, si lors de la dernière CFVU la présidence s’était réfugiée derrière l’argument d’ordre légal selon lequel ce n’est ni à la CFVU ni au CA que revient la décision des conditions d’examen mais bien aux jurys de fin d’année, cette fois-ci cette rhétorique fallacieuse ne tient plus. Pour cause la motion stipule : « Contre toute forme de sélection sociale et pour éviter que la dépression étudiante ne s’accentue, la validation automatique de l’année et le 10 améliorable semble nécessaire en ce temps de crise. Cette demande est portée par 63% (2956) des étudiants qui ont répondu à l’enquête. Cette dernière révèle aussi que 88% (4075) des étudiants estiment ne pas être assez entendus et consultés sur cette question, démontrant ainsi le dysfonctionnement démocratique de l’université. Constatant cela, le Conseil d’Administration de l’Université Bordeaux Montaigne soutient et porte avec les étudiants cette revendication, il demande aussi aux jurys de fin de semestre de la prendre en compte et de l’appliquer ».

Ici, il n’est en rien question de délibérer de manière définitive la question des examens, mais bien d’une prise de position du Conseil d’Administration adressée aux Jurys de fin d’année, et même cela la présidence le refuse alors qu’elle se veut aux côtés des étudiants. Ne pas vouloir soumettre au vote cette motion est une manière de fuir le débat et d’en rester à des déclarations d’intention ; pourtant face à la détresse estudiantine toujours plus visible, il faut des réponses fortes et celles-ci nécessitent la remise en cause du cadre légal et de s’y heurter. Dans les témoignages de l’enquête, un étudiant interpelle directement l’Université à ce sujet : « Ce que l’on veut, ce qu’il faut faire, c’est ouvrir les facs, et il y a urgence. Laisser des étudiants "morts-vivants" dans des 9m2 depuis des mois, sans aucun contact humain, et demander si la situation actuelle a des aspects positifs, c’est tout bonnement de la provocation. On attend des facs qu’elles se positionnent ».

Encore une fois, compter sur la bienveillance des jurys et mener la bataille dans le cadre institutionnel est une illusion, cela revient à cautionner la politique du gouvernement de sélection sociale et la précarité qui en découle. Lionel Larré a réaffirmé son opposition à la validation automatique, nous répondant que cela est impossible car le diplôme obtenu à l’UBM n’aurait pas de valeur dans d’autres Universités ainsi que sur le marché du travail. La logique de la présidence est donc de maintenir des conditions normales d’évaluation et d’obtention de l’année pour préserver la valeur des diplômes : il s’agit en fait de défendre les diplômes de l’Université Bordeaux Montaigne et surtout préserver leur valeur en concurrence des autres universités.

Lionel Larré brise de lui-même son image de « présidence de gauche » par la démonstration de son déni démocratique en opposition à la validation automatique. D’une part, défendre la chapelle de l’UBM n’est pas la solution dans un contexte où les réformes à l’université se succèdent depuis les dernières décennies pour mettre toujours plus les universités en concurrence entre elles. Ces réformes instaurent de fait des universités à deux vitesses dévaluant les diplômes d’une partie pour valoriser celles des grandes universités et écoles. Maintenir la sélection n’aidera pas à « rendre sa valeur » aux diplômes. Lorsque nous assistons à un processus de précarisation généralisée de la jeunesse universitaire, adopter la logique compétitrice et corporative est une impasse stratégique.

D’autant plus que la valeur du diplôme se révèle être illusoire par l’état du marché du travail même : 40% des Bac+5 sont sans emploi, situation qui s’aggrave pour la jeunesse car 619 000 jeunes actifs de moins de 24 ans étaient sans emploi à la fin du troisième trimestre 2020 (21% de chômage).. Dans le même temps pratiquement 700 000 emplois ont été supprimés suite aux conséquences de la crise économique. Maintenir la sélection sociale à l’université renforcera inévitablement l’échec et le décrochage, jetant par conséquent des milliers de jeunes sur un marché du travail qui ne promet qu’un avenir de jobs précaires et de chômage.

C’est pour cela que le bras de fer pour la validation automatique et pour combattre la précarité doit aller au-delà des murs de la fac. Il est nécessaire de se joindre aux travailleurs et travailleuses subissant les suppressions d’emplois par milliers, car les licenciements d’aujourd’hui sont notre chômage de demain. C’est ce que nous proposons de faire avec une première journée de lutte contre la précarité appelée par des comités de lutte contre la précarité, les organisations étudiantes et les syndicats ouvriers le mardi 9 mars sur le parvis de l’Université Bordeaux Montaigne. L’université ne doit plus être un lieu de sélection sociale et de précarisation mais bien un lieu de vie et d’organisation collective qui prenne en main les grands enjeux et sujets de société : c’est en cela que l’université doit être un lieu de lutte contre la précarité, car elle concentre jeunes et travailleurs précaires en son sein.




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