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Tribune libre

Israël serait-il si différent sans Netanyahou ?

Le problème d'Israël est-il Netanyahou où le régime d'apartheid israélien ? Nous relayons en tribune libre ce texte de Gideon Levy paru dans Haaretz le 21 décembre.

Gideon Levy

23 décembre 2023

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Israël serait-il si différent sans Netanyahou ?

Texte de Gideon Levy publié dans Haaretz, traduit par RP.

Si Benjamin Netanyahou n’avait pas été Premier ministre pendant 16 ans, cette terrible guerre n’aurait-elle pas éclaté ? La guerre aurait-elle été différente ? Pouvons-nous être sûrs que la surprise et le fiasco du 7 octobre n’auraient pas eu lieu ? Les otages n’auraient-ils pas été enlevés ? Israël n’aurait-il pas perpétré un massacre aussi horrible ?

Il ne s’agit pas de se contenter de « et si », ni de réduire d’un iota l’ampleur de la responsabilité de Netanyahou et la gravité de ses fautes dans ce qui s’est passé. Netanyahou doit partir, hier, aujourd’hui, demain, comme l’ensemble du gouvernement de zéros qu’il a formé et qui nous a conduits au bord de l’abîme.

Mais existe-t-il des dirigeants en Israël qui agiraient d’une manière fondamentalement différente à l’égard de Gaza et des Palestiniens ? Pas du tout.

Faire porter à Netanyahou l’entière responsabilité de tous les malheurs d’Israël revient à dire que s’il n’avait pas été là, tout aurait été différent. C’est ce que les « n’importe qui sauf Bibi » font depuis le premier jour. Sans Netanyahou, Gaza n’aurait pas été une prison, les colonies n’auraient pas pourri Israël, et Tsahal aurait été une armée morale.

Ce n’est pas vrai, évidemment. Il y a des choses pour lesquelles, si Netanyahou n’avait pas été là, Israël aurait été meilleur. Mais la levée de la malédiction de l’occupation et du siège [de Gaza] n’en fait pas partie.

Il existe en Israël des hommes politiques honnêtes, pleins de bonnes intentions, qui sont plus modestes et plus fidèles à leurs positions que lui. Il aurait été plus agréable d’être des occupants sous leur direction. Israël serait resté le même État d’apartheid, mais en plus présentable. Netanyahou a corrompu le système politique et l’a infecté, il a détruit la justice et les forces de l’ordre, et mieux vaut ne pas parler de sa conduite personnelle.

Mais lorsqu’il s’agit du cœur du problème, le cœur qu’Israël fuit comme la peste, le cœur que Netanyahou avait prévu d’éliminer de l’ordre du jour, il semble que Netanyahou ait agi comme l’ont fait ses prédécesseurs et comme le feront ses successeurs.

Hormis les efforts louables d’anciens premiers ministres comme Yitzhak Rabin, Shimon Peres, Ehud Barak, Ehud Olmert et Ariel Sharon pour trouver une solution, ne serait-ce que partielle, aucun d’entre eux n’avait l’intention d’accorder aux Palestiniens le minimum de justice qu’ils méritent, sans lequel il n’y a pas d’issue.

Tous les premiers ministres se sont rangés du côté de la poursuite de l’occupation et du siège de Gaza. Aucun d’entre eux n’a songé un seul instant à autoriser la création d’un véritable État palestinien, doté de tous les pouvoirs, en clair un État comme les autres. Il ne leur est pas venu à l’esprit de libérer la bande de Gaza du siège qui l’étrangle. Or, sans tout cela, peut-être que le Hamas n’existerait pas.

Le siège de Gaza n’a pas été mis en place par Netanyahu ; le gouvernement du changement [de Bennett et Lapid, qui a gouverné entre juin 2021 et juin 2022, NdT] n’a pas pensé à le lever. L’argent du Qatar a peut-être été versé au Hamas de manière plus responsable sous Naftali Bennett, mais la politique aurait été fondamentalement la même. Personne n’a pensé à ouvrir Gaza au monde, même de manière contrôlée - la seule politique qui n’ait pas été tentée, et la seule qui aurait pu, peut-être, faire avancer une solution.

Il est également difficile d’évaluer si l’armée de défense israélienne aurait été différente sous un autre premier ministre. Le fiasco aurait-il été évité ? Ce n’est pas certain. Les missions d’occupation qui sont devenues la majorité des activités de Tsahal n’ont pas été inventées par Netanyahou. N’importe quel autre premier ministre aurait également orienté des forces et des ressources insensées pour satisfaire les colons et leurs caprices. C’est ainsi que les choses se sont passées sous tous les gouvernements d’Israël.

Les candidats s’échauffent sur la ligne de départ. Chacun d’entre eux sera un meilleur Premier ministre que Netanyahou. Ils seront certainement plus honnêtes, plus modestes et plus décents que lui. Mais l’un d’entre eux parviendra-t-il à infléchir la trajectoire déclinante d’Israël ?

Yair Lapid a annoncé qu’il était favorable à l’entrée de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, puis il a immédiatement changé d’avis, et il est déjà contre. Lapid n’a pas d’opinion.
Benny Gantz et Gadi Eisenkot participent à la conduite de la guerre, avec tous ses crimes, qui s’avérera pourtant vaine. Aucun d’entre eux n’a proposé une nouvelle voie, une voie que nous n’avons jamais essayée auparavant. Ils ne connaissent que la force et encore la force.

Netanyahou doit partir, cela ne fait plus aucun doute. Mais Israël poursuivra son chemin.


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