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Palestine

Famine, maladies, misère : la catastrophe humanitaire s’approfondit à Gaza

Au cinquième mois d’attaques sans répit d’Israël contre la bande de Gaza, la situation humanitaire apparaît proprement catastrophique. Entre déplacement forcé de la population, famine, maladies : le colonialisme israélien montre un visage plus destructeur que jamais.

Elea Novak

20 février

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Famine, maladies, misère : la catastrophe humanitaire s'approfondit à Gaza

Crédit photo : UNRWA Photo par Ashraf Amra, 10 janvier 2024, Khan Younis

Alors que cette semaine l’Union Européenne, l’ONU et la Cour Internationale de Justice doivent s’exprimer sur le génocide en Palestine, la situation humanitaire à Gaza ne fait qu’empirer. Avec près de 30 000 morts depuis le 7 octobre et environ 70 000 blessés, l’armée israélienne mène depuis bientôt cinq mois un massacre battant les records de mortalité quotidienne de tous les conflits armés du 21ème siècle. Aux bombes et attaques terrestres s’ajoutent des conditions de vie atroces, Israël ayant bloqué l’aide humanitaire et coupé l’alimentation en électricité des gazaouis. Ce lundi soir même, les Nations Unies ont publié un rapport alertant sur le risque de plus en plus important d’une « explosion du nombre de décès d’enfants évitables » dans la bande de Gaza, causé par une situation humanitaire plus que dégradée.

Les décennies d’occupation de la Palestine par Israël, au cours desquels Israël a pu avancer, faire de Gaza une véritable prison à ciel ouvert et a prendre le contrôle de la quasi-totalité de la Cisjordanie, lui ont permis aujourd’hui de mener un plan génocidaire achevé contre le peuple Palestiniens à Gaza. Au 17 février 2024, l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency pour les Palestiniens) recensait plus de 1,7 millions de déplacés internes dans les camps de réfugiés de l’UNRWA au sud de Gaza. Parmi les réfugiés, 396 ont été tués au sein des locaux de l’UNRWA, et 1 383 ont été blessés. La ville de Rafah, à la frontière avec le Sinaï Egyptien, concentre à elle seule 1,5 millions de gazaouis, dans des camps de fortunes, et est désormais sous les bombes israéliennes. Le plan d’Israël est plus que jamais clair : tuer et expulser les gazaouis afin de raser entièrement Gaza et en prendre le contrôle.
 

Une famine mortelle

Depuis début octobre, la nourriture est devenue très rare à Gaza, les blocages de Tsahal empêchant l’entrée de l’aide humanitaire dans l’enclave. Puisqu’Israël contrôlait déjà l’ensemble des importations ainsi que la production agricole de la zone, la guerre a plongé les Palestiniens de Gaza dans la détresse la plus totale. Le siège israélien autour de la bande de Gaza depuis octobre a empêché la livraison d’aide humanitaire, de nourriture, de médicaments et de fioul pendant des mois, avant que le gouvernement israélien ne soit contraint par la pression internationale à en laisser passer une petite partie, tout en continuant à en bloquer la majeure partie. En décembre, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations Unies considérait que 93% des gazaouis étaient « en situation d’insécurité alimentaire aiguë », une situation qui empire de jour en jour. En février, le cluster mondial Nutrition a publié un nouveau rapport, mettant en évidence un état de malnutrition aigu parmi les enfants de Gaza, causé par la guerre.

Mardi, le PAM a annoncé qu’il suspendait à nouveau la livraison de denrées alimentaires dans le nord de la bande de Gaza, où 300 000 gazaouis vivent encore d’après l’ONU. Le PAM avait déjà suspendu l’envoi d’aides il y a trois semaines, déclarant faire face « au chaos et à la violence ». En effet, l’armée israélienne bloque et menace la majorité de l’aide humanitaire internationale cherchant à entrer dans Gaza.

Alors même que l’ONU dénonce une situation humanitaire mortelle, et estime que 2,2 millions de personnes sont menacées de famine dans la bande de Gaza, elle renonce à apporter de l’aide aux gazaouis, en raison de l’impossibilité matérielle d’acheminer la moindre aide humanitaire sans devoir affronter l’État d’Israël.

La pénurie d’eau menace des milliers de vies

Sous contrôle israélien depuis longtemps, le manque d’eau potable à Gaza constituait déjà une catastrophe sanitaire avant le 7 octobre. En effet, 97% de l’eau à Gaza était jugée impropre à la consommation humaine en 2021, contaminée par l’eau de mer salée et par les eaux usées rejetées par Israël. La pollution des ressources d’eau naturelles de Gaza a rendu l’enclave dépendante de l’eau importée à un prix exorbitant. Puisque les gazaouis sont également obligés d’utiliser de l’eau contaminée et salée, l’eau est à l’origine d’un quart des maladies dans la bande de Gaza. Une situation qui a mené la directrice exécutive de l’UNICEF, Catherine Russell, à déclarer « l’accès à l’eau potable est une question de vie ou de mort… les enfants à Gaza ont à peine une goutte à boire ».

Dans le rapport du cluster mondial Nutrition, l’ONG alerte également sur l’état « extrêmement critique » de l’accès à l’eau et à l’assainissement dans Gaza City, Deir al Bala et Rafah. Rafah est pourtant l’endroit de Gaza le mieux pourvu en aide humanitaire, et a donc la plus grande quantité d’eau propre par personne par jour de l’enclave : 0,94 litres d’eau seulement. Cette consommation inclut aussi bien l’eau nécessaire pour se désaltérer que celle nécessaire pour tous les besoins d’hygiène, et la quantité dont disposent les Palestiniens à travers Gaza est bien en dessous du minimum requis pour tout simplement pouvoir survivre (15L au plus bas, 100L recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé).

 Des maladies causées par la crise humanitaire

Le même rapport du cluster mondial Nutrition relate aussi des hauts taux de maladies chez les enfants. En effet, au moins 90% des enfants de moins de 5 ans sont touchés par une ou plusieurs maladies infectieuses, et 70% ont eu la diarrhée au cours des deux dernières semaines. Le Dr Mike Ryan, directeur exécutif du programme d’urgence sanitaire de l’OMS, a déclaré « la faim et la maladie forment une combinaison mortelle […] les enfants affamés, affaiblis et profondément traumatisés sont plus susceptibles de tomber malades ». Les forts taux de maladies chez les enfants sont intrinsèquement liés à la famine et la pénurie d’eau potable causées par la guerre. De plus, ciblés par les attaques israéliennes et sans courant électrique, les hôpitaux de Gaza ne peuvent nullement assurer les soins nécessaires.

En novembre déjà, les hôpitaux du nord de la bande étaient tous hors-service. Le 13 février, l’UNRWA rapporte que seulement 7 sur ses 23 centres de soins médicaux sont opérationnels. Ceux-ci ont traité plus de 23 000 patients, alors même qu’il y a au moins 69 000 gazaouis blessés, et des milliers sont malades. Le manque d’énergie et de matériel médical fait qu’aujourd’hui, « On ne cherche plus à réparer. On coupe », déclare au Monde Raphaël Pitti, médecin humanitaire.
 

Une famine et des épidémies organisées, un élément de la politique génocidaire israélienne

Après des négociations sur un cessez-le-feu avec les États-Unis, l’Égypte et le Qatar, Benyamin Netanyahu, Premier Ministre israélien, a affirmé sa volonté de poursuivre les massacres et son projet génocidaire. Dans ces conditions, la situation humanitaire effroyable à Gaza ne pourra être réglée que par la fin des massacres et de la colonisation. Alors que le conseil de sécurité de l’ONU a une nouvelle fois ce mardi voté contre le cessez-le-feu à Gaza, avec un nouveau véto des Etats-Unis, ce ne sont pas les institutions internationales qui vont mettre fin au génocide.


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