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Jeunesse

Rentrée et mobilisation à Paris VIII

Face à une rentrée catastrophique : 150 étudiants, personnels, enseignants de Sciences Politiques se mobilisent

Correspondants La rentrée 2015 à Paris VIII a été marquée par les conséquences de la forte dégradation des conditions d’étude et de travail à l’université. Des rentrées repoussées par manque de salles, des amphis surchargés, des cours délocalisés à Saint-Ouen, sans compter les centaines d’étudiant-e-s n’ayant même pas pu encore s’inscrire. Une situation qui a poussé le département de Sciences Politiques à se mobiliser. C’est à l’appel d'étudiant-e-s de licence que s’est tenue aujourd’hui une Assemblée Générale,regroupant 150 personnes cherchant à s’organiser, agir et élargirla mobilisation à l’ensemble des départements de l’université.

mardi 6 octobre 2015

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Chronique d’un ras-le bol annoncé

C’était le lundi 21 septembre. Alors que les étudiant-e-s en Sciences Politiques à Paris 8 s’apprêtaient à commencer les cours de licence, une informationreçue par le secrétariat le vendredi après-midi, et mise sur le blog du département le jour même de la rentrée, déclencha une avalanche de réactions dans l’ensemble du corps estudiantin :« En raison d’un manque de salles disponibles au niveau de l’UFR, le Département de Science Politique se voit contraint de reporter d’une semaine la rentrée des licences. Nous regrettons vivement cette situation, alors que les enseignant-e-s étaient mobilisé-e-s depuis plusieurs semaines pour assurer la rentrée en dépit des difficulté structurelles que connaît notre département ».

Le lundi 28 septembre, jour de la rentrée repoussée, les informations se sont précisées, la nature des problèmes aussi. En plus de l’externalisation de certains cours dans un bâtiment à Saint-Ouen, sans que cela n’ait été ni annoncé ni préparé en amont, entrainant donc l’impossibilité pour certains étudiant-e-s de suivre l’entièreté des cours, l’affectation même de salles semblait obéir à la logique du premier arrivé premier servi : des salles à capacité d’accueil d’une trentaine de personnes, pour des cours allant jusqu’à 120 étudiant-e-s. Ainsi, l’équipe pédagogique du département de Sciences Politiques, réuni en collectif le 28 septembre, produisit une motion publique sur cette situation qui concluait de façon catégorique : « En l’absence de solutions pérennes nous permettant d’accueillir les étudiant-e-s et de travailler dans des conditions décentes, nous n’assurerons pas la rentrée du second semestre ».

De cours en cours, de TD en TD, et à l’initiative d’une poignée d’étudiant-e-s de licence, s’est imposée la nécessité de s’organiser en Assemblé Générale pour clarifier les revendications et envisager des modalités d’actions collectives.

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Un état des lieux et des revendications

150 étudiant-e-s, personnels, enseignant-e-s dont certains ont banalisé leurs cours pour pouvoir assister et permettre à leurs étudiant-e-s de s’y rendre, se sont donc retrouvé-e-s dans l’Amphi X. L’une après l’autre, les interventions ont précisé les conditions déplorables dans lesquelles s’était déroulée cette rentrée. « La pire rentrée de toutes » comme le signala un des personnels du département. Depuis les plafonds s’écroulant aux secrétariats, aux heures de queue interminables pour s’inscrire, en passant par les cours de langue obligatoires, et pourtant, impossibles à suivre faute de places, l’heure n’était pas à l’anecdote, mais à la compréhension des causes du délabrement du cursus, et de l’Université plus en général, ainsi qu’à la nécessité d’actions.

On sait que les rentrées se passent mal dans le département de sciences politiques pour une bonne raison et c’est qu’on est le département le plus sous-encadré de l’université, c’est-à-dire le département où il y a le plus d’étudiants pour le moins d’enseignants”, soulignait dans son intervention Thomas Brisson, co-directeur du département de Sciences Politiques et présent à l’AG. Sous-encadrement qui, par delà le « manque de budget », en raison des nouvelles modalités de distribution de postes, connues sous le nom du « pot commun », est loin de se voir réglé à Paris 8. En effet, ce n’est plus maintenant au département mais à l’Université de « distribuer les postes », en fonction de ses propres critères. Distribution qui, comme l’a signalé un des personnels, se fait avec des « règles qui ne sont pas du tout claires », alors même qu’elle constitue l’un des seuls moyens d’avoir plus d’enseignants, a l’heure où « le faible budget » semble être l’excuse passepartout pour justifier la dégradation des conditions de travail et d’études.

Paris VIII et le Grand 8 : quelle rentrée pour quels intérêts ?

Mais parallèlement à cette rentrée marquée par la précarité et la dégradation, Paris VIII s’apprête paradoxalement à fêter, « sa rentrée ».« Grand 8 » est le nom de ces deux journées, financées on ne sait trop comment, aux concerts et paëlla gratuits avec lesquels la présidence semble vouloir se refaire une image d’accueil et de bienveillance, malgré les centaines d’étudiant-e-s qui attendent encore les réponses aux dérogations ou lessalles de cours(et enseignant-e-s et personnels, et étudiant-e-s) qui craquent littéralement sous l’impossibilité de travailler ou étudier dans des conditions acceptables. Rien de surprenant dans le cynisme d’une présidente,spécialiste des mouvements sociaux, qui, comme ça a été bien rappelé par un des étudiants lors de l’AG, a eu la même attitude face aux personnels de Bas Salaires s’étant mis en grève l’année dernière.

« La transparence », une des revendications des ancien-ne-s grévistes de Paris VIII, en demeure une pour l’AG d’aujourd’hui. Sans aller jusqu’au « Grand 8 », il suffit de se questionner sur le budget investi en vigils pour le contrôle des cartes et caméras pour voir où atterrit une bonne partie de celui-ci. Une « blague (qui) a coûté pas moins de 800 000 euros » comme l’a rappelé un des personnels, alors que, ajoutait un étudiant, « nous, on ne peut même pas aller pisser » ni « avoir suffisamment de brochures pour l’ensemble des étudiant-e-s », sous les applaudissements unanime de la salle.

TDs, licences supprimées, sélectionen masters, un budget dont les principaux et principales concerné-e-s ignorent la répartition : loin d’être une spécificité de Paris 8, cela concerne l’ensemble des universités, comme l’ont rappelé plusieurs interventions. C’est bien « le résultat de la loi LRU et Fioraso » qui prévoit d’aller « vers des universités élitistes » qui fait que ce problème dépasse largement le cadre de Paris 8 eten fait « un problème éminemment politique »souligna dans ce sens une étudiante en Master. Bien que la Cour des Comptes se félicite voire demande, une application encore plus dure de « l’autonomisation » des universités, ce sont bien les étudiant-e-s, les enseignant-e-s et personnels qui en payent les pires conséquences.

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Et maintenant ?

Les dégradations des conditions d’études et de travail montrent bien la nécessité d’organisation de l’ensemble du corps enseignant, étudiant et administratif pour faire fasse à la casse de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

C’est dans ce sens que l’AG a voté une motion (en bas de l’article) qui cherche à s’adresser à l’ensemble de la Communauté universitaire, de façon à mettre en commun les revendications entre les départements et à créer une mobilisation à l’échelle de l’université. Dans cette même perspective, et parce que la situation à Paris VIII n’est que le miroir de ce qui se passe sur l’ensemble de l’ESR, l’AG a voté la participation à la mobilisation du 16 octobre.

C’est précisément pour lutter contre la « résignation » comme le soulignait un des étudiants de la Licence, celle qui pousse à accepter que la condition étudiante soit synonyme de galère quotidienne, à subir une université qui se constitue comme une antichambre d’un monde du travail déprimant de chômage et de précarité, que s’ouvre une mobilisation. Un tout début qui se joint, en cette rentrée, aux actions menées à Montpellier, Toulouse , Nanterre, récoltant par ailleurs quelques victoires. Espérons que ça puisse être le cas aussi de Paris VIII et de l’ensemble de l’ESR.

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Motion de l’AG du 06/10 :

Nous, étudiant.e.s du département de science politique réuni.e.sà 150 en Assemblée Générale suite au report de notre rentrée, à la mobilisation de notre équipe pédagogique, et faisant face à de nombreux problèmes empêchant le bon déroulement de notre formation, décidons de nous mobiliser contre la dégradations de nos conditions d’études, et contre la dégradations des conditions de travail des salarié.e.s de l’université.

Nous revendiquons essentiellement la mise en place de moyens nécessaires pour faire face à l’augmentation du nombre d’étudiant.e.s, dans l’optique d’améliorer notre formation et son accessibilité au plus grand nombre, en passant par l’embauche et la titularisation de personnelset de profs ainsi que la construction urgentes de nouvelles salles. Ainsi nous refusons la délocalisation d’une partie de notre campus à Saint-Ouen.

Conscient.e.s de n’être pas les seul.e.s à subir cette mise en danger de nos études, nous nous adressons à l’ensembles des étudiant.e.s, profs. et personnelsde la fac, pour déterminer ensemble les mesures à prendre dans notre intérêt, et à cet effet appelons à une Assemblée Générale de la communauté universitaire Jeudi 15/10 à 12h à l’Amphi X.

Alors que les baisses de budget se font sentir dans toutes les universités, une mobilisation de tou.te.s les étudiant.e.s, travailleur.se.s de l’ESR (Enseignement Supérieur et Recherche) sera la seule capable de faire entendre notre voix au gouvernement. Nous appelons la communauté universitaire de Paris 8 à participer à la manifestation du samedi 16 octobre, à 14h à Jussieu.



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