^

Monde

International

"Été du mécontentement" au Royaume-Uni : les cheminots toujours en grève pour les salaires

Ce samedi, les conducteurs de train se sont mobilisés massivement au Royaume Uni. Cette date marque la quatrième mobilisation depuis le début de l’été chez les cheminots, afin d’exiger l'augmentation générale des salaires. Face à l'inflation record et à la crise, leur détermination est un exemple pour les travailleurs partout dans le monde !

mardi 16 août

Crédit photo : REUTERS/Henry Nicholls

Ce samedi de nouveau, les conducteurs et travailleurs du ferroviaire se sont mis en grève au Royaume-Uni, afin d’exiger une augmentation des salaires pour faire face à l’inflation. Au total, neuf compagnies se sont mobilisées en Angleterre, en Ecosse et au Pays-de-Galles, paralysant ainsi de nombreux axes de circulation, comme le Heathrow Express, qui dessert le plus grand aéroport de Londres.

Cette nouvelle date de mobilisation s’inscrit dans un contexte particulièrement chaud en Outre-Manche, où de multiples secteurs se sont mobilisés durant l’été. On parle ainsi d’été du mécontentement, en référence à l’hiver du mécontentement en 1979. Du côté des cheminots, cette date s’inscrit surtout dans la continuité de la grève historique du mois de juin, la plus grosse depuis près de 30 ans. D’autres journées sont d’ores et déjà annoncées.

Face à l’inflation, la colère et la détermination des cheminots ne faiblissent pas

En effet, alors que l’inflation monte à 9% actuellement, et que les prévisions de la Banque Centrale tablent sur 13% pour l’automne, les cheminots sont en colère, et ils ont de quoi. Leur salaire n’a pas augmenté depuis 3 ans dénoncent les syndicats et pour le moment, le gouvernement et les entreprises n’ont fait aucune proposition d’augmentations au-dessus de 2%. De son côté, la société privée gestionnaire du réseau ferré britannique Network Rail, dont l’Etat est le principal actionnaire, a fait quelques propositions. Celles-ci restent inférieures à l’inflation.

Alors que pour la deuxième fois de l’année les prix de l’énergie vont subir une nouvelle hausse massive, et que le coût de la vie augmente de toutes parts, les conducteurs de train ont donc décidé d’entamer une nouvelle grève de 24 heures samedi dernier à l’appel du syndicat Aslef. Pour le journal d’extrême-gauche WSWS, un conducteur de train témoigne : « En ce qui nous concerne, nos membres méritent une augmentation de salaire. Nous ne savons pas encore à quoi ressemblera cette augmentation, mais ce que nous n’accepterons pas, c’est une réduction de notre salaire réel. »

Avant de continuer : « Nous sommes relativement bien payés, mais les factures d’énergie, de nourriture et de carburant continuent d’augmenter, donc cela nous affecte. Cela ne nous affecte peut-être pas autant que les personnes moins bien payées, mais tout est relatif ». Plus largement, l’article et les travailleurs interrogés reviennent sur la dégradation des conditions de travail et la baisse des salaires dans le secteur, provoquées notamment par le dernier plan néo-libéral du gouvernement, le Grand British Railway.

Cette nouvelle journée de grève fait écho à celles de nombreux autres secteurs, comme chez Amazon à Tilbury, mercredi 3 août, où les salariés ont refusé de retourner travailler après une offre indécente de la direction : 35 pences (41 centimes) d’augmentation de l’heure. Récemment, le mouvement a touché aussi les bus, le métro de Londres, certaines universités, des pubs ou BT (anciennement British Telecom). Les raffineurs se sont également mobilisés. Cette vague de grèves isolées doit nécessairement poser la question d’une coordination intersectorielle, mais au sein-même du secteur ferroviaire y compris.

Les syndicats et le gouvernement main dans la main pour empêcher la généralisation du mouvement

Le secrétaire général de l’Aslef, Mick Whelan, déclarait lors de l’émission Today « tourner en rond », face aux renvois de balles effectués entre le gouvernement et les entreprises. En effet, ces dernières ne peuvent accorder d’augmentation de salaire supérieur à 2% sans l’accord du gouvernement. De son côté, Boris Johnson déclarait en Juin que les syndicats étaient « nuisibles » aux intérêts des travailleurs. Avec la même logique, le secrétaire d’Etat aux Transports déclarait récemment que les syndicats étaient « motivés par une lutte des classes dépassée qui a la nostalgie de jours révolus ».

En réalité, malgré les déclarations de façade, la politique du gouvernement comme des syndicats remplissent le même objectif : empêcher le mouvement de grandir. Et leurs déclarations sont plutôt explicites. Ainsi, le journal WSWS rappelle à juste titre que tout au long de l’été, les deux principaux syndicats du rail, l’Aslef et le RMT, n’ont jamais appelé à une journée de grève commune. Mick Whelan déclarait ainsi en juillet : « Il n’y a aucune raison pour que nous les appelions tous ensemble... ». A ce propos, le syndicat RMT a annoncé deux jours de grèves, les 18 et 20 août, qui devraient concerner 40 000 travailleurs.

A propos du mouvement commencé samedi, le syndicat Aslef déclarait rechercher un accord spécifique avec Transport for Wale, a révélé le site inews. Plus explicite encore, la déclaration de vendredi de Mick Whelan : « Nous ne voulons pas faire grève - les grèves sont toujours un dernier recours - mais les compagnies et le gouvernement nous ont, je le crains, forcé la main ... mais nous sommes toujours ouverts aux discussions si les compagnies ou le gouvernement veulent venir à la table des négociations et faire une offre raisonnable ». Une politique de dialogue social qui ne peut amener qu’à une division du mouvement, alors même que les conditions sont réunies pour envisager une large extension du mouvement.

De son côté, le gouvernement mène une politique classique, visant à délégitimer le mouvement vis-à-vis de la population, à l’image de la déclaration vendredi du secrétaire d’Etat au transport, déjà cité : « ils ne paralysent pas le pays parce que les gens peuvent travailler à domicile ». En juin, il déclarait également que la grève apportait « souffrance et chaos à des milliers d’usagers ». Un travail dans lequel la presse met également du sien, pointant comment la grève empêcherait la population de circuler librement, se rendre à des concerts ou matchs de foot. Le parti Travailliste n’est pas en reste non plus, étant donné que son chef, Sir Keir Starmer, a menacé de prendre des sanctions disciplinaires à l’encontre de tout ministre qui se montrerait au côté des grévistes.

Face à la colère générale, il faut un plan de bataille pour tous les secteurs !

Pour autant, malgré la propagande du gouvernement, la population soutient le mouvement. Mick Whelan déclarait ainsi : « Ce qui est nouveau, c’est qu’on voit aussi des salariés des secteurs précaires rejoindre ces mouvements [en référence à Amazon]. De plus, les Britanniques, qui d’habitude ne soutiennent pas les grèves dans les transports publics, sont cette fois-ci derrière nous.  », rapporte le monde. Les sondages rapportaient également que 45% de la population soutenait la grève fin juin, contre 37% qui s’y opposerait.

L’autre grand syndicat du rail, le RMT, a annoncé deux jours de grèves les 18 et 20 août. Entre les travailleurs du rail, les autres secteurs en luttes déjà mentionnés, ou encore ceux pour qui les grèves ont été annoncées pour l’automne, comme les infirmières ou les travailleurs de l’éducation nationale, La situation est explosive. Et l’inflation va continuer de frapper et d’augmenter. L’heure est bel et bien à exiger des syndicats un plan de bataille général, pour l’ensemble des secteurs du monde du travail, des chômeurs, mais aussi de la jeunesse. Un plan qui irait au-delà des 24 heures de grève.

Alors que le gouvernement de Boris Johnson connaît une grave crise politique depuis qu’il a annoncé sa démission du gouvernement, après les multiples scandales qui l’ont touchés (gestion de l’épidémie, PartyGate, motion de censure à son encontre), une mobilisation générale pourrait porter ses fruits.

En tout état de cause, alors que la situation économique mondiale ne fait que s’empirer et que certains économistes annoncent des scénarios des plus sombres, la détermination des cheminots du Royaume-Uni est un exemple pour l’ensemble de la classe ouvrière internationale.



Mots-clés

Inflation   /    Prix de l’énergie   /    Mobilisation   /    Royaume-Uni   /    Cheminot-e-s   /    Grève   /    Syndicat   /    Monde