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Opinion

Des colons construisent un avant-poste à Gaza : du génocide à la colonisation ?

L’incident d’Erez vient de livrer la vérité de cette guerre. En bâtissant un avant-poste colonial à Gaza avec quelques poutres de bois, les colons ont symboliquement donné au carnage son architecture stratégique, précisant les buts de guerre de Tsahal mieux que la rhétorique génocidaire de Yoav Gallant n’aurait pu le faire.

Enzo Tresso

4 mars

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Des colons construisent un avant-poste à Gaza : du génocide à la colonisation ?

Vendredi après-midi, cent israéliens ont forcé le poste-frontière d’Erez et ont pénétré dans l’enclave de Gaza. Après avoir parcouru une centaine de mètres, ils ont été stoppés par les forces de sécurité israéliennes. Un autre groupe, plus réduit, s’est engouffré sur la mince bande de terre qui sépare les deux lignes de fortification pour y construire un avant-poste squelettique avec quelques poutres de bois, bordant le mur qui ceint l’enclave.

Cette construction de fortune, érigée à la hâte sous les yeux des soldats et des gardes-frontières immobiles, est insignifiante. Alors que Tsahal massacre les Palestiniens qui espéraient obtenir quelques sacs de farines à Gaza, l’incursion des colons à la porte nord a quelque chose d’une anecdote.

Depuis cent quarante jours, l’armée coloniale exécute méthodiquement son protocole génocidaire : les bombardements aériens préparent l’arrivée des forces terrestres ; quartier par quartier, Tsahal exile, déporte ou exécute les Gazaouis ; lorsque les rues sont vides, les soldats israéliens détruisent les derniers bâtiments rescapés. Gaza, Khan Younès, Deir al-Balah, Rafah. Que valent ces quatre poutres de bois, apposées contre le mur de la prison d’un peuple, au regard de la gigantesque accumulation de malheurs qui a frappé Gaza ?

Si l’incursion des colons s’ajoute à une longue liste de souffrances et d’atrocités, elle provoque cependant, comme une goutte fait déborder un vase, un changement qualitatif. C’est le passage de la quantité à la qualité. Nous avons suivi la guerre et, tandis que chaque jour apportait son lot de larmes, nous avons suspecté ses possibles développements. Mais son sens profond et sa signification n’étaient pas encore claires. Sans ligne stratégique nette, Tsahal sautait de coup tactique en coup tactique au gré des humeurs de Netanyahou et du cabinet de guerre. Campagne vengeresse, la guerre de Gaza a libéré la violence aveugle qui travaille la société israélienne tandis que son premier ministre s’enlisait dans une guerre sans fin pour essouffler la société civile et retarder le moment où il aurait à lui rendre des comptes sur les attaques du 7 octobre.

L’incident d’Erez vient de livrer la vérité de cette guerre. En bâtissant leur misérable avant-poste avec quelques poutres de bois, les colons ont symboliquement donné au carnage son architecture stratégique, précisant les buts de guerre de Tsahal mieux que la rhétorique génocidaire de Yoav Gallant n’aurait pu le faire. Recoloniser Gaza, maintenant que l’autoroute fortifiée 749, construite au sud de Gaza City, sépare le nord du reste de l’enclave. L’action spontanée des colons rappelle les innombrables exactions commises dans les territoires occupés de Cisjordanie. Elle en annonce de nouvelles et donne à l’accumulation interminable des crimes de Tsahal sa signification d’ensemble.

Cet avant-poste de fortune est un symptôme : il ouvre la voie à la (re)colonisation future de Gaza. Il est le symbole de l’opportunisme colonial de l’Etat d’Israël : profitant de la sidération générale, Israël, de massacre en massacre, a progressivement compris les possibilités macabres que lui offrait la situation. L’incursion d’Erez n’a rien d’une anecdote. Elle est le symbole d’un protocole colonial dont Benjamin Netanyahou donnait déjà l’essence, il y a plus de trente ans. Comme le rapportait le Jerusalem Post, le 19 novembre 1989, celui qui était alors ministre des Affaires étrangères avait déclaré, dans un discours à l’université de Bar-Ilan, quelques mois après les manifestations place Tian’anmen, que le gouvernement avait échoué à exploiter des situations internationales qui, accaparant les regards du monde, auraient permis de mener « des expulsions de masse à un moment où les risques étaient relativement faibles ». L’actuel premier ministre s’est souvenu de sa leçon. À une différence près : le monde ne regarde pas ailleurs, il refuse simplement de voir.


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