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ArcelorMittal Italie. Grève, blocage et manifestation pour la réintégration de trois collègues licenciés à Gênes !

Alors que le groupe multinational ArcelorMittal, géant de l’acier, cherche à imposer un plan de 5000 licenciements sur 11000 postes, les travailleurs de l’usine de Gênes ont d’ores et déjà prouvé leur capacité à se serrer les coudes face aux attaques à venir : suite au licenciement de trois collègues, ils se sont mis en grève, ont bloqué leur usine puis le centre ville, et ont obtenu que l’un d’entre eux soit réintégré le jour-même !

lundi 23 novembre 2020

Crédit Photo : Genova 24

L’été dernier, une première grève nationale contre le plan de licenciement d’Arcelormittal

Depuis novembre 2019, les patrons d’Arcelor-Mittal cherchent à imposer un plan de licenciements massif, présenté comme la seule alternative à la faillite du groupe Ilva, racheté en 2018 par le géant. Dans le cadre de négociations entre la multinationale, le gouvernement et les directions syndicales, un compromis avait été adopté en mars dernier : ArcelorMittal avait suspendu son projet d’annuler le rachat du groupe Ilva et de quitter la plus grande aciérie d’Europe de Tarente, en échange d’un nouveau plan industriel et d’investissements publics. Mais en juin dernier, utilisant le prétexte de la crise sanitaire qui a impacté ses bénéfices, le géant mondial de l’acier a proposé un plan de 5 000 licenciements, sur un total de 11 000 postes. Les trois principaux syndicats italiens avaient alors organisé une grève de 24 heures sur tous les sites nationaux du groupe Ilva pour protester contre ce plan d’ArcelorMittal. Les négociations sont toujours en cours à ce jour, laissant planer une terrible menace pour la vie de milliers de travailleurs et de leurs familles à l’aube d’une crise économique d’ampleur mondiale.

Grève, blocage et manifestation contre le licenciement de trois collègues à Gênes

Plus récemment, sur le site de Cornilgliano, un quartier de la ville de Gènes, trois travailleurs ont été licenciés - l’un pour avoir insulté le patron dans un vocal envoyé sur une discussion WhatsApp privée, les deux autres pour avoir installé une salle à manger dans une pièce à côté de l’atelier de premiers secours au sein de l’usine. Une décision « disproportionnée », dénoncée par les trois principaux syndicats (Fiom, Ulim, Fim). En conséquence de ces licenciements, qui semblent s’apparenter d’avantage à de la répression patronale, les travailleurs de l’usine ont décidé le 9 novembre dernier, sur proposition de la Fiom, de bloquer l’entrée des frets jusqu’à obtenir la réintégration de leurs collègues. Le lendemain, le blocage a tenu et donné lieu à des assemblées auxquelles ont également participé des délégations de travailleurs venus d’autres usines de la ville.« Notre protestation se poursuit par solidarité avec les collègues licenciés mais aussi pour tous les autres vu le comportement de l’entreprise ces derniers mois sans aucun investissement, même dans la sécurité de l’usine, et une attitude qui semble vouloir inciter les travailleurs à partir quand elle ne les licencie pas », témoigne le secrétaire génois de la Fiom Bruno Manganaro.

En réponse, la société a arrêté la production, provoquant un véritable « lock-out » contre la mobilisation. « Un tel lock-out par une entreprise n’a jamais été vu dans l’histoire de Gênes, en 1952 San Giorgio avait abandonné l’usine, mais une telle situation, avec ces hypothèses, est cependant une nouveauté absolue », raconte un militant historique de la Fiom. La direction a annoncé qu’elle se réservait « toute initiative contre les très graves dommages résultant de cette initiative illégale, pour laquelle les autorités judiciaires ont déjà été impliquées ». Elle a également envoyé à 250 ouvriers des lettres annonçant la suspension de leur travail et de leur salaire, et démagnétisé les badges de certains ouvriers, d’après les syndicats.

Le 11 novembre dernier, les ouvriers se sont donc retrouvés à 7h à l’usine avant de partir en manifestation jusqu’à la préfecture pour défendre leur droit au travail et exiger la réintégration de leurs collègues. « Les dirigeants de cette entreprise sont des barbares qui ont d’abord détruit les usines en n’investissant pas un euro, et maintenant ils s’en prennent aux travailleurs. Nous n’allons pas le tolérer, et aujourd’hui nous serons sur la place pour défendre le travail", dénonce le secrétaire génois de la Fiom Bruno Manganaro. Perturbant la ville avec un cortège de plus de 500 personnes, les travailleurs d’ArcelorMittal ont été rejoint par des métallurgistes d’autres entreprises, comme Ansaldo, Fincantieri, Leonardo, puis par les dockers de Culmv et par le collectif autonome des travailleurs portuaires (CALP), en signe de solidarité. Les slogans ont retenti, reprenant le fameux message WhatsApp incriminé par la direction ou encore scandant « Nous sommes tous Gigi Guadagno », du nom du collègue licencié pour avoir enregistré ce message vocal insultant la direction. Arrivant devant la préfecture, certains travailleurs ont tenté de forcer l’entrée gardée par des policiers, puis ont demandé à ces derniers d’enlever leurs casques, ce qui a été fait. Le préfet a immédiatement reçu une délégation de travailleurs, qui a obtenu dans la journée la réintégration du collègue licencié en raison du message et le retrait des lettres envoyées aux 250 travailleurs de l’usine. Les deux autres collègues licenciés sont sous le coup d’une enquête, ce qui n’a pas empêché les syndicats de réaffirmer leur soutien, y compris financier pour payer les frais de justice.

La solidarité de classe comme arme face aux plans de licenciement du patronat !

Si elle est partielle, cette victoire arrachée à la direction de l’usine est forte d’une solidarité qui, bien que mise en oeuvre dans une lutte défensive, renoue avec la tradition radicale du mouvement ouvrier et prépare les travailleurs à faire face aux attaques d’ampleur à venir. En effet, les négociations se poursuivent à l’échelle nationale, l’État italien prévoyant de racheter des parts de l’entreprise au travers d’un dispsitif nommé Invitalia afin de socialiser les pertes, pendant que les profits resteront aux mains des patrons d’ArcelorMittal qui continuent de réclamer des aides à l’Union Européenne alors même qu’il s’apprêtent à licencier près de la moitié des effectifs de l’entreprise. Si les directions syndicales accompagnent ce processus de planification de la casse sociale, la mobilisation des travailleurs de l’industrie génoise montre qu’une autre voie est possible face aux licenciements, rompant avec l’atonie générale qui domine pour l’instant du côté des travailleurs, en Italie comme en France. Il s’agit de s’en inspirer pour préparer les conflits qui risquent de s’intensifier dans les semaines et les mois à venir, du fait de l’approfondissement de la crise économique.




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