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Appel de la honte

Accident mortel à la poudrerie de St-Médard-en-Jalles : Ariane Group s’obstine à nier sa responsabilité

Le 5 décembre 2013, un ouvrier décédait après une explosion lors d’une manipulation à la poudrerie de St-Médard-en-Jalles du site Safran (aujourd’hui Ariane Group). Deux autres ouvriers étaient gravement brûlés.

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Accident mortel à la poudrerie de St-Médard-en-Jalles : Ariane Group s'obstine à nier sa responsabilité

Crédits photo : INA

Le 13 février dernier le procès concernant l’incendie à la poudrerie de St-Médard-en-Jalles, dans l’usine de Safran Ceramics (aujourd’hui Ariane Group), reprenait au tribunal de Bordeaux, un an après un premier jugement. Cet incendie survenu le 5 décembre 2013 avait coûté la vie à un jeune ouvrier de 25 ans brûlé vif et gravement blessé deux autres ouvriers.

Le 5 juin 2023, le tribunal correctionnel de Bordeaux avait reconnu Safran Ceramics coupable d’homicide et de blessures involontaires, infligeant à l’entreprise une amende de 225 000 euros. Le tribunal avait alors jugé que Safran n’avait pas respecté ses obligations légales en matière de sécurité vis-à-vis de ses employés. Une condamnation face à laquelle Safran avait fait appel dès l’annonce du jugement en juin 2023, conduisant à un nouveau procès. Dans sa défense, l’entreprise continue de nier toute responsabilité, comme l’a déclaré l’un des avocats du groupe pour France Bleu Gironde : « Nous avons été condamnés au pénal en raison d’une erreur dans l’analyse de la réglementation pyrotechnique. Il n’a pas été démontré une quelconque faute de la part de Safran Ceramics ».

Une position particulièrement cynique à la lumière des circonstances de l’accident pour les travailleurs d’alors, comme l’ont relaté à plusieurs reprises les victimes ayant survécu. Comme le raconte France Bleu, « ce jour-là, les trois ouvriers travaillaient sur une opération de démoulage et de nettoyage d’outils sur un réservoir traitant du propergole, une poudre chimique explosive servant à propulser les fusées et les missiles balistiques des armes nucléaires françaises. ». Une substance hautement inflammable, qui peut atteindre des températures de 0 à 4 000 degrés très rapidement.

Et une opération qui comporte de nombreux risques pour les ouvriers. Le jour de l’incendie, ces derniers sont pourtant contraints d’utiliser un outillage qui n’était plus aux normes de sécurité. Selon les ouvriers, la direction aurait demandé pour ne pas stopper la production de réaliser cette opération avec un ancien outillage, en raison d’une panne.

Christophe Brethes du syndicat SUD, explique à France Bleu que l’entreprise a pris cette décision sans même en avertir le CHSCT : « revenir à l’ancien outillage avec un danger connu sans prévenir le CHSCT, sans analyse de risque, rien, c’est un manquement considérable si on ne doit retenir que celui-là ». Lors de l’audience en avril 2023, l’inspectrice du travail en charge du dossier a également souligné les lacunes de l’entreprise en matière de formation.

Elle a noté que les trois ouvriers étaient jeunes et n’avaient pas conscience du risque auquel ils étaient exposés. De plus, l’ouvrier décédé, menuisier de formation, avait été recruté dans l’entreprise sans avoir reçu de formation préalable. Elle a également mentionné les témoignages de ses collègues, affirmant qu’il se sentait fatigué en raison de sa charge de travail, ainsi que celui de son père, décrivant le management autoritaire de son supérieur.

L’appel de Safran à la première décision de justice et sa détermination à ne pas être condamné est une nouvelle illustration du jusqu’au boutisme patronal dans la destruction de la vie des ouvriers. A ce titre, Bertrand Montreux, l’un, des survivants du drame témoigne pour France 3 « Je n’arrête pas de ressasser, je fais des cauchemars, c’est très éprouvant de revivre tout ça. J’espère que la vérité sera dite et avérée, il faut tourner la page. [...] Je pensais qu’ils auraient un peu de compassion pour nous. Mais non, ils ne lâchent rien ».

Pour l’entourage des ouvriers ce nouveau procès est une épreuve de plus à surmonter, et notamment pour le père de Benjamin Paillet décédé lors de l’incendie, qui affirmait la vieille du procès au micro de France bleu gironde : « la haine me motive à combattre cette société. Je veux simplement la condamnation de Safran Ceramics, mais je sais que la vérité sur la raison de l’incendie sera à jamais cachée. »

Une demande de justice et de vérité tout à fait légitime qu’il est important de soutenir. Plus largement, le dramatique accident dans la poudrerie de Safran mets en lumière la réalité des morts au travail qui n’ont jamais été aussi élevés depuis 20 ans en France. Un phénomène particulièrement grave qui prend sa source directement dans les politiques gouvernementales et patronales qui ne cessent de dégrader les conditions de travail et les droits des travailleurs. Le délibéré du tribunal de Bordeaux aura lieu le 15 mai prochain.


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