Moyen-Orient

Pour une stratégie révolutionnaire d’autodétermination des Palestiniens

Pour une stratégie révolutionnaire d’autodétermination des Palestiniens

Tsahal continue d’amasser des troupes à la frontière avec la bande de Gaza. L’artillerie pilonne l’enclave contrôlée par le Hamas tandis que des chars et des avions de chasse ont également procédé à des frappes. 150 "objectifs" ont été atteints au cours des forts bombardements nocturnes ce jeudi. Selon les autorités gazaouies, 119 Palestiniens ont déjà perdu la vie depuis le début des bombardements dont plus de trente enfants.

Le centre de gravité du conflit qui avait eu comme point de départ Jérusalem-est s’est déplacé désormais à la frange de Gaza à travers une guerre balistique. Le Hamas est parvenu à imposer son rapport de forces militaire en empêchant toute velléité d’auto-organisation et d’auto défense de la jeunesse, les travailleurs et de la population palestinienne de Jérusalem-est, face aux crimes des colons israéliens et du Tsahal, évitant ainsi une possible troisième intifada, en tout cas pour le moment.

De cette façon le Hamas donne de l’air au gouvernement Netanyahu aux abois, accusé de corruption et qui malgré les élections anticipées, ne parvient toujours pas à former un gouvernement. Ainsi, le Hamas contribue à détourner l’attention des crimes commis par les colons et se pose comme premier négociateur face à l’Etat d’Israël, permettant au gouvernement Netanyahu de retrouver des marges de manœuvre. Mais comment réussir à débloquer cette situation ?

Ni « deux États », ni « un État »...

L’État d’Israël est un État artificiel, créé par l’impérialisme en 1948 avec le soutien et l’accord de la bureaucratie stalinienne, aux dépens des peuples arabes, en divisant le territoire de sorte à donner plus de terre au peuple juif, alors que celui-ci représentait en réalité moins de 30% de la population. Un projet mené avec le soutien des grandes puissances comme la France et l’Angleterre, mais surtout celui des États-Unis. En effet, ces derniers ont toujours été le principal défenseur de l’Etat Israël, satisfaisant ainsi leurs intérêts en l’utilisant comme base militaire pour contrôler le pétrole au Moyen-Orient, mais aussi pour maintenir une ligne de mire sur l’Iran et tout le continent asiatique. Cette caserne à ciel ouvert a permis de façon préventive de contenir, coopter et dévier les mouvements de libération nationale, contre le colonialisme franco-britannique qui commençaient à émerger, comme les grèves insurrectionnelles de 1936 en Palestine et le mouvement de libération nationale post-deuxième guerre mondiale.

Depuis sa fondation, l’Etat d’Israël s’est bâti sur le « nettoyage ethnique » afin de modeler une « majorité juive », en expulsant des millions de Palestiniens de leurs terres, condamnés dans leur grande majorité à vivre comme des parias dans les camps de réfugiés de Gaza, de Syrie, de Jordanie, du Liban, etc. Au travers des guerres successives, comme la « guerre des Six Jours » en 1967, l’État sioniste a étendu ses frontières en isolant encore et toujours les Palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, soumises à un strict contrôle des frontières aériennes et maritimes. Israël s’y autorise des incursions militaires lorsqu’il le juge opportun, à l’image de l’opération « Plomb Fondu » en 2009, « Bordure protectrice » contre Gaza en 2014, et d’autres incursions de Tsahal ayant couté la vie à des milliers de personnes au fil des ans, ainsi que l’actuelle opération « Gardien des murs ».

La stratégie de Tel Aviv est d’absorber la plus grande partie possible de ces territoires, en y installant des colonies et en occupant leurs meilleures terres agricoles et leurs ressources en eau, laissant ainsi les Palestiniens isolés dans de petits « bantoustans » (nom donné aux zones dans lesquelles le régime raciste sud-africain voulait enfermer les populations noires, dans le même genre que les « réserves amérindiennes »). Le plan réactionnaire des « accords d’Oslo » en 1994 visant à négocier une caricature d’Etat palestinien -sans continuité territoriale entre la petite bande de Gaza et la Cisjordanie- subordonné à l’Etat d’Israël et sous sa menace militaire a été perdu de vue, Israël ayant considérablement avancé dans la colonisation des territoires palestiniens ces dernières années.

D’où le rejet par Tel Aviv des anciens accords et des insinuations des gouvernements des Etats-Unis proposant les frontières palestiniennes de 1967 comme base de négociations entre l’État d’Israël et l’Autorité palestinienne. Si c’était une utopie réactionnaire d’imaginer que ce plan impérialiste de « deux États » permettrait aux Palestiniens de réaliser leur autodétermination nationale, il est aujourd’hui quasiment non-viable, sauf sous la forme d’un petit archipel de « bantoustans » palestiniens soumis à l’apartheid sioniste. Du côté du gouvernement israélien, la prise de conscience du fait que l’héroïque résistance palestinienne ne pourrait être réduite par la concession de ce « pseudo-État » a conduit à une radicalisation de l’oppression et à une nouvelle avancée du processus de colonisation. Mais, à la suite des printemps arabes et de la chute des agents directs de l’impérialisme et des alliés d’Israël comme Moubarak en Égypte, les rapports de forces régionaux se sont vus altérés, les mobilisations dans le monde arabe ayant donné un nouvel élan à la résistance palestinienne.

Les projets visant à résoudre le problème historique palestinien dans le cadre d’un « État unique », en « démocratisant » l’État d’Israël, sont également irréalisables et utopiques. L’État sioniste est une enclave coloniale fondée sur l’unité entre l’État et la religion. Cet aspect théocratique est systématisé dans l’institution du rabbinat qui régit les agendas culturels et sociaux de la vie civile, les subventions et les incitations à la colonisation des juifs orthodoxes. En effet selon le site France-palestine.org « la majorité de l’aide de l’Etat est allouée aux 75% environ de colonies bénéficiant du statut de “zones de priorité nationale” ». Ces zones « bénéficient de prix avantageux sur les terrains et de subventions pour les prêts immobiliers, et les zones reconnues comme zones de priorité nationale par le ministère de la Construction et du Logement reçoivent des investissements publics pour leurs infrastructures immobilières » ainsi que « des investissements dans les infrastructures des colonies, comme les routes ».

Il est impensable de réformer un régime colonial soutenu par la force militaire de « défense » israélienne, armée par les impérialistes et dotée d’une capacité nucléaire. Cette armée d’occupation de citoyens-soldats, formée sur la base des anciennes milices sionistes qui ont mené des attaques contre les paysans palestiniens avant la fondation de l’État, est la garantie de l’avancée du nombre de colonies et de l’occupation des terres à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Il est impossible de transformer l’État sioniste et cette monstrueuse machinerie militaire en une « démocratie » qui inclue le peuple palestinien sur un pied d’égalité, permette le retour des millions d’expulsés et leur rende leurs terres.

Quelle stratégie pour la libération nationale palestinienne ?

La juste cause nationale palestinienne et le plein respect de son droit à l’autodétermination ne peuvent être atteints ni par une collaboration directe avec l’impérialisme comme le proposent Mahmud Abbas et son organisation le Fatah qui gouvernent la Cisjordanie, ni par la résistance islamiste du Hamas, qui gouverne la bande de Gaza, et d’autres groupes.

La stratégie capitularde du gouvernement du Fatah, qui consiste à collaborer avec l’impérialisme et les autorités sionistes, à reconnaître l’Etat d’Israël et les frontières de 1967, a facilité la tâche des dirigeants israéliens pour imposer la situation actuelle, c’est-à-dire la continuation de la colonisation de la Cisjordanie et de la grande prison à ciel ouvert qu’est devenue la Bande de Gaza. L’apartheid vaccinal qu’a subi le peuple palestinien est une preuve de plus que les politiques conciliatrices ne font que renforcer la domination et l’oppression israélienne.

La politique du Hamas n’offre pas non plus d’issue : tout en s’opposant à l’occupation sioniste, elle mise sur l’alliance avec les gouvernements musulmans bourgeois, comme l’Iran ou le régime du Qatar qui ont constitué l’avant-garde contre-révolutionnaire contre le printemps arabe, pour qui le mouvement palestinien est une monnaie d’échange dans leurs transactions commerciales avec l’impérialisme. Le programme du Hamas visant à ériger un État islamiste est un projet politique réactionnaire. Il n’appelle pas à l’unité de la classe ouvrière et des masses arabes et ne fait pas confiance à la mobilisation de masse.

Le caractère et le programme de ces directions imposent leurs limites et leurs divisions tant sur le terrain politique que militaire de la résistance palestinienne. Cette dernière a une longue tradition d’autodéfense armée contre l’oppression israélienne, un droit que nous défendons inconditionnellement.

Malgré l’énorme disparité des forces, ces différentes organisations affrontent occasionnellement l’armée israélienne, comme nous le voyons dans la crise actuelle. Mais chaque courant maintient sa propre structure militaire comme instrument de sa propre politique, parfois selon des critères religieux, empêchant ainsi l’armement des masses et le développement de milices ouvrières et paysannes auto-organisées et centralisées. Ainsi, Al Fatah a converti ses propres milices en une force répressive en Cisjordanie, avec l’aide des services de renseignement égyptiens. Le Hamas maintient son propre appareil militaire à Gaza, qu’il utilise également pour réprimer les secteurs qui échappent à son contrôle. D’autres groupes de résistance comme le Jihad islamique ont recours à des actions terroristes inadmissibles et contre-productives, fournissant des prétextes à Israël pour tenter de faire passer son oppression brutale pour un moyen de « défense contre le terrorisme islamique ».

Au contraire, la mobilisation révolutionnaire, ouvrière et populaire, basée sur l’auto-organisation et indépendante des projets bourgeois conciliateurs, est le seul moyen de faire face aux tâches politiques et militaires de la lutte palestinienne.

Divers exemples de la résistance palestinienne héroïque, comme les longues luttes des « intifadas », ont montré cette voie, mais les caractéristiques de l’État colonialiste et l’extrême condensation des intérêts et des contradictions de toutes sortes au Moyen-Orient, font qu’il ne s’agit pas d’une voie à laquelle les masses palestiniennes peuvent recourir seules. Elles ont impérativement besoin de l’alliance la plus étroite avec la classe ouvrière arabe dans son ensemble, dont l’Egypte est l’expression la plus puissante : un prolétariat industriel et des services qui se compte par millions, mais aussi avec l’ensemble des travailleurs et secteurs populaires israéliens. Dans les pays arabes, il existe une large sympathie pour la cause palestinienne et un profond rejet de l’État sioniste. Leur propre lutte pour la libération nationale et la résolution de leurs revendications est inséparable de la lutte contre l’enclave impérialiste de l’État d’Israël. La lutte nationale palestinienne est au cœur de la révolution arabe elle-même.

À bas l’État sioniste !

Les communistes révolutionnaires partent du soutien sans restriction ni condition à la résistance palestinienne et du plein droit à l’autodétermination du peuple palestinien, c’est-à-dire du droit du peuple palestinien à avoir son propre État dans le territoire historique dont il a été expulsé en 1948. Cela exige le démantèlement de l’État sioniste d’Israël et de sa machine militaire. Les travailleurs et les jeunes juifs qui rejettent le plan colonialiste et belliciste de Netanyahou et de ses consorts doivent rompre avec le bloc sioniste et tendre la main à la juste lutte du peuple palestinien, car comme l’expliquait Marx, lorsqu’il appelait les travailleurs anglais à soutenir la rébellion dans la colonie irlandaise de l’époque : "aucun peuple qui en opprime un autre ne peut être libre".

L’aspiration nationale légitime des Palestiniens ne peut être garantie de manière efficace et intégrale que par l’établissement, par des moyens révolutionnaires, d’une Palestine ouvrière et socialiste sur l’ensemble du territoire historique, dans laquelle Arabes et Juifs pourront vivre ensemble en paix et égaux.

Celle-ci ne peut-être que le produit d’une révolution menée par la classe ouvrière et les masses palestiniennes, qui doivent lutter contre une puissante oppression dans des conditions très difficiles, parmi lesquelles la dispersion imposée de leurs forces (une partie des Palestiniens travaillent sous les ordres des patrons israéliens). Cette tâche est une partie inséparable de la lutte du prolétariat et des masses arabes, à laquelle devrait également être intégrée la fraction de la classe ouvrière israélienne qui rompt avec le sionisme et rejoint la lutte pour mettre fin à l’impérialisme dans la région.

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