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1er de juillet de 2022 Twitter Faceboock

Désastre Climatique
Plus d’un quart de la population risque de vivre des inondations : les plus pauvres en première ligne
Nora Pardi

Dans une enquête parue dans Nature Communications, des chercheurs alertent sur le fait qu’un quart de la population est directement exposée à un risque d’inondations. En première ligne, les populations pauvres d’Asie du Sud et de l’Est, d’Inde et d’Afrique sub-saharienne. Déjà, en Inde et au Bangladesh, des pluies torrentielles ont causé au moins 116 morts mi-juin et obligés des millions de personnes à quitter leur domicile.

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Crédits photo : SIVARAM V / Reuters

Selon une étude parue dans la revue scientifique Nature Communications, 1.81 milliard d’habitants (23% de la population mondiale) seraient exposés à des risques d’inondations pour les années à venir. Les conclusions de cette recherche montrent que les plus touchés seront les plus précaires. En effet, comme l’explique l’étude, « 1.24 milliards [de personnes exposées] sont localisées en Asie du Sud et de l’Ouest […] Les pays à faibles et moyens revenus comptent 89% de la population mondiale exposée à des inondations. » L’étude ajoute également que « plus de 780 millions de personnes vivant avec moins de 5.50$ par jours font face à un haut risque d’inondations. »

L’étude revient sur le fait qu’en plus d’être plus vulnérables aux inondations en raison d’infrastructures de protection moins présentes, les pays à faibles revenus sont particulièrement exposés à l’augmentation des inondations en raison du réchauffement climatique : « Pour un scénario du réchauffement climatique avec un haut taux de concentration [de gaz à effets de serre], les estimations de 11 modèles convergent à la conclusion que la fréquence d’inondations en Asie du Sud, en Afrique centrale et de l’Est et dans des parties importantes d’Amérique Latine pourrait augmenter substantiellement d’ici à 2100. Même pour un scénario optimiste de changement climatique […] la hausse des niveaux des mers sont estimés à 0.55 m d’ici à 2100, menaçant particulièrement les grandes villes côtières »

L’étude rappelle également que d’autres facteurs augmentent les risques d’inondations, tels que l’utilisation des ressources des sols, notamment de l’eau : « Il a été montré que les glissements de terrains, souvent causés par une extraction ou un drainage non soutenables des eaux sous-terraines, augmentent les risques d’inondations côtières quatre fois plus rapidement que la hausse du niveau de la mer »

Selon les conclusions des chercheurs à l’origine de cette l’étude : « les pays à faible revenu sont exposés de façon disproportionnée aux risques d’inondation et sont plus vulnérables aux impacts désastreux à long-terme ». Il s’agit de « la première évaluation mondiale entre l’exposition au risque d’inondation et la pauvreté », note Thomas McDermott, chercheur à l’Université nationale de Galway en Irlande.

Après les vagues de chaleur, l’Inde et le Bangladesh affrontent les pluies diluviennes

Ces définitions ont été confirmées par les pluies diluviennes subies par les populations pauvres en Inde et au Bangladesh, provoquant au moins 116 décès selon le New York Times. Mi-juin, ce sont plusieurs millions de personnes qui ont vu leurs maisons détruites par les inondations qui ont ravagé l’Inde, notamment l’état de Assam à la frontière du Bangladesh. A Mawsyramn, il a plu 40cm d’eau en une seule journée. Plusieurs dizaines de personnes sont mortes à cause des glissements de terrain, notamment dans la région de Dagar.

Plusieurs millions de personnes ont été obligées de quitter leur village et ont perdu leurs récoltes. Sur la route, des familles sans ressources ont été obligées de partir après que leur maison aient été inondées, obligé de se nourrir grâce à l’aide alimentaire. L’UNICEF a déploré le manque d’eau pour répondre aux besoins des plus de 4 millions de déplacés forcés, dont 1.6 million d’enfants au Bangladesh. De nombreux habitants sont restés bloqués dans les villages sinistrés, parfois même des enfants comme le relate Le Guardian. « Après avoir attendu le jour entier chez nous, un voisin nous a sauvé grâce à un bateau de fortune. Ma mère m’a dit qu’elle n’avait jamais vu de telles inondations de toute sa vie » raconte Lokman, 23 ans, interrogé par le journal anglais.

Dans l’état de Bihar, qui avait subi une très forte vague de chaleur et des températures records au début du mois mai de très violents orages et des torrents de pluie ont causé le décès de 33 personnes. Après les températures les plus hautes depuis 1900, l’Inde a donc du faire face à des chutes d’eau rarement enregistrées. En effet, à la mi-mai, l’Inde et le Pakistan ont fait face à une vague de chaleur historique, avec des températures atteignant par endroits 50°C. Cette vague de chaleur a fait plus de 90 morts en Inde et au Pakistan et causés d’importantes pertes sur les récoltes de blé. Selon Les échos, elle a été « rendue trente fois plus probable par le changement climatique ».

Ces évènements climatiques extrêmes, causés par le réchauffement climatique, renforcent la précarité et menacent directement la vie de populations déjà très pauvres et pourraient se multiplier dans les années à venir. L’étude de Nature Communications et la situation dans les pays d’Asie du Sud, montrent bien que les conséquences de la crise climatique seront d’abord ressenties par les agriculteurs pauvres, populations des bidonvilles et habitants des quartiers populaires.

En Europe aussi, le début de l’été a été marqué par une vague d’inondations. En Autriche, des villages sont inaccessibles après de fortes intempéries. Deux personnes auraient disparu et de nombreux logements ont été détruits par les fortes pluies et le vent. Cette vague d’orage s’accompagne de très fortes chaleurs.

Mais même dans les pays riches, ce sont aussi les populations pauvres qui devront faire face aux conséquences les plus dramatiques des catastrophes naturelles. L’ouragan Katrina, qui avait frappé la Nouvelle Orléans en 2005 avait touché les populations pauvres et racisées en premier, habitant des logements insalubres et vétustes. Après le désastre, les quartiers détruits n’ont pas pu être reconstruit. Dans leur article « Katrina, une occasion de vider la ville de ses pauvres » pour le Quart Monde, Ignace Fabiani, Sébastian Robert et Martin Tonglet racontent les villages laissés à l’abandon après la catastrophe, entre ruines et invasion de thermites. Les politiques de relogement des sinistrés avaient alors largement privilégié les populations blanches et riches, alors que les personnes pauvres et racisés avaient été les plus touchées par la catastrophe

Le réchauffement climatique et les destructions des sols, principales causes de ces inondations, sont le résultat d’une production toujours plus polluante et expansive pour les profits de quelques un. Ce sont des industries massives qui pompent des nappes phréatiques au point d’assécher des régions entières et d’entraîner des glissements de terrains. De même, on relève aujourd’hui 425 sites d’extraction de combustibles fossiles faisant la joie des actionnaires qui, s’ils sont exploités jusqu’au bout, dépassent de deux fois le seuil d’émission de gaz à effet de serre permettant d’espérer rester sous 1.5°C. Ceux qui sont au quotidien exploités et violentés par cette organisation de la production sont aujourd’hui en première ligne de ses conséquences climatiques, et le paient souvent de leur vie. Nous ne pouvons pas faire confiance à la bourgeoisie pour faire face à la crise climatique. Alors que ce sont les travailleurs pauvres qui en subissent les plus importantes conséquences, c’est par en bas qu’il faudra s’organiser, contre les grandes entreprises qui préfèrent leurs profits à la résolution du désastre en cours.

 
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