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La Izquierda Diario
25 de mai de 2022 Twitter Faceboock

Augmentation et indexation des salaires !
Inflation. Tout augmente sauf nos salaires : il faut les indexer sur le coût de la vie !
Irena Mathilde

Alors que les prix continuent de s’envoler et que chaque jour qui passe nous rend toujours plus pauvre, le gouvernement et le patronat négocient pour éviter une augmentation généralisée de nos salaires. Face à l’inflation, il n’y a qu’une solution : indexer les salaires sur le coût de la vie.

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Crédits photo : AFP

Les prix de l’alimentaire, de l’énergie et des loyers augmentent mais les salaires, les retraites et les minima sociaux ne suivent pas

Ce mardi, l’assureur crédit Allianz Trand publiait une étude selon laquelle le budget alimentaire pourrait augmenter de 244 euros par personne en 2022. Il y a un mois, le rapport de la Banque mondiale publié le 26 avril présageait d’une hausse de près de 50% des prix de l’énergie pour 2022. À cette explosion des prix de la vie quotidienne devrait s’ajouter une augmentation des loyers, puisque les baux devraient être revalorisés de 2,48% suite à la publication du dernier indice de révision des loyers mi-avril.

Les prix de l’alimentaire, de l’énergie et les loyers bondissent. Mais les salaires, eux, ne suivent pas. Les soit disant "hausse" se révèlent être en réalité des écrans de fumée. Et pour cause, si la Banque de France explique que « les négociations de salaire de branche pour 2022 se sont jusqu’ici généralement conclues par des hausses de salaire autour de 3% », celles-ci sont nettement insuffisantes pour rattraper l’inflation galopante, mesurée à 4,8% pour avril. Idem pour les prestations sociales qui sont pourtant, elles, indexées sur l’inflation : l’indexation des retraites du régime général, par exemple, est calculée sur la moyenne de l’indice des prix des douze derniers mois. Capital explique ainsi : « Celle décidée pour janvier 2022, de 1,1%, correspondait donc à la hausse des prix enregistrée entre novembre 2020 et octobre 2021. » Une aberration quand on connaît les taux actuels de l’inflation.

Il en va de même pour les allocations de solidarité aux personnes âgées, qui sont recalculées tous les 1er janvier sur l’inflation des douze derniers mois. La revalorisation du RSA, de la prime d’activité et de l’allocation aux adultes handicapés, se font en février sur la base des douze derniers mois mais sont effectives à partir d’un avril, pour un versement en mai. Enfin, les APL sont revalorisées en octobre, soit sept mois après la publication du dernier indice de révision des loyers… Ajoutez à cela la perte de 3,8% de la rémunération du livret A, le livret d’épargne le plus utilisé par la population, et le tableau est complet. Une inflation qui est payée au centuple par les classes les plus en difficultés, de sorte que les classes populaires sont en première ligne de la crise sociale.

Le gouvernement nous donne des miettes et marche main dans la main avec le patronat pour éviter une augmentation générale de nos salaires

Inquiet des remous qu’une telle situation pourrait provoquer, et sous pression de NUPES sur sa gauche aux législatives, le gouvernement a décidé de faire du « pouvoir d’achat » le cheval de bataille du début de son nouveau quinquennat. Olivia Grégoire, fraîchement nommée nouvelle porte-parole du gouvernement, a ainsi annoncé ce lundi les contours de la nouvelle trouvaille du gouvernement : maintien du bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité, maintien de la remise de 18 centimes sur le prix du prix du carburant - soit deux mesures déjà existantes - et déploiement d’un chèque alimentaire, dont on ne connaît ni les critères pour en bénéficier, ni le montant. En réalité, ces mesures sont non seulement ridicules mais visent à nous faire payer la facture du coût de ces mesures dans les prochains mois.

En attendant, en plus de son nouveau projet de loi, le gouvernement tente de donner des gages en promettant le dégel du point d’indice des fonctionnaires et une indexation des retraites sur l’inflation « valable dès la retraite de juillet », selon le nouveau ministre du Travail accusé de corruption. Or, les pensions de retraite étant tellement basses, une telle mesure (45 euros de plus pour une pension de 1200 euros) est également nettement insuffisante. Pour mieux faire passer la pilule, le gouvernement a tenu ce lundi lors de sa rencontre avec le patronat à inciter les entreprises à « améliorer la rémunération de leurs salariés », en augmentant les salaires, mais surtout grâce à « la pérennisation et le triplement de la prime Macron ». Mais pas question de ne rien offrir en échange, et le ministre de l’Économie a rassuré le patronat en promettant une baisse des impôts de production, soit une préservation de ses profits.

En réalité, derrière ces contorsions, le gouvernement cherche à exclure main dans la main avec le patronat la question des salaires.

Tout augmente ! Indexation immédiates des salaires sur le coût de la vie !

Avant 1983, un mécanisme permettait une relative indexation des salaires sur les prix. C’est sous Mitterrand et le « tournant de la rigueur » que le premier ministre Pierre Mauroy interdit cette mesure, et depuis, selon Éric Heyer, les salaires n’augmentent de manière générale que de « 0,5-0,6 » quand l’inflation « augmente de 1 ». À l’époque, le gouvernement avait déjà justifié cette mesure par la fameuse « boucle prix-salaires », selon laquelle quand les salaires augmentent, les prix bondissent, les investissements se réduisent et le chômage explose. Aujourd’hui, le patronat ne semble pas s’être lassé de cette rhétorique, puisque François Asselin, président de la CPME, a affirmé ce mardi : « Les entreprises ne peuvent distribuer que ce qu’elles gagnent, sinon on va mettre en place une boucle inflationniste. »

Pourtant, ce n’est ni le plein emploi ni l’augmentation des salaires qui engendrent l’inflation, c’est leur système capitaliste à bout de souffle qui nous met dans cette situation. En réalité, une augmentation du taux de salaire ne conduit aucunement à une hausse des prix mais rogne dans leurs profits. donc à une baisse du taux de profit, et vice-versa : « geler les salaires ne conduit pas nécessairement à une baisse des prix, mais simplement à une augmentation des profits », écrit Michael Roberts. Or, le patronat est bien conscient de ce mécanisme et semble déterminé à profiter de la situation pour augmenter les prix et par là ses profits, à l’image du PDG de Hershey’s, entreprise agro-alimentaire américaine, cité par Michael Roberts : « La fixation des prix sera un levier important pour nous cette année, et devrait être le principal moteur de notre croissance. »

La même rhétorique est utilisée pour justifier le refus d’augmenter les minima sociaux. Valérie Batigne, fondatrice du cabinet Sapiendo sur les retraites, explique ainsi dans Capital à propos des retraites que « dans un système par répartition, toute hausse des pensions se traduit à court terme par des déficits supplémentaires. Et implique, à long terme, d’opter pour une hausse des prélèvements, ou un allongement de la durée de cotisation. »

Or, ce que ce discours oublie d’évoquer, c’est que s’il y a bien une chose qui augmente en ces temps de crise, ce sont les profits du patronat, et ce sur le dos des travailleurs en profitant de l’inflation. Total Energies a ainsi vu son Bénéfice par Action (BPA) augmenter de 11,47% au premier trimestre 2022, contre 9,18% au troisième trimestre 2021 et 0,59% au deuxième trimestre 2021. En février 2022, l’entreprise de Patrick Pouyanné annonçait des profits records de 16 milliards de dollars pour l’année 2021.

De tels chiffres montrent qu’il est possible d’exiger non seulement une augmentation des salaires, leur indexation sur l’inflation afin qu’aucun salaire ne baisse par la hausse du coûts du la vie, mais également l’augmentation immédiate des minima sociaux de 300 euros. Seules de telles mesures permettraient de faire face à l’augmentation galopante du coût de la vie et d’éviter un appauvrissement général de la population. Mais pour y parvenir, il est nécessaire de mettre en place un plan de bataille pour instaurer le rapport de forces face au patronat, qui ne cédera évidemment pas tout seul.

De ce point de vue, la stratégie des directions syndicales, qui oscillent entre passivité et dialogue social, n’est pas à la hauteur. En même temps qu’elles ont appelé à des dates isolées le 27 janvier puis le 17 mars, elles se sont en effet précipitées au chevet du gouvernement, cherchant à renouer le dialogue social. Ce mardi, Laurent Berger s’est ainsi offusqué de ne pas être invité aux discussions avec le patronat : « Non, nous ne sommes pas invités. Pour discuter des salaires, ça ne se passe pas sans ceux qui travaillent, représentés par les organisations syndicales », avant d’ajouter à propos de Bruno Le Maire : « Je l’invite à nous réunir très vite ».

Alors que tous les jours, des grèves éclatent dans différents secteurs pour l’augmentation des salaires, à l’image des couturières de LVMH qui ont obtenu plus de 100 euros d’augmentation après s’être mises en grève, il s’agit au contraire de chercher à coordonner et étendre ces différents conflits. En prenant appui sur les premières grèves qui ont éclaté, il s’agirait aujourd’hui de les généraliser, pour enfin imposer au gouvernement et au patronat l’augmentation généralisée des salaires, leur indexation sur l’inflation et l’augmentation immédiate des minima sociaux.

 
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