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9 de mai de 2022 Twitter Faceboock

LEGISLATIVES
NUPES : une clarification à droite du projet de l’Union Populaire de Mélenchon
Paul Morao

Ce samedi, les composantes de la NUPES célébraient leur accord à Aubervilliers. Entre célébration de l’union de la « gauche » et réhabilitation du PS, les contradictions de cette coalition électorale qui se veut « historique » commencent cependant déjà à affleurer. Elles sont révélatrices de la droitisation de l’Union Populaire, dans le cadre d’une clarification du projet de Mélenchon et de la majorité électorale qu’il souhaite construire à l’Assemblée Nationale.

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Crédits photo : Julien de Rosa / AFP

La NUPES célèbre un accord « historique » à Aubervilliers

Ce samedi, les figures de la gauche institutionnelles réunie dans la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES) célébraient à Aubervilliers lors de sa convention nationale d’investiture l’accord signé la semaine dernière. L’évènement venait clôturer trois semaines de négociations qui ont abouti à une coalition de l’ensemble de la « gauche » pour les élections législatives, inédite depuis le gouvernement de gauche plurielle de Lionel Jospin.

Pendant plus de 3 heures, les dirigeants de l’Union Populaire (Manuel Bompard, Mathilde Panot), du Parti Socialiste (Olivier Faure), d’Europe Écologie les Verts (Julien Bayou) et du PCF (Fabien Roussel) se sont donc succédé à la tribune pour célébrer leur union, avant de laisser la parole à différents candidats investis par la NUPES, tels que Rachel Kéké, figure de la grève des Ibis Batignolles.

Finalement, Jean-Luc Mélenchon a assuré une conclusion en forme de discours de meeting. Pendant près d’une heure, le dirigeant de la France Insoumise qui se rêve en futur « Premier ministre » s’est posé en principal adversaire d’Emmanuel Macron et de la « maltraitance sociale », incarnée notamment par le projet de réforme des retraites qui entend repousser l’âge de départ à la retraite à 65 ans, la « maltraitance écologique », dont la destruction climatique, les pandémies ou la contamination au chlordécone sont le produit, et la « maltraitance démocratique », celle, notamment, des violences policières.

Cherchant à poser le cadre politique de l’accord « historique » que signifierait la NUPES, il a tenu à inscrire celui-ci dans un projet politique orienté vers la « rupture » avec le système néo-libéral « dominant la planète, saccageant les sociétés, pillant la nature, détruisant les êtres humains » depuis « 40 années ». Une « rupture » dont on est cependant en droit de douter plus que jamais au regard des gages toujours plus importants donnés par Mélenchon au régime, mais aussi des nouvelles organisations telles que le PS ayant intégré la NUPES.

Vous avez dit « rupture » ? Recomposition d’une gauche de gouvernement et réhabilitation du PS

En effet l’appel à la « rupture », placé en introduction du discours, résonnait de façon particulière à l’aune de la composition finale de l’attelage de la NUPES. Après deux semaines de négociations, l’UP a fait le choix d’y intégrer des forces ouvertement pro-patronales, à l’image des promoteurs du capitalisme vert d’EELV et surtout des néo-libéraux du PS. Pour ces deux forces, la NUPES et la Convention de samedi ont été un grand moment de réhabilitation, symbolisé par la standing-ovation offerte à Olivier Faure dès le début de son discours. Un accueil ultra-enthousiaste qui n’a pas manqué de surprendre le premier intéressé, qui expliquait à BFM TV à l’issue de l’évènement : « Je suis socialiste. Ils auraient dû me siffler et ben là, non, ils m’applaudissent ».

Si le discours de Mélenchon était marqué samedi par la volonté d’ancrer le projet de la NUPES dans la continuité de la gauche de « rupture » qu’il prétend incarner depuis 15 ans, celui-ci semble surtout tenter de mettre sous le tapis la réalité du virage opéré avec l’intégration du PS. Présentée comme impensable il y a encore quelques semaines par Mathilde Panot, cheffe de file des députés LFI, celle-ci est un révélateur du projet de Jean-Luc Mélenchon et de la NUPES : recomposer une gauche de gouvernement, sans qu’on sache vraiment ce qu’elle a de si disruptif au regard des solutions du type « gauche plurielle » qui lui ont précédées.

Dans le même sens, le programme présenté pendant la Convention apparaissait en effet ce samedi bien modéré au regard des enjeux urgents évoqués. Sur le terrain du pouvoir d’achat, celui-ci se limite par exemple à l’augmentation du SMIC à 1.400€ net (contre 1.300 aujourd’hui), au blocage des prix, et subordonne l’augmentation de l’ensemble des salaires à des négociations entre patronat et syndicats. Des mesures qui risquent difficilement de permettre la réduction des « inégalités » évoquée comme un horizon par Jean-Luc Mélenchon.

Sur le terrain de l’écologie, la nécessité d’en finir avec la destruction de la planète et d’opérer notamment une transition vers les énergies renouvelables est évoquée, mais sans jamais mettre en cause la mainmise du patronat sur les industries clés pour une telle transition, sans jamais évoquer le poids des entreprises privées sur la destruction du climat et le moyen d’arrêter leur course mortifère au profit. De quoi relativiser la « radicalité » affichée par la NUPES.

En ce sens, le projet de la NUPES à l’aune duquel l’intégration du PS et les appels à une « cohabitation » - dans le cadre duquel LFI chercherait à « s’entendre » avec Macron et se contenterait de mettre « un peu de VIème République dans la Vème » - sonnent comme autant de gages de respectabilité et de respect des institutions envoyés aux classes dominantes. Si celle-ci mènent pour le moment une offensive contre le mélenchonisme dans le cadre de la volonté de garantir une majorité « Renaissance » à Emmanuel Macron, elles pourraient se satisfaire à terme de la reconstruction d’une force d’alternance à gauche.

Des contradictions de la NUPES qui affleurent déjà

De plus, la viabilité de cette alliance pose déjà question alors que les contradictions commencent déjà à affleurer dans le cadre d’une clarification sur la droite du projet de l’Union Populaire. Entre les forces politiques d’abord, puisque c’est une bataille entre les différents appareils qui, après l’union, prend le dessus. En ce sens, de nombreuses candidatures dissidentes pourraient constituer des pommes de discorde au sein l’alliance. C’est le cas à Stains, où Azzedine Taïbi, maire de la ville, membre du PCF mais soutien affiché de Jean-Luc Mélenchon et vice-président du Parlement de l’Union Populaire pendant la campagne conteste le refus de son parti de l’investir sur la 4ème circonscription de Seine-Saint-Denis, que la NUPES a accordé au PCF.

A Vénissieux, sur la 4ème circonscription du Rhône, la maire PCF de la ville Michèle Picard refuse d’abandonner sa candidature au profit de Taha Bouhafs, journaliste et militant antiraciste investi par la NUPES. Une candidature dissidente très politique. Pour la soutenir, certains militants du PCF n’hésitent ainsi pas à reprendre des éléments de l’offensive lancée par la droite et l’extrême-droite, faisant de Taha Bouhafs un « ennemi de la République » du fait de sa dénonciation du racisme d’Etat.

Ce lundi, les tensions autour de cette candidature ont connu un saut avec la déclaration de Fabien Roussel, secrétaire général du PCF, qui a repris à son compte sur France 2 la rhétorique réactionnaire qui vise à faire passer le journaliste pour un « raciste » et demandé le retrait de son investiture. Une sortie d’un des dirigeants de la NUPES qui rappelle le caractère de cette union de la gauche : un accord entre appareils, noué en quelques jours par en haut, en mettant sous le tapis des désaccords politiques profonds, pour des raisons de survie financières et politiques.

A ces batailles entre les différentes composantes de la NUPES s’ajoute les tensions entre la NUPES et une partie de ceux qui l’ont soutenu. L’accord signé avec le Parti Socialiste est mal passé du côté de militants ouvriers tels que Xavier Mathieu, figure des grèves de l’après-2008 contre les fermetures d’usine. Dans une lettre publiée sur Instagram celui dénonce l’alliance avec un « Parti qui depuis plus de 40 ans n’a cessé de trahir la classe ouvrière » et l’absence de consultation du Parlement de l’Union Populaire auquel il appartenait et dont il a choisi en conséquence de démissionner. Dans le Nord, sur la 19ème circonscription, le militant CGT PSA Cédric Brun, également membre de LFI, a annoncé qu’il voterait pour Lutte Ouvrière après qu’un candidat du PCF, ancien directeur régional d’Eiffage, ait été investi à sa place.

Du côté des quartiers populaires, plusieurs militantes et militants pointent également le peu de cas fait de leurs candidatures suite aux accords d’appareil de la NUPES. Sanaa Saitouli, ex-élue municipale à Cergy et militante associative a vu la circonscription qu’elle visait être attribuée à l’ex-LREM Aurélien Taché, investi par EELV. « On a l’impression qu’on pourrait faire tout ce qu’on veut, nous serons toujours mis de côté. » rapporte-t-elle à Mediapart. Un sentiment qui était très présent ce dimanche à Stains, lors de la deuxième assemblée organisée par le collectif « On s’en mêle ». Créé à l’issue d’une tribune de soutien à Jean-Luc Mélenchon au 1er tour de la présidentielle, ses membres sont nombreux à être amers de l’absence quasi-totale des militants de quartiers populaires dans la distribution des circonscriptions, au profit des accords entre appareils bien intégrés au régime.

Des contradictions révélatrices du projet de la NUPES

Ces premières tensions autour du projet de la NUPES - qui s’expriment sur le terrain de la répartition des circonscriptions, de l’intégration du PS dans l’alliance, des méthodes bureaucratiques au au sein de l’Union Populaire ou encore de la répartition des investitures qui font la part belle aux candidats des appareils aux dépens des travailleurs et figures des quartiers populaires - sont emblématiques de la droitisation du projet de l’Union Populaire incarné par la NUPES. Celle-ci apparaît en effet d’abord et avant tout comme une coalition électorale composite, qui veut être le creuset d’une potentielle recomposition d’une gauche de gouvernement capable d’accéder au pouvoir, quitte à mettre pour cela les enjeux évoqués plus haut sous le tapis.

Une dynamique très distincte de celle du Front Populaire à laquelle la NUPES fait référence régulièrement. Dans les années 1930, cette alliance électorale était en effet le produit d’une impulsion profonde à la base. Celle-ci s’incarnât notamment dans la grève générale du 12 février 1934, mobilisant des millions de travailleuses et travailleurs en réponse aux manifestations des ligues d’extrême-droite du 6 février 1934, et marquée par la jonction dans la rue, à Paris, des cortèges communistes et socialistes. Une dynamique dont le Front Populaire fut une tentative de canalisation électorale déformée - car intégrant en son sein une force profondément liée au régime, le Parti Radical, pour lequel les dirigeants socialistes et communistes modérèrent leur programme – mais rapidement débordée par les grandes grèves de juin 1936 que le Front Populaire cherchera activement à stopper.

Dans le cadre de la NUPES, le projet met aux prises des forces politiques largement dénuées de bases militantes ouvrières et populaires, et sa seule impulsion réside, d’un côté, dans le score réalisé par Jean-Luc Mélenchon qui permet à l’Union Populaire de se poser en force hégémonique à gauche et, de l’autre, dans un réflexe de survie de forces politiques du régime risquant la disparition. Le caractère opportuniste de cette alliance est donc évident, et s’incarne avec une vigueur particulière dans le cas du Parti Socialiste. Celui-ci prétend désormais être dirigé par une nouvelle génération en rupture avec les trahisons du passé, mais ce discours ne résiste pas à l’examen à l’heure où l’accord, impulsé par un dirigeant pur produit du Parti Socialiste néo-libéral comme Faure, a finalement reçu l’approbation d’apparatchiks du PS comme Lionel Jospin (avant d’appuyer la candidate dissidente de la 15ème circonscription de Paris) ou Martine Aubry, quand bien même nombre d’éléphants du PS s’y sont opposés.

La droitisation de la NUPES ne peut qu’accroitre la contradiction entre l’institutionnalisation toujours plus importante et la radicalité ouvrière et populaire, qui s’est exprimée dans les grandes luttes du quinquennat Macron et pourrait être stimulée par l’inflation et la récession actuelle. Comme le note Juan Chingo à propos de la dialectique institutionnalisation/contestation caractéristique du populisme : « cette logique infernale pourrait montrer ses limites lors du prochain quinquennat, où les tendances de l’UP à s’intégrer de plus en plus au niveau institutionnel seront fortes, comme le montre la croissance à venir de sa fraction parlementaire et surtout l’appel de Mélenchon à imposer la cohabitation à Macron. Les tendances de l’UP à coopter les mouvements sociaux et à les subordonner à sa stratégie institutionnelle, ainsi que sa tendance à canaliser et à orienter les mouvements de protestation dans une direction qui a pour objectif de pénétrer les institutions afin de les transformer, seront sévèrement mises à l’épreuve. »

Dans ce cadre, si Mélenchon peut encore revendiquer dans ses discours un « véritable anticapitalisme » ou l’idée qu’on « ne change pas la société sans la participation du peuple », ces vœux pieux pourraient vite se révéler pour ce qu’ils sont : le maquillage peu convaincant d’un projet purement institutionnel, dans lequel la classe ouvrière, la jeunesse et les habitant·e·s de quartiers populaires sont un label et une masse de manœuvre électorale, jamais des sujets actifs dont « l’irruption dans le domaine où se règlent leurs destinées » peut seule répondre aux grands enjeux actuels et éviter la catastrophe.

 
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