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La Izquierda Diario
20 de janvier de 2022 Twitter Faceboock

Secteur aéronautique
Débrayage chez Safran. « Si l’ensemble du secteur converge on sera encore plus fort ! »
Violette Renée

Hier un débrayage a eu lieu sur les différents sites de production et de développement de l’entreprise Safran. Nous avons interrogé deux travailleurs de la CGT qui nous racontent les causes de la grève, les conditions de travail ainsi que les perspectives de la lutte.

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Crédits photo : G. C. / La République des Pyrénées

Pouvez-vous vous présenter ?

Nous sommes Jérome Fichet, élu CSSCT et élu CGT Safran Nacelles, le Havre et Jenny Grandet, secrétaire de la CGT Safran Nacelles, nous travaillons dans la production.

Pourquoi y a-t ’il eut un débrayage très suivi hier ?

Mercredi, en coordination avec l’ensemble des sites du Groupe Safran nous avons fait une heure de débrayage le matin pour protester contre les NAO (Négociations Annuelles Obligatoires) décidées par le groupe. Les propositions de la direction, c’est 3% d’augmentation salaire. Pour les cadres, ce n’est qu’une augmentation individuelle de 2.8%, pas d’augmentation générale, pas d’ancienneté mais 0.2 pour les jeunes. Donc aussi une augmentation de 3%. Nous on n’est pas d’accord du tout, notre proposition était de 5%, 3% d’augmentation générale pour rattraper l’inflation et 2% augmentation individuelle. On voulait 75 euros par mois et eux nous proposent que 30 euros ! La direction est dans une politique permanente de baisse des coûts, « vous coûtez trop cher », « si vous ne voulez pas qu’on aille délocaliser ailleurs » ils nous font du chantage, aussi à la signature : « si vous ne signez les NAO ce n’est pas 3% que vous aurez mais 0.1% en moins ». Les autres organisations syndicales étaient d’accord avec les 3% et sont du côté de la direction…

Le mouvement a bien été suivi ?

Sur l’équipe du matin, plus de 90% des ouvriers étaient mobilisés. Sur l’effectif global on atteint 10%. On a senti une bonne mobilisation chez les ouvriers, d’habitude ils ne sortent pas et là ils sont sortis !

Il y a une colère. Des collèges de l’après-midi sont même venus le matin pour nous soutenir. D’autant que l’aéronautique redémarre après un écrémage de la masse salariale, la hausse des cadences doit se faire beaucoup ressentir ? Airbus a licencié 10 000 personnes à l’international et ils vont ne réembaucher que 6000 personnes. Nous pareil, nous étions 1700 avant la crise et maintenant nous ne sommes plus que 1500. Les cadences augmentent. On a une société au Maroc où pendant la crise Covid ils ont licencié. Aujourd’hui avec le redémarrage ils ont repris des nouveaux, mais ils sont tous en apprentissage ! Du coup, c’est le bazar dans la production et la direction nous demande, nous au Havre, si on ne veut pas aller travailler là-bas pour les aider !

Nous ce que l’on pense, c’est qu’ils ont pris des intérimaires ici pour ensuite les envoyer au Maroc. Au-delà de toutes ces manœuvres, il y a une politique de la peur dans la boîte. Nous subissons beaucoup de pression, on voit une augmentation des risques psychosociaux, beaucoup de personnes sont en difficulté chez nous et c’est directement lié aux conditions de travail. Avec la Covid et la baisse du nombre de salariés, la charge de travail s’est accrue pour tous, la pression est énorme.

D’abord il y a eu le contexte de stress lié à la pandémie et après le coup d’arrêt a renforcé le climat anxiogène car on ne connaissait pas l’avenir de la boite et de notre travail. Mais même avant la Covid, au niveau de la production au Havre, nous avions déjà une pression du lendemain. Nous avons déjà vécu la fin d’un programme de développement avec l’A320 CEO qui s’est arrêté : la nouvelle version était alors fabriquée à 60% au Maroc et 40% chez nous. On sait très bien qu’au Maroc ils font beaucoup plus de marge ! S’il arrive un événement type 737Max, par exemple l’A320 NEO qui se casse la gueule, nous on se casse la gueule aussi car c’est là-dessus qu’on compte. Même dans les bureaux les collègues pensent à ça, ils sont aussi potentiellement en sursis. On nous demande toujours plus de sacrifices, on nous dit qu’on coûte trop cher, que l’ouvrier français coûte trop cher, mais c’est simplement que la direction a intérêt à produire au Maroc pour engranger plus d’argent !

Quelles sont les perspectives du mouvement ?

Lundi il va y avoir une 3ᵉ réunion pour les NAO, ce ne sont plus des négociations, mais la signature. Nous sommes prêts à se remettre en grève dès la semaine prochaine. Le débrayage d’hier était très suivi chez les ouvriers, même chez les ingénieurs et les cadres. Nos collègues demandent que l’on continue, voire à ce que l’on intensifie le mouvement. C’est pour cela que l’on entretient une coordination entre les sites, il y a ce même ressentiment sur tous les sites du groupe Safran, soit une quinzaine. Les salariés sont demandeurs que ça reparte en grève plus dure. On regarde ce que font les camarades de chez Dassault qui poursuivent un mouvement assez dur : plus rien ne sort des lignes de production ! Nous, on commence même à parler d’un mouvement dans tout le secteur de l’aéronautique, on essaie d’accrocher Airbus, Dassault et Thalès.

Un peu comme ce que Gaëtan Gracia avait fait au début de la pandémie. Car il y a toute une colère qui se cristallise aussi autour de la convention de la métallurgie qui harmonise l’ensemble des conventions et bien sûr nous sommes tous perdant car tout a été revu à la baisse ! On pense que, comme Gaëtan, si on se met tous ensemble, si l’ensemble du secteur converge on sera encore plus fort !

 
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