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La Izquierda Diario
14 de janvier de 2022 Twitter Faceboock

L’école n’est pas la garderie du MEDEF !
« Après les annonces de Blanquer, on lâchera rien » : à l’éducation nationale, la colère est toujours là
Nathan Erderof

Après une journée de mobilisation historique ce jeudi du personnel de l’éducation nationale, Blanquer a assuré « avoir compris » les « tenants et aboutissants de la mobilisation ». Derrière les effets rhétoriques, les miettes promises peinent à convaincre et la colère est toujours aussi importante sinon plus sur le terrain où on prépare la suite de la mobilisation. Interviews croisées de personnels de l’éducation et de militants.

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Blanquer change de ton « sans rien changer »

A l’issue d’une journée de mobilisation historique dans l’Education nationale, la plus forte depuis 2003, dos au mur Jean-Michel Blanquer a fait quelques annonces. Le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports et candidat officieux au titre -contesté- de ministre le plus détesté du gouvernement Macron, a pris jeudi soir une posture pénitente inhabituelle, reconnaissant « une journée de forte mobilisation, dont nous avons compris les tenants et les aboutissants » ainsi qu’« une fatigue » sur le terrain. Sur la forme, le ministre promet une meilleure communication. « C’est très important de partager l’information le plus en direct possible » glisse-t-il. Une phrase loin d’être anodine tant il est critiqué sur la méthode depuis le début de la crise et particulièrement depuis deux semaines après avoir annoncé la veille de la rentrée le nouveau protocole au Parisien. Après quatre années d’une politique où tout a été fait pour imposer à l’image du chef de l’Etat une figure jupitérienne, voilà que le ministre, désormais sous la tutelle de Castex, change de ton jusqu’à promettre aux directions syndicales une réunion bimensuelle.

Sur le fond, si après plusieurs heures de discussions avec les organisations syndicales de l’Enseignement, le premier ministre et Jean-Michel Blanquer sont sortis avec des engagements et des promesses pour diviser la communauté éducative et tuer dans l’œuf la mobilisation importante de jeudi, derrière les effets d’annonce rien de bien nouveau, et pas de quoi calmer la colère. Interviewé par nos soins, Mathias assistant d’éducation dans le 94 fulmine « Blanquer n’en a rien à faire de nous depuis le début de la pandémie. Ces annonces sont un pied de nez. Ce ne sont même pas des miettes ». Même son de cloche chez Louis, professeur de philosophie, qui dénonce « une réponse hallucinante et méprisante. Blanquer nous annonce qu’on va continuer à faire tourner la machine sans rien changer et sans moyens supplémentaires pour enseigner correctement ».

Des recrutements insignifiants et précaires

Premier point de controverse. Concernant la question des embauches, une revendication centrale du corps enseignant, le ministre réalise un tour de passe-passe. S’il promet l’embauche de 3 300 contractuels, 1 500 assistants d’éducation et personnels administratifs, une nouvelle fois c’est la précarisation du corps enseignant qui est en marche nous explique Louis. « Pour continuer à faire tourner la machine, une nouvelle fois, on va avoir recours à des contrats précaires. Or précisément, cette précarisation, c’est ce qui fait que l’école s’effondre aujourd’hui ». En faits, comme le note Libération l’ « embauche » de 3300 contractuels pour cinq mois annoncée par Blanquer désigne en réalité des prolongements de contrats jusqu’à la fin de l’année scolaire, pour des personnes déjà en poste. Si on s’amuse à faire un peu de mathématiques, cela représente 0,45% de professeurs en plus à l’échelle nationale. Pas de quoi changer la donne. Avec plus de 10 000 établissements du secondaire en France, l’annonce de l’embauche de 1 500 AED est tout aussi cosmétique. D’autant que Blanquer avait déjà promis le 3 janvier dernier la réquisition d’étudiants et de retraités pour le remplacement des professeurs malades... mesure que les établissements attendent toujours.

Chez les assistants d’éducation, en première ligne face au virus, le constat est identique. Alberta, AED à Toulouse, se dit de son côté « surprise par cette annonce. Recruter 1500 assistants d’éducation sur tous les collèges et lycées de France, c’est très peu et c’est vraiment se moquer de nous au regard du très important manque de moyens. ». « C’est complètement insuffisant. On passe notre temps en sous-effectifs. Depuis la rentrée c’est pire que tout parce que nos bureaux sont devenus des centres de l’ARS. Ce dont nous avons besoin ce sont des investissements massifs, d’AED, de professeurs, mais aussi d’infirmières et d’infirmiers. Dans mon collège, on doit faire nous-même des diagnostiques parce qu’ils ont décidé que trois jours par semaines les élèves ne seraient pas malades. C’est intenable  » réagit à son tour Mathias.

Pour ce qui est enfin du recrutement sur les listes complémentaires pour le premier degré, reste à savoir combien de personnes ayant passé le concours l’année dernière ont attendu que Blanquer les embauche en plein mois de janvier. « Il y a une certitude c’est qu’il faut embaucher plus et avec de meilleurs salaires et des emplois stables et ce à tous les niveaux de l’éducation nationale, des agents de propreté aux professeurs, en passant par les AED, AESH et AP mais ce n’est absolument pas la direction que semble prendre le gouvernement aujourd’hui. Avec ces annonces minimales, ils essayent de canaliser la colère et d’opérer une diversion, mais on est très très loin du compte » nous explique Nathan, assistant pédagogique dans le 93.

Un protocole sanitaire inchangé

Si la propagation ultra rapide de l’épidémie et la gestion chaotique du gouvernement a mis les personnels dans la rue, le gouvernement semble vouloir maintenir le protocole tel quel. « La réalité c’est qu’ils veulent à tout prix faire en sorte que les écoles restent des garderies pour que l’économie puisse continuer à tourner. » nous confie Louis. A propos des capteurs de CO2, qui permettent de mesurer la concentration d’air dans une salle de classe ou une cantine et donc de se rendre compte de l’urgence d’aérer, le ministre, s’il s’est engagé à renforcer le fonds des collectivités, renvoie une nouvelle fois à la « compétence des collectivités locales » pour se décharger d’une quelconque responsabilité.

Au sujet des masques FFP2, largement revendiqués par les personnels de l’éducation nationale, le ministre a promis la diffusion de 5 millions de masques principalement pour les maternelles « et pour les professeurs qui interviennent devant les enfants en situation de handicap, les AESH » sans préciser à quelle échéance. « Les masques c’est un vrai problème. Une nouvelle fois il apparaît que les moyens ne sont pas injectés massivement. Dans mon collège, pour pallier aux manques du gouvernement, ce sont nous les surveillants qui nous cotisons pour acheter des masques aux élèves et pour ne pas renvoyer les élèves chez eux » répond Mathias avant de pointer une situation inchangée pour les personnels du primaire et du secondaire. « Depuis la rentrée on dit que bien évidemment, il n’était pas possible de prévoir la pandémie, mais on pouvait prévoir qu’avec aussi peu de moyens, il allait être impossible de gérer la situation. Malgré un changement de ton, Blanquer veut nous faire poursuivre sur le même terrain miné » conclue Gwenn, professeure des écoles, à Sarcelles.

« Blanquer a la mine déconfite, c’est la preuve qu’il faut continuer la mobilisation »

Au sujet du report du Bac, Lyna lycéenne à Chambéry, note à propos des épreuves de spécialité « que pour l’heure rien n’est décidé. Il n’y a pas d’annonce concrète. De toute façon notre génération elle est en première ligne des réformes de Blanquer, de la casse de l’école. Hier encore, lorsqu’on s’est mobilisés, on a connu une forte répression à Paris et à Nantes, donc on ne pourra se satisfaire de ces effets d’annonce. On veut des protocoles sanitaires et des moyens. ».

Même état d’esprit chez Gwenn qui veut intensifier la « lutte dans la rue. ». « Bien évidemment les miettes de Blanquer sont très largement insatisfaisantes mais ce qui est marquant c’est le changement de ton de notre ministre de tutelle. En réalité c’est la première fois que Blanquer lâche quelque chose. Il y a un mois il refusait de discuter avec les syndicats, aujourd’hui il a la mine déconfite. C’est la preuve qu’il faut continuer à se mobiliser. »

Et de poursuivre en interpellant les directions syndicales « c’est également le rappel que les négociations syndicales sans rapport de force dans la rue ne servent à rien. Aujourd’hui nous sommes déterminés à intensifier notre lutte. Si on se met en reconductible, on peut aller jusqu’à la démission de Blanquer. L’intersyndicale doit se positionner très clairement pour organiser la suite de la mobilisation et le plus rapidement possible ». Il s’agit alors de « battre le fer tant qu’il est chaud » pour maîtriser le calendrier, les revendications et le plan de bataille. Une position plus que jamais d’actualité alors que réunies en intersyndicales, vendredi soir, celles-ci ont décidé de déposer l’arme au pied face à Blanquer en décidant de ne pas appeler à une nouvelle journée de mobilisation la semaine prochaine. Une décision qui saborde le mouvement après une première manche réussie.

Dans cette optique, après la mobilisation historique de jeudi, localement dans plusieurs établissements on commence à s’organiser pour que cette première journée ne soit pas sans lendemain. A Aubervilliers, ce vendredi, plusieurs professeurs ont fait le tour des lycée pour appeler à une assemblée générale inter établissements dès lundi. Marion, enseignante dans le 93 raconte :« on tourne dans différentes écoles, collèges et lycées de la ville, on dépose des tracts dans les salles des profs pour l’AG de lundi ».

Au lycée Delacroix à Drancy, une assemblée générale a eu lieu ce vendredi pour organiser la suite du mouvement. Une prochaine est convoquée lundi. Une professeure explique :« les annonces d’hier ne sont pas du tout suffisantes, ne répondent en rien à la question des moyens, de la nécessité d’un protocole sanitaire. On réfléchit à comment s’organiser entre professeurs mais aussi avec les parents et les élèves. On veut commencer à s’organiser par en bas, parce qu’on est bien conscients que pour aller plus loin il faudra que des assemblées générales se tiennent ». Toutes deux pointent, que si la journée de jeudi a été importante, il faudra multiplier les échéances de ce type encore trop minimales pour gagner sur le fond. Dans la même veine, Mathias raconte :« On cherche des alternatives. On veut des protocoles par en bas faits par les travailleurs. Dans ma vie scolaire on met en place des idées. On cherche à rentrer en contact avec les professeurs pour construire quelque chose. ».

Reste à construire un plan de bataille :« Les collèges sont ulcérés et pas du tout satisfaits de ces miettes. Pour l’instant il y a des journées d’appelées, le 20 en soutien aux AED et le 27 en inter-pro mais ça n’est pas suffisant. Il faut multiplier les assemblées générales et les cadres d’auto-organisation pour nous doter d’un calendrier de lutte conséquent ». Vendredi soir, sur les réseaux sociaux la colère était palpable après l’annonce de l’absence d’une journée de mobilisation avant le 27 janvier prochain -hormis Sud Education qui appelle le 20- par les organisations syndicales de l’éducation nationale. Mais une chose est sûre, la détermination reste intacte. « On lâchera rien » finit par conclure Louis.

 
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