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21 septembre 2001
Catastrophes et risques industriels : 20 ans après l’explosion d’AZF, lutter pour tout changer
Julian Vadis

Il y a 20 ans jour pour jour, l’explosion de l’usine AZF à Toulouse emportait 31 vies et occasionnait plus de 2500 blessés, dont de nombreux handicapés à vie. Alors que ce 21 septembre est marqué par les commémorations de ce qui reste l’incident industriel le plus mortel depuis l’après-guerre en France, les exemples récents de Lubrizol et d’Aubert et Duval soulignent l’urgence d’une alternative politique à la gestion des grands groupes capitalistes.

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Crédits photo : AFP

21 septembre 2001, 10h17 : près de 400 tonnes de nitrate d’ammonium, stockés dans le bâtiment 221 de l’usine AZF à Toulouse explosent, ravageant une partie de la ville et provoquant un séisme de magnitude 3.4. Le bilan est lourd, 31 morts et plus de 2500 blessés pour ce qui reste encore aujourd’hui l’incident industriel le plus mortel en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Les vingt dernières années ont été marquées par nombre de polémiques et de scandales autour de l’ancienne usine chimique, classée « Seveso 2 » (seuil haut) selon la nomenclature de l’époque. Les procès, appels et pourvois en cassation, rythmés par de nombreuses polémiques, se succèdent pour ne déboucher sur rien ou presque. Après d’ultimes recours jusqu’en 2019, la filiale de Total Grand Paroisse est condamnée à une amende de 225 000 € et l’ancien directeur du site à quinze mois de prison avec sursis pour « négligences » et « fautes caractérisées ». Le groupe Total et son ex-PDG sont relaxés et absouts de toute responsabilité en 2012. Le résultat d’une stratégie consciente de la part de la multinationale, qui a joué la carte de l’épuisement des familles de victimes en mobilisant d’importants moyens financiers et en cherchant à étendre au maximum les procédures.

20 ans après, les catastrophes industrielles se poursuivent

A la question « a t-on tiré les enseignements de la catastrophe d’AZF ? », les très nombreux accidents industriels dans le monde ces vingt dernières années, apportant leur lot de morts, d’incidences sur l’environnement et sur la santé des populations, apportent de premiers éléments de réponse. Pour ne se limiter qu’à l’hexagone, on notera l’incendie de l’usine de pesticide de SMB Formulation à Béziers le 27 juin 2005, l’explosion d’un camion à la raffinerie des Flandres près de Dunkerque le 29 janvier 2009 ou bien encore l’explosion d’un silo à grain au quartier du Port du Rhin à Strasbourg le 6 juin 2018, entre autres.

Plus récemment, le cas de l’incendie de l’usine Lubrizol en septembre 2019 près de Rouen avait, légitimement, focalisé l’attention, provoquant la consternation face à une nouvelle catastrophe environnementale et sanitaire. Pourtant, des dysfonctionnements de sécurité grave avaient été repérés dès 2010, lors d’une étude commandée par le Club Maintenance Normandie. Onze jours avant les commémorations de l’explosion d’AZF, l’usine Aubert et Duval de Pamiers, en région toulousaine, a elle aussi pris feu. Là encore, des salariés et syndicats avaient fait remonter à la direction une série de dysfonctionnements, notamment sur la question de l’aspiration au niveau des bains de produits. Or, selon les premiers éléments disponibles, c’est précisément un bac d’acide qui se serait enflammé lors d’un nettoyage sur ce site.

Bien loin d’une prise de conscience généralisée, les 20 ans qui ont suivis la catastrophe d’AZF ont été marquées par le développement de politiques visant à réduire les coûts, maximiser les profits et ce au détriment de la sécurité sur les sites à risques. En premier lieu avec le recours massif à la sous-traitance d’activités, dégradant les conditions de travail et de sécurité. « Sur 220 000 travailleurs du nucléaire, 160 000 sont salariés dans des entreprises privées sous-traitante » nous dévoilait ainsi Gilles Reynaud salarié du nucléaire chez Orano sur le site du Tricastin lors d’une interview à Révolution Permanente. « Pour beaucoup d’employeur, la priorité c’est le coût du travail. On ne regarde plus la technique, la capacité, la culture que peuvent avoir les gens. La culture sécurité, la culture sûreté. Donc derrière c’est du nucléaire low-cost. Une industrie qui devient comme une autre sauf qu’il y a des risques pour nous qui sommes en première ligne et pour les populations » expliquait-t-il.

Prendre nos affaires en main : le rôle du mouvement ouvrier

A ces recours de plus en plus poussés à la sous-traitance s’ajoutent les politiques de casse d’acquis importants du mouvement ouvrier, et particulièrement de la suppression des CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) dont les prérogatives ont été transférées au nouveau CSE (comité social et économique) en 2020. La principale conséquence de ce changement est un poids plus important du patronat sur ces questions, et en creux le renforcement du primat des logiques de rentabilité sur les questions de sécurité.

Pourtant, ces dégradations progressives des conditions de travail et de sécurité sont tout sauf une fatalité. L’exemple de la grève des raffineurs de Grandpuits en Seine-et-Marne est de ce point de vue éclairant. Aux revendications traditionnelles de maintien de l’emploi, les Grandpuits ont inclus à la fois des revendications sur les questions environnementales, mais aussi placé au cœur de leur lutte la question de la sécurité au travail. Dans une interview, Adrien Cornet, militant à la CGT Grandpuits et à Révolution Permanente, explique ainsi que les travailleurs ont « travaillé à convaincre de la revendication en défense de l’emploi, en insistant sur le fait que lutter sur ce plan était non seulement un enjeu de sécurité et de conditions de travail, mais aussi une question de souci de l’autre, des nouvelles générations qui demain vont se trouver dans la précarité en Seine-et-Marne si la raffinerie ferme ». Pour ce faire, les grévistes se sont organisés en comité de grève non seulement « pour discuter des actions » mais aussi sur « la situation dans l’usine, les travaux de sécurité qu’on décidait d’effectuer. Dans une raffinerie en grève, du fait de la spécificité du secteur, on est obligés de continuer à être présents sur le site, en grande partie pour assurer la sécurité du site, des travailleurs et des populations des alentours ».

Actuellement, les grèves dans l’usine de Toray, près de Toulouse, dénonçant les risques industriels induit par la politique de la direction, ou bien encore des raffineurs de Total au Havre contre la vente d’une unité de la raffinerie de Normandie à Air Liquide risquant d’entraîner une dégradation des conditions de travail et un manque de sécurité sur le site vont dans le même sens : celui d’une intégration de ces thématiques comme point central de luttes dans des secteurs industriels dangereux.

L’urgence d’un programme révolutionnaire ! Pour la nationalisation des entreprises sous contrôle des travailleurs

Face à l’ampleur des enjeux environnementaux et concernant la sécurité des travailleurs et des populations, la commémoration des 20 ans de la catastrophe d’AZF soulignent l’urgence d’une alternative révolutionnaire liant les questions sociales, politiques et écologiques s’opposant à la logique capitaliste visant à toujours plus de profits.

En 2001 déjà, le recours à la sous-traitance avait joué un rôle prépondérant dans la catastrophe d’AZF. A ce titre, la première des revendications doit être l’interdiction de la sous-traitance dans l’ensemble des filières industrielles dangereuses. Une mesure qui ne peut s’accompagner que par l’internalisation au sein d’entreprises publiques de l’ensemble des travailleurs de la sous-traitance, avec la mise en place de l’interdiction des contrats précaires (CDD, Intérim) pour des embauches en CDI et la régularisation des travailleurs sans-papiers.

En second lieu, il est indispensable d’exiger la mise en place de comité ouvriers indépendants des directions patronales, rassemblant syndiqués et non-syndiqués, bénéficiant d’un droit de regard plein et entier et dont les prérogatives sont plus élargies que celles des anciens CHSCT. Une mesure de contrôle de la production par la base qui apparaît d’autant plus indispensable à mesure que s’accumulent les catastrophes industrielles laissant transparaitre des problèmes de négligences, voire de non-prise en compte d’alertes lancés par les salariés et leurs organisations sur ces questions.

En parallèle, il est indispensable que les mesures d’interdiction de la sous-traitance et d’internalisation des travailleurs sous-traitant s’accompagne d’un plan d’embauche à la hauteur des besoins afin d’assurer des productions moins polluantes et en toute sécurité, pour les travailleurs et les populations, tout en luttant contre le fléau du chômage.

Enfin, il est indispensable que l’ensemble des entreprises des filières polluantes et dangereuses soient expropriées et nationalisées sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes afin de mettre nos santés à l’abri des ambitions voraces et des logiques d’accumulations sans limites des profits des capitalistes. C’est bien parce que la lutte écologique ne peut être qu’anticapitaliste et révolutionnaire que nous défendrons ce programme dans la rue et jusque dans les élections présidentielles avec la candidature d’Anasse Kazib.

 
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