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La Izquierda Diario
1er de juin de 2021 Twitter Faceboock

Entre la peste et le choléra
Crise politique en Israël. Une coalition menée par l’extrême droite cherche à dégager Netanyahou
Pepe Balanyà

La crise politique ouverte par les mobilisations massives et unifiées du peuple palestinien ont poussé à bout le régime israélien dirigé par le Likoud. Naftali Benett (extrême droite) et Yaïr Lapid (centre droit) ont annoncé avoir constituée une coalition dimanche dernier.

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Face à la possibilité d’une cinquième élection en Israël et après deux ans et demi de crise politique, tout semble indiquer que Benjamin Netanyahu, après treize ans à la tête de l’état d’Israël, sera remplacé par une coalition politique très hétérogène. En effet bien que Netanyahu ait essayé de regagner de la popularité avec l’offensive récente contre Gaza et la population palestinien, ce dimanche 30 mai le leader d’extrême-droite Naftali Benett a accepté de faire partie d’une coalition gouvernementale avec le leader de centre-droit Yair Lapid.

La coalition que préparent Bennett et Lapid, appelée « Gouvernement du changement », comprendrait des partis de droite et d’extrême droite (le mouvement Yamina, Yisrael Beytenu et Nouvel espoir), des partis centristes (Yesh Atid, la coalition Bleu et Blanc) et les travaillistes (Meretz). En outre, il bénéficierait du soutien indirect de la Liste Arabe Unie, dont les partis ont accepté de ne pas voter contre Bennett. Un acte véritablement répugnant, quelques semaines après les bombardements sanglants de Gaza et la répression en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et alors même que l’opération de répression du peuple palestinien en lutte suit son cours.

L’objectif commun qui réunit ces organisations si diverses c’est leur volonté d’éviter une cinquième élection, remplacer la figure de Netanyahu (fortement dégradé après ses politiques néolibérales et les cas de corruption) et essayer de fermer la crise politique qui traverse le régime depuis deux ans et demi. Si dans l’immédiat, ce remplacement peut donner l’illusion d’une résolution de la crise en se débarrassant de « Bibi » l’hétérogénéité de la coalition ainsi que sa faible base sociale (les sept partis qui constituent la coalition ont la majorité juste pour élire un premier ministre) risque de montrer ses limites plus tôt que tard. Comme l’explique le journal espagnol El Pais : « S’ils forgent finalement le nouveau gouvernement d’unité et réussissent à mettre fin à l’ère Netanyahou, la coalition devra faire face à la faiblesse qui découle de sa propre diversité. ». Et ajoute : « Les analystes politiques de la presse israélien ne prévoient pas que cela durera longtemps. ».

A la faiblesse de cette transition politique s’ajoutent les contradictions que l’action du nouveau gouvernement pourrait approfondir. Si d’un côté les forces de gauche comme les travaillistes essayent de faire croire que leur présence dans la coalition pourrait marquer une partie de l’agenda du nouveau gouvernement, le leader d’extrême-droite Naftali Bennet a pris soin d’annoncer les couleurs d’un éventuel nouvel exécutif : « Nous avons des lignes rouges et nous ne les franchirons pas. Nous ne céderons pas de territoire et ne porterons pas atteinte à l’identité juive de l’État d’Israël. ». Ajoutons de plus que bien que Yaïr Lapid, mandaté à la construction de cette coalition, fasse preuve d’un discours profondément réactionnaire quant à la nécessité d’un renforcement militaire et policier de l’Etat colonial israélien, il fait pâle figure face à un intégriste religieux comme Benett. Ce dernier avait notamment, en début de mai dernier, organisé des groupes de colons visant à attaquer les habitants du quartier de Sheikh Jarrah en visant à leur expulsion de Jérusalem, dans la droite lignée de la politique de la judéisation de la ville prônée par Netanyahou. L’homme, qui a été ministre de l’éducation puis la Défense pour le 4ème gouvernement Netanyahou, avait notamment déclaré en 2013 n’avoir « aucun problème » à tuer des arabes.

"J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie. Et il n’y a aucun problème avec ça".

Ainsi le nouveau « Gouvernement du changement » s’inscrirait sans faille dans la continuité de la politique répressive initié après le cessé le feu avec l’opération « Law and Order ».

En effet si le cessé le feu entre l’Israël et le Hamas était guidé avant tout par une crainte de voir se consolider les tendances à l’unité entre palestiniens, la convergence avec des secteurs de la population israélien et une extension des mobilisations dans la région, l’opération répressive et policière « Law and Order » vise à reprendre la main sur le front interne. Comme l’expliquait Majd Kayyal, écrivain et journaliste d’Haïfa : « Les forces d’oppression israéliennes essaient de restaurer leur autorité par la violence et les prisons en détruisant la vie de nos jeunes. ». le journaliste ajoutait : « La presse en hébreu explique que la police a été « choquée » par le soulèvement populaire et qu’elle essaie maintenant de restaurer une « force de dissuasion », c’est-à-dire qu’elle souhaite afficher puis exercer sa violence et sa brutalité afin de nous ramener à la peur et la soumission, de nous terroriser de nouveau, de nous empêcher de sortir dans la rue, et que nous ne lancions pas de nouvel appel à l’unité palestinienne. Après l’arrestation dans les territoires de 1948 de plus de 1 500 jeunes femmes et hommes ces deux dernières semaines, le ministère de l’intérieur a annoncé le 21 mai (en même temps que le « cessez-le-feu »), une campagne intitulée « Law and Order ». ».

Ainsi malgré les tentatives de « pacifier » le terrain avec le cesse le feu, la continuation de la politique répressive à l’égard de la jeunesse palestinien qui a été à la tête des luttes récentes pourrait approfondir notamment la crise de la Liste Arabe Unie mais aussi des partis palestiniens comme l’ANP déjà fortement affaiblis par sa collaboration avec l’Israël et les Etats-Unis. La collaboration ou le soutien passif à Naftali Bennet qui défend l’annexion à Israël des colonies dans les territoires occupés et qui a été parmi les initiateurs des manifestations d’extrême droite devant Al-Aqsa ou encore l’envoie de colons à Sheik Jarrah pourrait approfondir la méfiance vis-à-vis des directions politiques traditionnels et favoriser la résurgence de la résistance des masses palestiniennes.

 
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