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La Izquierda Diario
2 de avril de 2021 Twitter Faceboock

OFFENSIVE RÉACTIONNAIRE
« Amendement UNEF » : un texte raciste et anti-démocratique voté sans opposition à gauche au Sénat
Nora Pardi
Irena Mathilde

Ce jeudi, le Sénat a adopté un amendement à l’initiative du groupe LR permettant la dissolution des associations organisant des réunions en non-mixité contre le racisme. Une nouvelle attaque raciste contre les droits démocratiques, face à laquelle aucun sénateur de gauche ne s’est opposé.

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Crédits photo : Charles Platiau/AFP

Ce jeudi, dans le cadre du débat parlementaire autour de la loi séparatisme, le Sénat a adopté l’« amendement UNEF » permettant la dissolution par un décret en conseil des ministres des associations organisant des réunions non-mixtes racisées. Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier a expliqué que l’objectif était de cibler « les journées non mixtes interdites aux blancs » et les réunions « interdites aux blancs organisées par l’UNEF ». Cet amendement présenté à grand renfort de fantasmes et de rhétorique réactionnaire contre un « racisme anti-blanc » et un « séparatisme » prévoit de dissoudre les organisations « qui interdisent à une personne ou un groupe de personnes à raison de leur couleur, leur origine ou leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou religion déterminée de participer à une réunion ».

« L’amendement UNEF » : une attaque contre le mouvement anti-raciste et les droits démocratiques

L’adoption de cet amendement réactionnaire s’inscrit dans la droite lignée de la politique réactionnaire et raciste du gouvernement qui instrumentalise l’émotion légitime suscitée par l’assassinat de Samuel Paty pour mener une offensive islamophobe et autoritaire. Depuis, si les populations musulmanes ou présumées comme telles ainsi que les organisations anti-racistes sont les premières ciblées, l’offensive pour la dissolution de l’UNEF montre que les procès en « islamo-gauchisme » et « racisme anti-blanc » fleurissent et visent pêle-mêle les organisations de gauche et d’extrême-gauche, liées de près ou de loin au mouvement ouvrier et au mouvement étudiant.

Cette offensive rondement menée par la macronie sur le terrain du Rassemblement National – avec 2022 en vue – et incarnée par la loi islamophobe contre le séparatisme rebaptisée « loi confortant les principes républicains », a encouragé une banalisation de la parole raciste et permet à la droite et l’extrême-droite de faire valoir les revendications les plus réactionnaires de manière décomplexée. Car c’est en effet dans ce sillage que les sénateurs de droite ont amendé cette loi pour interdire le port du voile aux mères accompagnatrices lors des sorties scolaires, les burkinis dans les piscines publiques et le port de signes religieux par des mineurs, visant expressément les populations de confessions musulmanes ; avant de proposer ce jeudi « l’amendement UNEF » dans la continuité de l’offensive réactionnaire contre le syndicat étudiant, accusé de racisme « anti-blanc » et de « séparatisme » parce qu’il organise des réunions internes en non-mixité, ouvertes aux seules personnes victimes de racisme.

Alors que la pratique des réunions non-mixtes est répandue dans les organisations de gauche en ce qu’elle peut permettre de libérer la parole des victimes d’oppressions racistes ou sexistes, cette attaque vise donc d’abord à invisibiliser le racisme d’État qui structure la société capitaliste et produit par exemple les discriminations d’accès au logement et au travail en fonction de l’origine ou de la couleur de peau, ou encore les violences policières dans les quartiers populaires contre des jeunes majoritairement issus de l’immigration. Elle s’inscrit dans le cadre de la réaction au mouvement anti-raciste et contre les violences policières qui politise de larges franges de la jeunesse, à l’instar des jeunes descendus manifester à l’appel du Comité Adama en juin dernier. C’était déjà le cas lorsque Frédérique Vidal s’en était pris à l’UNEF, lorsque la section grenobloise du syndicat étudiant avait dénoncé des professeurs de Science-Po Grenoble ayant tenu des propos islamophobes. La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche avait alors accusé l’UNEF d’« appeler au meurtre » arguant que « traiter quelqu’un d’islamophobe peut le tuer », dans une tentative grossière d’instrumentaliser le drame survenu quelques mois plus tôt à Conflans-Sainte-Honorine.

D’autre part la perspective de légiférer pour donner au gouvernement et à l’État la possibilité de décider sous quelles conditions les organisations anti-racistes, de gauche et d’extrême-gauche auraient le droit de d’organiser des réunions est l’aboutissement du projet anti-démocratique, liberticide et autoritaire déjà en marche avec la Loi Sécurité Globale. Tandis que Christophe Castaner, ex-ministre de l’Intérieur et chef de la majorité parlementaire, réclamait « des moyens judiciaires » contre l’UNEF, Jean-Michel Blanquer qualifiait carrément le syndicat de mener « vers des choses qui ressemblent au fascisme », et affirmait souhaiter « des évolutions législatives » pour rendre « illégal » le fait d’organiser des « réunions en réalité racistes ». Un projet de longue date pour le ministre de l’Education Nationale qui, déjà en 2017, avait attaqué en justice le syndicat Sud Educ 93 pour « diffamation » lorsque ce dernier avait expliqué organiser des réunions en non-mixité pour lutter contre le racisme d’État. Avec l’amendement proposé par les sénateurs LR et adopté ce jeudi au Sénat, l’offensive raciste et autoritaire fait donc un nouveau saut et permettrait au gouvernement, si le vote est confirmé à l’Assemblée Nationale, de dissoudre des organisations anti-racistes, du mouvement ouvrier et de la jeunesse.

Entre adhésion et abstention : les sénateurs de gauche valident l’amendement réactionnaire de la droite

Dans les rangs de la gauche parlementaire, du PS au PCF en passant par EELV, aucun sénateur n’a voté contre cet amendement scélérat. Seule la France Insoumise – qui ne compte aucun sénateur – s’est prononcée contre le texte. Jean-Luc Mélenchon a ainsi fustigé un « vote honteux » et le député Eric Coquerel a tweeté, qualifiant d’« abjecte » l’attitude des sénateurs de gauche.

Et pour cause, le sénateur PS Patrick Kanner a affirmé que son groupe « votera cet amendement, sans toutefois adhérer à son objet » (sic). Un fier service rendu au projet liberticide et raciste promu par le gouvernement, la droite et l’extrême-droite, que n’a pas manqué de remarquer le sénateur LR Max Brisson, qui a même remercié les sénateurs PS d’avoir « ramené cette partie de l’hémicycle à des traditions que nous avons en commun et qui sont républicaines ».

La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann de la Gauche Républicaine et Socialiste a également appuyé le texte, expliquant que « la République ne peut accepter aucune racialisation ». Une justification qui reprend exactement le discours du gouvernement et de la droite, qui se farde d’universalime défend « l’indivisibilité républicaine » pour invisibiliser le racisme et justifier une attaque inédite.

Au sein du groupe écologiste, Public Sénat relate que si la sénatrice issue de Génération·s Sophie Taillé-Poliana a commencé par s’opposer à l’amendement, elle a finalement... voté pour, expliquant que : « malgré toutes les polémiques, j’ai compris que nous étions d’accord ».

Enfin, pour ce qui est du PCF, la sénatrice Céline Brulin a voté l’amendement, en argumentant contre la non-mixité au prétexte que « le racisme on le combat tous ensemble ».

Du côté des abstentionnistes, deux sons de cloche se rejoignent. D’un côté le sénateur PCF Pascal Savoldelli raconte qu’il était prêt à donner son vote à la condition hypocrite de retirer « toute référence à la race ». De l’autre, la sénatrice EELV Esther Benbassa qui explique sa propre capitulation : « Il y a eu une énorme pression à l’intérieur du Sénat. [...] Et puis nous n’étions pas nombreux à batailler dans l’hémicycle, la moitié du groupe était cas contact au Covid. »

En somme, l’attitude des sénateurs de gauche revient au mieux à la passivité, et au pire à l’adhésion à cet amendement réactionnaire. Plus encore, cette attitude a permis de faire passer le gouvernement pour mesuré, Marlène Schiappa ayant déclaré : « je ne suis toujours pas convaincue de la constitutionnalité de l’amendement, dont je partage néanmoins l’objectif ». Grâce aux votes des sénateurs de gauche, elle aura pu jouer la carte de la modération alors qu’elle et son gouvernement sont directement responsable de cette offensive.

Face à l’offensive réactionnaire, à la collaboration et la capitulation de la gauche institutionnelle, il faut construire la riposte dans la rue !

Par l’adoption de cet amendement, le Sénat – institution même pas élue au suffrage universel – montre encore une fois son caractère profondément anti-démocratique. Ce texte constituant une menace pour toutes les organisations de gauche, il s’agit donc de soutenir inconditionnellement l’UNEF et de dénoncer les fondements politiques de cette offensive réactionnaire. Alors que le gouvernement prétend endosser le rôle de rempart face à Marine Le Pen et l’extrême-droite, il est clair que c’est lui qui encourage aujourd’hui de telles attaques. La dissolution de Génération Identitaire apparaît ainsi pour ce qu’elle est : donner un gage au centre-gauche pour mieux s’en prendre aux organisations du mouvement ouvrier, anti-racistes et de la jeunesse. Comme nous l’écrivions lors de la dissolution du groupuscule d’extrême-droite : « non que ces organisations ne soient dangereuses mais parce que toutes les mesures de l’État se retourneront plus violemment encore contre notre propre camp, dès lors que nous relèverons la tête. L’État ne lutte pas en réalité contre les idées nauséabondes et racistes de Génération Identitaire mais seulement contre ses propensions à coloniser ses propres prérogatives ».

En reprenant à leur compte la lutte contre le racisme, le gouvernement, la droite et l’extrême-droite attaquent la capacité des étudiants et plus généralement des opprimées à s’organiser et constituent donc une attaque contre nos droits démocratiques. Face à cette attaque d’ampleur, il s’agit, pour l’ensemble des forces politiques, syndicales et associatives progressistes, de refuser de s’aligner sur la politique raciste et liberticide du gouvernement et de se mobiliser pour le retrait total du projet de loi séparatisme. En ce sens, toutes les organisations se réclamant d’une véritable lutte anti-raciste et pour la défense des droits démocratiques doivent s’atteler à la construction d’une réponse dans la rue, en mobilisant les secteurs du monde du travail, de la jeunesse et du mouvement anti-raciste qui ont émergé lors des derniers épisodes de lutte des classes.

 
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