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23 de février de 2021 Twitter Faceboock

Scandale. Le conseiller sanitaire d’Olivier Véran rejoint le gestionnaire privé d’Ehpad Korian
Lili Krib

Alors que le nombre de contaminations liées au Covid explose, Grégory Emery, conseiller sécurité sanitaire d’Olivier Véran, quitte dans quelques jours le ministère de la santé pour rejoindre le géant européen gestionnaire d’Ehpads Korian, symbole de la privatisation de la santé et au coeur de nombreux scandales sanitaires depuis le début de l’épidémie.

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Le 15 février dernier, Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé, signait un arrêté annonçant la cessation de fonction, à compter du 1er mars, du conseiller sécurité sanitaire de son cabinet, Grégory Emery. Le site d’information sur la santé du groupe APM international, Gerontonews, rapportait le 18 février que ce dernier « devrait bientôt rejoindre le groupe commercial d’Ehpad Korian en tant que directeur des affaires publiques ». Une annonce que Grégory Emery n’a pas souhaité confirmer et que Korian « a déclaré ne pouvoir « ni confirmer ni démentir » ».

Alors que le nombre de contaminations liées au Covid-19 flambent ces dernières semaines - poussant le gouvernement à mettre en place de nouvelles mesures de restrictions sanitaires telles qu’un confinement partiel le week-end dans les Alpes-Maritimes - et que l’hôpital public, asphyxié par le manque de moyens, voit ses soignants contraints de continuer à travailler dans des conditions indignes et précaires, le conseiller sécurité sanitaire du ministère des solidarités et de la santé pantoufle dans le privé.

Korian, géant privé au coeur de nombreux scandales sanitaires

Korian, gestionnaire d’Ehpad, cliniques, services et résidences de santé spécialisés, et coté en bourse, est le premier opérateur privé européen des maisons de retraite : en 2019, son chiffre d’affaires s’élevait à 3,6 milliards d’euros. Le groupe, appartenant au secteur privé commercial, a fait l’objet de nombreux scandales. Ceux-ci se sont multipliés au cours de la crise sanitaire, dont la gestion au sein de ses établissements s’est révélée catastrophique.

En mars et avril 2020, l’Ehpad de la Riviera à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, était visé par deux plaintes, déposées par les familles de résidents morts du Covid-19 : l’une pour mise en danger de la vie d’autrui, l’autre pour homicide involontaire. Leur avocat, Me Fabien Arakelian, développait alors dans le Parisien : « Les préconisations de l’Agence régionale de santé n’ont pas été suivies, les gestes barrière n’étaient pas respectés, les équipements de protection n’avaient pas été mis à disposition des soignants, encore moins des résidents, l’aide proposée par le CHU a été simplement ignorée ». Des familles de défunts de divers Ehpad du groupe avaient aussi dénoncé avoir été tenus sans nouvelles quant aux symptômes, contaminations, voire derniers jours de vie, décès et premières conditions de funérailles de leurs proches. En réaction et pour faire taire ces révélations, Korian avait alors mis en place une stratégie d’intimidation, illustrée notamment à l’Ehpad Bel-Ait de Clamart où, selon Médiapart, « deux proches de personnes décédées [avaient] reçu des courriers menaçants de la part d’un cabinet d’avocats parisien missionné par la directrice de l’établissement, pour s’être permis de critiquer publiquement la manière dont Korian avait géré l’épidémie ».

Une autre affaire avait fait éclat en avril 2020. Korian, qui souhaitait mettre un place « la distribution d’un dividende de 0,66 euro par action » à ses actionnaires - « soit un montant global de 374 220 euros » -, avait dû faire marche arrière suite au tollé général provoqué, à un moment où « la France comptait ses morts », par la mise en lumière du projet dans un article de l’Obs.

Énième pantouflage d’un haut fonctionnaire de l’administration publique

Le départ de Grégory Emery de son poste de conseiller ministériel de sécurité sanitaire pour rejoindre le géant des Ehpad, symbole de la privatisation du secteur de la santé, est une fois encore une insulte de la part du gouvernement envers les soignants d’un hôpital public sous tension et privé de moyens, en première ligne de l’épidémie de Covid-19 depuis presque un an. Mais ce pantouflage n’est pas un cas isolé. Il montre encore une fois que l’Etat est au service du grand patronat. Nombre de hauts fonctionnaires de l’administration publique, à commencer par la directrice générale de Korian, Sophie Boissard, ex-directrice adjointe de cabinet de Christine Lagarde au ministère des finances, se sont montrés prêts à tout pour faire plus de profits, misant sur la précarisation des travailleurs.

La connivence d’intérêts entre l’Etat et le grand patronat, y compris du secteur de la santé, démontre qu’une solution à la hauteur de la crise sanitaire ne peut venir ni du gouvernement ni se faire sans toucher aux intérêts des grands groupes capitalistes qui s’enrichissent sur le dos des salariés et de notre santé. Pour en finir avec les conséquences des décennies de politiques austéritaires qui ont asphyxié les services publics, il faut se battre pour un investissement massif financé par les grandes fortunes. Dans le même sens, si on veut que toutes les ressources existantes soient mises au service de la résolution de la crise sanitaire et non à l’enrichissement personnel d’une poignée de patrons, il faut réunifier sous un seul pôle public les services de soins privés et les mettre sous contrôle de ses propres travailleurs.

 
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