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20 de janvier de 2021 Twitter Faceboock

Éducation Nationale
« Nous ne sommes pas vos pions » : les AED en grève contre la précarité dans les collèges et lycées
Tifenn Marin
Lucy Red

« Vies scolaires mortes » et assistants d’éducation en grève, ce mardi les « petites mains » de l’Éducation Nationale se sont mobilisés dans de nombreux établissements pour revendiquer des embauches, des salaires et protester contre leur statut précaire. Une mobilisation qui exprime la colère d’un secteur de jeunes travailleurs précaires face à la crise.

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Ce mardi 19 janvier, les assistants d’éducation (AED) se sont mis en grève dans de nombreux établissements, avec des centaines de « vies scolaires mortes » (100% de grévistes) à l’appel de la CGT. Une nouvelle grève, après un sursaut le 1er décembre dernier marqué par la combativité dans un secteur qui ne s’était plus mobilisé en propre depuis plusieurs années, afin de demander des moyens, des embauches et un vrai statut. Car si le métier était déjà précaire – contrat d’un an renouvelable six fois – la pandémie n’a fait qu’augmenter la charge de travail pour ces travailleurs en première ligne de la crise.

La crise sanitaire cristallise la colère

En cette période de pandémie, l’Éducation Nationale est un des secteurs les plus touchés par la crise. Et parmi les travailleurs de l’éducation, les surveillants (AED) sont en première ligne, au contact direct et permanent des élèves, ils sont aux cœurs du brassage et donc aux cœurs des risques de contamination.

C’est avec le slogan « nous ne sommes plus vos pions », que les AED s’étaient mobilisés le 1er décembre 2020 mettant en avant leur rôle de couteaux-suisse dans les établissements, jouant le rôle à la fois de psychologue, de médiateur, d’aide aux devoirs et de surveillant. En effet les AED souvent peu reconnu pour leur travail font face en cette période de crise à une recrudescence des tâches à effectuer, déjà conséquentes, avec la mise en place des protocoles sanitaires dans les collèges et lycées. Si les raisons de la colère ne sont pas récentes, elles se sont approfondies ces dernières années avec la modification des statuts et des missions des AED, mais également avec les politiques de casse de l’éducation et du service public. En effet, les gouvernements se succèdent et ne cessent de précariser, réduire les budgets et supprimer des postes dans de nombreux secteurs comme l’Éducation Nationale ou encore la santé.

Par ailleurs, le ministre Jean-Michel Blanquer continue le déni en affirmant ce mardi sur FranceInfo avoir « limité l’explosion de la contagion à l’école », alors que le gouvernement n’a cessé de montrer son mépris vis-à-vis des personnels de l’éducation en témoignant d’une méconnaissance de la réalité sanitaire dans les écoles, allant jusqu’à affirmer fin décembre qu’il n’y avait pas de « contamination particulière dans les écoles ». En effet, alors que les personnels et les élèves se mobilisaient en novembre dernier pour dénoncer l’absence de protocole sanitaire concret et efficace, la seule réponse du gouvernement aura été la répression et l’absence de mesure à la hauteur près d’un an après le début de l’épidémie de coronavirus. Le but du gouvernement est ainsi de maintenir les écoles ouvertes coûte que coûte au détriment de la santé des personnels, des élèves et de leurs familles et par souci pour le maintien de l’économie et des profits du grand patronat, avec des écoles qui jouent le rôle de « garderie du MEDEF ».

Rappelons notamment que depuis le mois de mars 2020, des plans de relance à coup de milliards d’euros d’argent public sont versés aux grandes entreprises par le gouvernement, pendant que les personnels de la santé et de l’éducation se trouvent en première ligne, sans moyens pour faire face à une situation sanitaire grave !

L’offensive islamophobe du gouvernement au cœur des établissements scolaire

Depuis le terrible assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géo au collège de Conflans-Sainte-Honorine, le gouvernement n’a cessé d’instrumentaliser ce drame pour justifier sa politique islamophobe. Certaines académies avaient alors ouvertement appelé les travailleurs de l’Education Nationale à « signaler » à la préfecture de police les élèves au comportement jugé « suspect » lors de l’hommage à Samuel Paty. Un appel à « la chasse aux sorcières », dans la droite lignée de la politique raciste et islamophobe du gouvernement.

Ainsi les assistants d’éducation sont aux cœurs de l’application de ces mesures répressives concernant les élèves des collèges et lycées, comme ils sont obligés, depuis la loi de 2004, de demander aux élèves voilés de retirer leur foulard à l’entrée des établissements. En plus de la gestion de la crise sanitaire et l’application du plan Vigipirate, on impose au AED d’assurer un encadrement répressif des élèves : vérification d’identité, fouille des sacs à l’entré, vérification du port du masque. En d’autres termes, l’aspect éducatif et pédagogique (déjà faible jusqu’ici) de leurs missions a quasiment disparu au profit de tâches répressives, relais du quotidien vécu par les élèves des quartiers populaires.

Ces éléments n’ont fait que renforcer la colère des AED qui lors de la journée de grève du 1er décembre exprimaient la volonté de ne plus être les petites mains répressives et sanitaires de l’éducation à travers le slogan « nous ne sommes pas vos pions ».

La jeunesse qui relève la tête

Le métier d’assistant d’éducation est majoritairement composé de jeunes. Le fait que les revendications du mouvement soient la revalorisation du statut des AED en CDI, des embauches massives et des moyens n’est pas anodins en cette période de crise sanitaire et économique. Ce que révèle aujourd’hui la détermination d’un secteur précaire comme celui des assistants d’éducation, c’est le ras-le-bol de la précarité et du rôle de petites mains du secteur de l’éducation qui n’a fait qu’être attaqué par les gouvernements successifs, réduisant les moyens et les postes.

Si la mobilisation du 1er décembre ainsi que celle de ce mardi 19 janvier est particulièrement radicale et spontanée, c’est aussi parce qu’il s’agit d’un secteur qui se mobilise rarement en propre de part le coût que représente une journée de grève. Quand on gagne moins d’un SMIC, une journée de grève signifie une perte conséquente sur le salaire. La question du plan de bataille est alors primordiale, si la grève du 1er décembre a été particulièrement suivie, cette journée du 19 janvier l’est moins à cause de l’éparpillement des dates : un autre appel est lancé pour le 25, et encore un autre pour le 26 avec les profs et l’ensemble des salariés de l’Éducation Nationale. Une division des dates qui ne permet pas de taper sur le même clou au même moment pour construire le rapport de force à même de faire plier le gouvernement.

En ce sens, il est primordiale de développer les cadres d’auto-organisation et la coordination des assistants d’éducation ainsi que de l’ensemble des travailleurs de l’éducation. De même, il est nécessaire que les directions syndicales mettent sur pied un véritable plan de bataille, en commençant par appelé à une date nationale qui permette une action unifiée. Ce n’est qu’à ce prix que la colère qui s’exprime dans ce secteur précaire de l’éducation et de la jeunesse face à la crise sanitaire et économique, puisse se transformer en victoire face au gouvernement.

 
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