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La Izquierda Diario
20 de janvier de 2021 Twitter Faceboock

Entretien
En grève pour l’emploi : « SKF a reçu 800 000 euros de subventions de l’État avant de nous virer »

SKF est une entreprise spécialisée dans les roulements à billes pour l’industrie automobile. Alors que le groupe a battu des records de résultats en 2020 (13,3% de rentabilité les trois premiers trimestre), la direction prévoit de supprimer 400 emplois et de fermer l’usine d’Avallon (Yonne) où sont employés 141 salariés. Entretien avec Lhoussaine Amchi, syndicaliste FO sur le site d’Avallon, en grève pour l’emploi.

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Crédits photo : Page facebook Sauvons RKS SKF Avallon.

Révolution Permanente : Peux-tu revenir sur le contenu du PSE ?

Lhoussaine Amchi : Pour comprendre notre situation il faut revenir en 2019, lorsque le journal Challenges avait publié des informations annonçant une restructuration sur les sites d’Avallon et Montigny-le-Bretonneux. Donc on s’est renseigné et on a réussi à obtenir des informations datant de 2016 sur un futur PSE, que la direction nous cachait. Suite à quoi on a fait trois jours de grève pour demander le maintien de l’emploi sur 36 mois. La direction a démenti tout en négociant pour que l’accord sur le maintien de l’emploi soit abaissé à 24 mois et en nous prenant nos acquis sociaux (RTT, heures supplémentaires, etc.). Ils ont voulu tout nous prendre mais on a refusé.

Un peu plus tard, à l’occasion du 60ème anniversaire de la boîte, la direction a organisé les portes ouvertes de l’entreprise en promettant aux salariés qu’elle leur donnait rendez-vous dans dix ans. Donc les gens ont eu confiance et ont pris des crédits sur dix ans, vingt ans, malgré nos alertes. L’expert-comptable nous prévenait qu’il y avait des risques de fermeture du site, notamment vu la vétusté de l’usine.

De plus, dans le même temps à l’usine de Saint-Cyr-sur-Loire, la direction a commencé à installé les mêmes machines que chez nous. A ce moment là on s’est dit qu’il y avait un problème. La direction niait en nous expliquant que sur Saint-Cyr ils allaient faire du SAV (service après-vente), ce qui n’est pas du tout crédible car on a jamais eu de SAV. Nous on produit des roulement d’orientation, des gros diamètres qui vont jusqu’à huit mètres, et servent pour les gros engins de chantiers comme le tunnelier qui a servi à creuser le tunnel sous la Manche, ou pour les tourelles des chars militaires Leclerc. C’est un savoir-faire reconnu mondialement et on n’a jamais eu besoin de SAV car on n’a jamais de pièces qui reviennent.

Donc on a été à Saint-Cyr pour exiger des explications, et la direction a continué à mentir. C’était mensonge sur mensonge. Elle a essayé de nous rassurer en expliquant qu’on ne ferait pas les mêmes pièces sur les deux sites. Mais on n’était pas dupe, et quand on demandait à l’expert-comptable des graphiques et des comparaisons avec d’autres boîtes qui avaient fermées, on voyait qu’il n’y avait plus d’investissement sur notre usine et qu’on était sur la pente descendante. Il y a dix ans on était 320 personnes sur le site, depuis on est descendu à 140.

Et puis cette année on a refait un droit d’alerte et l’expert-comptable nous a prévenu que c’était de plus en plus clair que la direction prévoyait de fermer l’usine vers 2021 ou 2022. Le 2 novembre, après les annonce présidentielles annonçant le couvre-feu, il y a un CSE exceptionnel le lendemain, dans lequel ils discutent de réorganisation de l’entreprise de manière très floue. Il y a eu un mouvement de grève donc à la suite de cette réunion où les gars ont bloqué les sorties de l’usine. C’est là où le responsable est venu nous annoncer avec des larmes de crocodile qu’il allait y avoi un PSE en se dédouanant, il nous avait menti depuis le début. On découvre don le plan social et le bras de fer s’entame avec la direction. On a pris un avocat. Notre décision était de ne pas négocier, on nous avait dit que pour le rapport de force il valait mieux ne pas négocier le PSE. On a fait une journée de grève, défilé dans la rue d’Avalon malgré le covid et on a refusé tout dialogue avec la direction. La direction ne savait plus quoi faire.

RP : Quelles méthodes et quels mots d’ordre avez-vous adopté pour sauver vos emplois ?

Lhoussaine Amchi : Dans l’entreprise les gens sont plutôt démoralisés donc ça n’avance pas. A chaque fois qu’on veut organiser quelque chose il y a les renseignements généraux, on est écoutés. Notre but c’est de sauver le site et les emplois. Chacun sa méthode pour sauver des emplois, on applique la notre : on a fait grève. On refuse de négocier avec le directeur. Quand il a appris qu’on voulait faire grève sur le site de Saint Cyr, il a voulu nous rencontrer immédiatement, il est venu vendredi dernier. A l’extérieur de l’usine, il a été reçu de manière assez mouvementée. Il y a même un collègue qui avait amené son enfant, en interpellant le directeur « comment je vais faire vivre mon fils ? ».

On s’est réunis avec le patron qui se voulait rassurant en nous disant qu’il pouvait allonger les délais du PSE qui doit être votée le 26 février, trouver une alternative, sécuriser l’emploi sur 5 ans, on a demandé un communiqué. Le soir même, le communiqué tombe et annonce tout le contraire de ce qu’on a discuté. On était tous très en colère, ce week end il y a eu des dégradations suite à ce double discours. Le directeur veut donc nous mettre en chômage partiel pendant trois jours en ce moment. On va être en grève, mais payé. On a fait grève sur Avalon et Saint Cyr hier en bloquant les deux sites, on a refusé de rencontrer le directeur à ce moment là.

Les roulements d’orientation sont arrêtés, on ne produit plus rien donc il n’y pas d’urgence pour le patron puisqu’il nous met au chômage pendant trois jours donc ils ont du faire les stock avant. C’est pas la peine de faire perdre de l’agent aux grévistes, autant se mettre en chômage partiel et aller bloquer un site important, même si c’est loin.

RP : Vous vous êtres coordonnés entre les sites de l’entreprise, vous arrivez à faire la jonction avec les travailleurs du site de Saint-Cyr-sur-Loire ?

Lhoussaine Amchi : A Saint-Cyr, les syndicats ont fait le minimum selon moi, car ils pensent qu’ils vont récupérer notre boulot. Mais la réalité c’est que deux branches ne vont pas bien chez eux non plus, donc la même chose risque de leur arriver. A Avalon, 141 personnes sont menacées par le PSE et à Saint-Cyr, il n’en reprennent que 63, et les conditions, on ne les connaît pas, on ne connaît ni le salaire ni le poste promis etc. Nous, avec des petites actions, on a obtenu le soutiens des gens.

C’est 400 suppressions de postes dans tout SKF alors que l’entreprise a reçu 800 000 euros de subventions de l’État avant de nous virer. Le système SKF, il est très opaque, on dénonce toutes ces magouilles, notre entreprise a eu un redressement fiscal à cause du nombre de profit. Pendant ce temps ils nous imposent une fermeture du site avec un transfert d’activité, ce qui va entraîner des pertes d’emplois, c’est sur, ceux qui vont pouvoir rester dans l’entreprise vont perdre leur prime d’ancienneté, ça va entraîner une perte considérable.

RP : Que va entraîner la perte de ces emplois concrètement ?

Lhoussaine Amchi : Nous on est dans une petite ville on a 3 entreprises, SKF, une filiale de Michelin qui risque de fermer aussi et Auchan, si une de ces entreprises ferment c’est une catastrophe personne ne peut retrouver d’emploi.

RP : Que voit-tu comme perspective pour faire plier le patronat ?

Lhoussaine Amchi : L’union des salariés de l’usine, c’est primordial déjà. L’impact qu’un grève peut avoir c’est sur l’économie et sur l’image de marque de la boîte. Ils nous mettent la pression, on répond en leur mettant la pression et ça permet de montrer à tout le monde que t’es en train de te battre. Quand t’es uni tu peux te battre, après il faut être intelligent, il ne faut pas pousser à la grève si on sait que ça ne fait pas mal au patron, faire des actions ciblées qui sont stratégiques. Il faut être conscient que parfois ça arrange le patron qu’on fasse grève, même si chaque entreprise est différente.

On a eu rendez-vous avec la Direccte parce que le patron a fermé le site, veut mettre un gardiennage en plus, et veut utiliser la sous-traitance dans l’usine. Aujourd’hui on a fait une grève tournante pour bloquer mais à partir de demain on sera sur le site. De mon point de vue, c’est la lutte jusqu’au bout, faut pas qu’on se laisse faire, on se bat avec nos armes. On va lancer un préavis de grève et va venir samedi 23 à la manifestation parisienne contre les licenciements à l’appel des TUI. Je pense qu’il faut être visible au maximum. Face à un grand groupe c’est pas évident, ils t’écrasent, il faut pouvoir tenir mentalement.

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