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17 de janvier de 2021 Twitter Faceboock

Austérité à la fac
Université Bordeaux Montaigne : faute de moyens, la direction de la fac sacrifie des cours
Onzième Thèse Bordeaux

Ce lundi, à l’Université Bordeaux Montaigne, des cours de TD d’histoire moderne ont été supprimés. Une énième mesure pénalisant les étudiants, qui révèle d’une part le manque de moyens structurels à l’université, mais aussi la politique conciliatrice d’une présidence qui se revendique de gauche mais applique dans les faits l’austérité du gouvernement.

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Photo montage : Mar Ned - Enfoque Rojo

Suppression des TD d’histoire moderne, les étudiants paient la casse de l’université

Cette semaine, les étudiants en L2 d’Histoire à l’Université Bordeaux Montaigne ont appris avec étonnement la suppression de leur Travaux Dirigés (TD) d’histoire moderne. En début d’année, le départ de l’une des enseignantes en charge du cours pour une autre université à Caen, avait creusé un déficit d’heures déjà important dans le département en question. Il était alors demandé un poste d’ATER, en attendant qu’un remplacement et une solution pérenne soit trouvée. Cependant l’équipe enseignante d’histoire a dû faire face à un refus catégorique de la présidence d’attribuer un tel poste. Accumulant les heures supplémentaires, ils ont essayé tant bien que mal de maintenir ces cours élémentaires pour les étudiants.

Une situation dans laquelle fatigue et conditions de travail délabrées se sont accumulées, impactant directement l’enseignement pour les étudiants, qui plus est au moment où la généralisation du distanciel est déjà lourde et creuse les inégalités.

Au deuxième semestre, une solution devait être engagée pour en finir avec ces conditions d’études intenables. Cependant les coupes budgétaires successives à l’université font que les solutions restent des cache-misères, et ne résolvent pas le manque de moyens structurel à la fac. Ainsi trois résolutions ont été envisagées : la première par la présidence était de constituer un groupe de TD à 80, une aberration tant sur le plan sanitaire que pédagogique. La seconde, du département d’histoire, était de basculer les TD en Cours Magistraux (CM) d’histoire moderne pour les étudiants d’autres formations, solution jugée trop complexe administrativement à mettre en place. Donc, s’il voulait transformer un TD en CM, c’était “pour tout le monde ou rien” juge Lionel Larré, président de l’université Bordeaux Montaigne, dans un mail adressé aux étudiants. C’est finalement la troisième option qui a été mise en place, “le compromis” dont parle le président de l’UBM dans son mail, entre la présidence et le département d’histoire : les TD d’histoire moderne basculent en CM pour l’ensemble des étudiants de 20h30 à 22h30… alors même que les étudiants n’en peuvent plus des cours en distanciel derrière un écran toute la journée. Cela révèle aussi toute l’absurdité de vouloir maintenir les enseignements sans aménagement, encore plus quand on connaît la situation de détresse des étudiants.

Ce cas de figure n’est pas isolé, et il montre le manque de moyens structurels de l’université publique qui, en temps de crise, se révèle dramatique pour les étudiants, les enseignants et les travailleurs de l’université. Alors que la jeunesse est au bord du gouffre, ce refus d’investir pour embaucher de nouveaux enseignants afin d’assurer les TD en plus petits groupes dans des conditions sanitaires satisfaisantes, tout en garantissant un suivi plus que nécessaire aux étudiants, apparaît à l’exact opposé de ce qu’il faudrait mettre en place.

Casse de l’université, austérité pour les services publics

Cette situation en Histoire à l’Université Bordeaux Montaigne est l’expression des politiques néolibérales qui cassent l’université depuis plusieurs décennies. Particulièrement depuis les années 2000, qui marque un tournant dans les réformes de restructuration de l’Université entraînant des baisses importantes de financements et des suppressions de postes ayant pour conséquences directe l’augmentation de la précarité à l’Université. Le changement n’est pas simplement quantitatif, il est aussi qualitatif. En effet, le travail demandé est de plus en plus soumis au modèle de la performance optimisée et l’obligation de travail quantifiable, ce qui détériore encore plus les conditions de travail pour des effectifs plus réduits mais avec plus de pression.

Ainsi le manque de moyens est le reflet de ce remodelage opéré par les différentes réformes de l’université et la mise en concurrence des établissements entre eux pour l’obtention de financements extérieurs. Tout cela impose aux universités de devoir composer avec un régime austéritaire et faire un maximum d’économie : en bref gérer la misère... et encore une fois la crise de la COVID-19 révèle et approfondit ces manques. Le cas de cette suppression de ce TD et son remplacement en CM est symptomatique de cette gestion du moindre mal qui n’est en rien une solution mais bien plutôt un pansement sur une plaie infectée.

Gestion de la misère, misère de la gestion

Face à ce constat, se pose maintenant la question de savoir comment lutter face à ce manque de moyens chronique à l’université, face à la précarité des étudiants, qui s’exacerbe dans une période comme celle-ci. On le voit bien dans le cas présent à l’UBM, la recherche d’un compromis du moindre mal n’est en rien satisfaisant et ne fait que balayer la poussière sous le tapis. Les difficultés s’accumulent, se répètent, sont portées par les enseignants et le personnel en surcharge et surtout impacte directement les étudiants dans leur conditions d’études.

Lorsque nous connaissons une crise sanitaire qui se superpose à une crise économique d’une rare intensité, à une crise sociale et politique, les conséquences de cette gestion de la misère ne peuvent être qu’elles-mêmes miséreuses. La présidence actuelle de l’UBM issue d’une liste de « gauche » porte souvent dans les discours ce combat contre l’austérité dans les universités et la précarité des étudiants. Elle est publiquement contre la LPR, et Lionel Larré dénonce régulièrement la précarité étudiante en multipliant les interventions pour la réouverture des universités. Mais comment peut-on dire lutter contre la précarité des universités alors même que l’on se satisfait de supprimer des TD pour les basculer en CM ? Et surtout si des enseignements en TD ne peuvent pas être garantis par manque d’enseignants, comment vouloir rouvrir les universités dans de bonnes conditions sanitaires, sans surchargement des amphis et des salles ?

Nous l’avons vu encore lors des annonces ce jeudi, le gouvernement continue son mépris envers les étudiants, en n’annonçant que des mesures cosmétiques pour la jeunesse alors même que deux tentatives de suicide ces derniers jours ont mis au coeur de l’actualité la précarité grandissante de la jeunesse universitaire, et un nouveau tragique suicide d’une étudiante à la Sorbonne.

Ce ne sont ni des tweets ni des discours alarmants dont nous avons besoin, ni au travers de négociations, car Macron, Castex, ou encore Vidal, sont aujourd’hui les garants d’une politique austéritaire au service de la rentabilité et des profits des patrons. C’est là le même problème concernant la précarité sur laquelle Lionel Larré a fait campagne : à l’heure où la crise met en péril les profits capitalistes, la jeunesse représente pour le patronat et son gouvernement une variable d’ajustement parfaite pour rattraper les marges de profits au travers de contrats toujours plus précaires. Il n’y a donc aucune solution à attendre de ce gouvernement, qui veut nous faire payer la crise dont les capitalistes sont responsables, nous n’avons rien à leur quémander. Il est impossible de mener une lutte contre la précarisation de l’université sans prendre en compte la situation économique et d’autant plus au moment d’une crise dont les conséquences s’avèrent plus profondes encore que 2008.

La soi-disante gestion indépendante et pseudo démocratique des universités (avec des directions élues localement et des administrations autonomes) rentre en contradiction face à la réalité d’un système universitaire fonctionnel au capitalisme, qui répond à ses nécessités plus qu’aux volontés de la communauté universitaire, tant sur le plan de la recherche, que de la formation. De facto, cela démontre l’impossibilité de la défense de l’université sans remettre en cause le système capitaliste, comme le fait par exemple Lionel Larré. Cela revient à nier la nécessité de ces réformes sous le néolibéralisme.

Encore plus aujourd’hui, il ne faut pas croire que le gouvernement est aveugle ou sourd et n’entend pas ou ne voit pas la détresse des étudiants et de l’université. Toute la transformation de l’université en réponse aux exigences du néolibéralisme a été orchestrée par les gouvernements successifs. Le gouvernement Macron n’échappe pas à la règle ; rappelons-nous des « MacronLeaks » et les documents de campagne qui ont fuité, dont ceux de Gary Bobo, professeur d’économie à l’ENSAE qui conseillait à Macron d’augmenter les frais d’inscription pour résoudre le problème du financement des universités. La crise sanitaire n’a en rien arrêté ces aspirations et le passage de la LPR fortement impopulaire en plein confinement ; une aubaine, tant elle renforce la sélection et la transition vers le tout numérique.

Cela explique aussi l’échec de la défense de l’université sur un terrain uniquement et purement institutionnel qui n’est rien d’autre que de négocier avec ceux qui sont à la baguette de ces réformes bien loin de l’intérêt de la plus grande majorité de la population et encore plus les plus précaires.

S’efforcer d’interpeller le gouvernement pour lui faire prendre conscience de la situation et espérer un changement de politique de sa part est une impasse. En effet, adhérer au jeu parlementaire et ne pas vouloir faire de vagues, ce qui revient à contenir et/ou refuser tout processus d’opposition radicale, n’est rien d’autre que défendre et reproduire l’ordre établi, à savoir celui de la précarisation toujours plus intense de la jeunesse. D’autant plus que l’Etat n’hésitera pas à utiliser la matraque lorsque l’ordre est remis en cause, comme il l’a fait avec une extrême violence lors des derniers blocages contre le maintien des partiels à la Sorbonne.

Par cette gestion de la misère, même les présidents issus de listes de gauche en viennent à se convertir comme le bras du ministère, devenant son relais sur le terrain imposant la « continuité pédagogique » avec des moyens à la baisse.
Alors que la précarité étudiante est de plus en plus dénoncée notamment sur les réseaux sociaux, quelques phénomènes de mobilisation s’ouvrent contre l’absurdité des partiels en présentiel.

Bien que les instances de direction des facs soient loin d’être des outils démocratiques où les décisions sont discutées dans l’opacité la plus totale, y avoir des élus, comme c’est le cas de Onzième Thèse à l’Université Bordeaux Montaigne, est utile pour rapporter à l’ensemble des étudiants ce qu’il se trame dans leur dos. Mais aussi pour y faire entendre des revendications dont l’issue se trouvera surtout dans les mobilisations, en mettant systématiquement cette intervention au service d’une frange d’opposition et de construire un rapport de force. L’ampleur de la crise ne permet plus de bricoler ou de gérer le moindre mal, elle impose de transformer la détresse en rage au travers d’une lutte déterminée, aux côtés des travailleurs qui subissent de plein fouet la crise.

C’est de cette manière qu’il est aujourd’hui urgent, loin des mesurettes annoncées par le gouvernement, d’imposer notre propre plan d’urgence contre la précarité étudiante, l’austérité dans les universités et plus généralement dans les services publics, et une politique intransigeante pour que ce ne soit pas à la jeunesse de payer les frais de la crise.

À l’aune d’une troisième vague épidémique et de la crise économique, il faut un plan d’urgence contre la précarité

Pour Onzième Thèse, la transformation du TD en CM, qui plus est de 20H30 à 22H30, n’est pas une alternative qui allégerait le poids des cours à distance et de la charge de travail accumulée qui pèse sur les étudiants. Au contraire, dans une période où l’ombre d’une troisième vague se dessine, si aucune mesure d’urgence n’est prise, on va assister à l’accentuation de la détresse étudiante et ses conséquences dramatiques. Voici quelques éléments de programme que porte l’association Onzième Thèse, pour mettre fin à la précarité étudiante, et pour que ce ne soit pas aux jeunes de payer la crise :

En premier lieu, ça devrait être aux étudiants et aux enseignants de décider de la réorganisation de leurs cours. Ainsi, nous devons mettre un terme au dilemme que nous impose le gouvernement entre suivre les cours à distance pour éviter le covid mais qui accentue inégalités et décrochage, et revenir en présentiel sans moyens qui exposerait les étudiants fragiles et leurs familles au virus et accentuerait encore les inégalités. Une solution est envisageable en imposant, par la constitution d’un rapport de force et non une négociation perdue d’avance, un programme d’urgence :

  • Embauche massive d’enseignants et personnels pour répondre aux besoins de l’Université, d’autant plus en pleine crise sanitaire afin d’assurer des enseignements et des suivis qui ne laissent aucun étudiant sur carreau ;
  • Réquisition de salles pour réorganiser les cours avec des plus petits groupes pour étudier en présentiel et en finir avec la détresse psychologique et les décrochages que causent les cours à distance dans des conditions inappropriées ;

La crise économique qui touche particulièrement les étudiants dont la moitié sont obligés de travailler pour étudier, souvent avec des contrats précaires, a laissé nombre d’entre eux sans revenus du jour au lendemain, en raison des licenciements et suppressions de postes massifs. Les préoccupations sur leur nutrition et leur logement du point de vue financier ne permettent de suivre ses études convenablement, c’est pourquoi nous voulons un revenu mensuel à hauteur du SMIC, financé par un impôt sur les grandes fortunes afin de pouvoir étudier et subvenir à ses besoins.

Les capitalistes veulent faire payer les frais de la crise dont ils sont responsables aux jeunes, aux travailleurs et aux franges populaires : contre cela, nous devons porter l’interdiction des licenciements et des suppressions de poste et refuser tout recul sur nos acquis, qui touchent la jeunesse notamment avec leurs contrats souvent précaires, mais aussi une large majorité de la population, avec 3,828 millions de chômeurs au troisième trimestre 2020, selon l’Insee.

D’autre part, que les questions pédagogiques et matérielles sont liées, à l’aune d’une nouvelle vague meurtrière du covid nous avons besoin d’une stratégie sanitaire à la hauteur, et non de mesures arbitraires et liberticides qui se sont montrées peu efficaces face au virus. C’est pourquoi nous exigeons :

  • Un service de nettoyage avec les forces humaines et matérielles nécessaires pour assurer la tenue d’un environnement le plus sain possible. Ces services ne peuvent être sous-traités et soumis à la concurrence des boites privées qui dégradent les conditions de travail et négligent son importance :internalisation et augmentation de salaire pour tous les agents ;
  • Installation de centres de tests massifs sur les campus afin de suivre en temps réel et en toute transparence l’évolution de l’épidémie, au travers d’un suivi scientifique des professionnels de santé eux-mêmes avec le personnel et les moyens nécessaires.

Une première série de mesures permettant de mettre fin à l’hémorragie enclenchée par la crise sanitaire et ses corollaires. Il s’agit de les arracher pour refuser d’être la génération sacrifiée, mais surtout d’amorcer un processus de rupture avec la passivité latente du monde universitaire et les préoccupations de contention pour un « retour à la normale ». D’une part, cela ne fonctionne pas dans l’immédiat, en s’érodant face à un gouvernement qui veut nous faire payer la crise, mais d’autre part cela ne permet en aucun cas le dépassement de la crise structurelle de l’université et du système qui l’a engendrée. Onzième Thèse défend un politique à contre-courant de cela, pour porter un programme d’urgence, et dans une optique radicalement anticapitaliste.

Si tu veux t’organiser avec nous, ou même nous envoyer un témoignage de ta situation dans ta promotion ou ta fac, n’hésite pas à nous contacter sur Instagram, Twitter, ou Facebook de Onzième Thèse !

 
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