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La Izquierda Diario
30 de décembre de 2020 Twitter Faceboock

Gestion catastrophique
Covid-19. Mutation du virus au milieu d’une « guerre » pour les vaccins
Philippe Alcoy

La nouvelle mutation du virus le rend plus contagieux et risque d’accélérer la pandémie. Le tout se déroule dans un contexte de lutte acharnée pour les vaccins contre le Covid-19.

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Crédit photo : AFP

Depuis quelques jours l’inquiétude gagne à nouveau les cabinets ministériels à travers le monde. On a détecté une mutation du virus à l’origine du Covid-19. Elle a eu lieu notamment en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud mais a touché également d’autres pays. Une caractéristique de cette nouvelle « version » du virus c’est qu’il devient encore plus contagieux que la première version du nouveau coronavirus. Cependant, selon les études scientifiques, pour le moment, les symptômes de la maladie ne seraient pas plus graves. Autrement dit, cela reste une maladie grave pouvant entraîner la mort mais pas dans des proportions plus importantes que ce que l’on a connu jusqu’à présent.

Les mutations des virus de ce type sont courantes, mais ce nouveau variant comporte jusqu’à 24 mutations. L’inquiétude et la rapidité de son extension a déjà eu d’importantes conséquences en Grande-Bretagne où la population a dû être reconfinée en urgence juste à la veille de Noël, les frontières fermées. D’autres pays, dont les Etats-Unis ont déclaré avoir déjà détecté la présence de cette mutation dans leur territoire, sans que les patients aient effectué des voyages au Royaume-Uni récemment.

Mais ce qui inquiète les différents gouvernements de la planète ce sont les possibles conséquences de cette nouvelle variante du coronavirus sur les vaccins qui sont en train d’être développés contre le Covid-19. Comme l’explique l’épidémiologiste Deepti Gurdasani, « alors que le monde développe de nouveaux médicaments contre les coronavirus, on signale que des personnes qui avaient été infectées par une souche antérieure du virus sont réinfectées par une autre variante. Il y a donc lieu de craindre que certaines mutations du virus puissent échapper aux réponses immunitaires générées par l’inoculation standard, comme le vaccin Pfizer-BioNTech ou Moderna ».

Cela veut dire qu’il y a un risque que la pandémie continue à se répandre et qu’elle échappe (encore plus) au contrôle des autorités. Le monde pourrait alors continuer à être plongé dans une situation de restrictions et de mesures qui frappent une économie globale profondément en crise.

Cependant, ce n’est pas seulement cette mutation qui menace de prolonger la pandémie et ses effets sur la vie sociale et économique. La gestion même de la pandémie, dans le cadre de logiques capitalistes, constitue un obstacle pour la lutte contre le Covid-19. Comme nous l’écrivions il y a quelques semaines, les pays impérialistes sont en train de s’accaparer des vaccins contre les Covid-19 au détriment des pays de la périphérie capitaliste et cela ne peut que ralentir la lutte contre le coronavirus.

En effet, les gouvernements des puissances impérialistes tentent, d’une part, de se procurer le nombre le plus grand possible de doses des vaccins et le plus rapidement possible afin de relancer leurs économies ; et d’autre part ils sont sous la pression de la population et des oppositions internes. Tout cela les conduit à mener une « guerre » contre les autres puissances autour des vaccins. Et dans ce cadre les pays semi-coloniaux et de la périphérie capitaliste sont complètement relégués et leurs populations mises en danger. « Les pays riches ont fait des achats anticipés importants de plusieurs vaccins, stockant un volume de doses potentielles disproportionné par rapport à leurs cas de coronavirus et à leur population. L’Australie, le Canada et le Japon comptent moins d’un pour cent des cas de coronavirus dans le monde, mais ils ont stocké plus de doses de vaccins potentiels que toute l’Amérique latine et les Caraïbes, une région qui compte plus de 17 pour cent des cas de coronavirus dans le monde », écrivent Thomas J. Bollyky and Chad P. Bown dans Foreign Affairs.

Plus cynique encore est le cas de l’Afrique du Sud, l’un des pays où l’on a détecté une variante de cette mutation ultra contagieuse du coronavirus. Le pays a signé un contrat de production du vaccin développée, mais encore en période de test, par Johnson & Johnson mais n’est pas sûr d’y avoir accès avant le milieu de l’année prochaine, voire plus tard. C’est-à-dire que les Sud-Africains vont produire des vaccins qui seront ensuite acheminés vers l’Europe et les Etats-Unis, alors qu’eux-mêmes n’auront pas accès aux vaccins. C’est pour cela que, comme on peut le lire dans le New York Times, « la meilleure chance qu’ont de nombreux Sud-Africains de se faire vacciner rapidement est de se porter volontaires pour un essai clinique et de tester des vaccins non éprouvés sur leur corps ».

Ainsi, ces politiques mises en place par les gouvernements impérialistes suivant une logique de concurrence capitaliste sont incapables de lutter effectivement contre la pandémie qui est, comme son nom l’indique, globale. Immuniser toute la population d’un pays ou d’un petit groupe de pays ne peut pas faire disparaître le virus qui continuera à circuler dans la plupart des pays de la planète. Même d’un point de vue capitaliste ces politiques sont inconséquentes : l’économie capitaliste est totalement internationalisée, les chaînes de productions, les routes commerciales, traversent une infinité d’Etats. Si les capitalistes, même motivés par les profits, veulent relancer l’économie il faudra pour cela se débarrasser du virus sur une très grande surface de la planète.

Cependant, les vaccins ne semblent pas représenter une réponse suffisante pour battre le virus, comme la mutation récente le démontre. Il faudra mettre en place des politiques communes au niveau international concernant non seulement le partage d’informations scientifiques mais aussi des protocoles sanitaires dans la production agricole. Car plusieurs scientifiques pointent les origines animales du nouveau coronavirus critiquant l’élevage intensif. En ce sens, l’épidémiologiste Deepti Gurdasani, que nous avons déjà cité, insiste sur le fait que « pour empêcher l’apparition de nouveaux réservoirs de virus chez d’autres espèces, les gouvernements doivent de toute urgence réformer les pratiques agricoles, renforcer les mesures de biosécurité et surveiller activement la COVID-19 en séquençant fréquemment le virus chez les humains et les animaux. Ces données doivent être partagées à l’échelle mondiale afin que les foyers puissent être identifiés et contrôlés rapidement, avant qu’ils ne se propagent dans différentes régions ».

Toutes ces recommandations vont à l’encontre de la logique capitaliste de la maximisation des profits à travers les brevets, notamment parmi les grandes corporations de l’industrie pharmaceutique soutenues par les différents gouvernements des Etats impérialistes. En attendant, cette politique réactionnaire se paye en vies humaines à travers la planète. Ce n’est pas la première fois que nous assistons à une telle situation dramatique et barbare. C’est la même logique à laquelle nous avions assisté tout au long des années 1990 autour de la question des traitements conte le VIH dans les pays semi-coloniaux : alors que les gouvernements locaux luttaient pour produire des médicaments génériques à des prix abordables les grandes firmes pharmaceutiques et les gouvernements impérialistes menaient une lutte juridique au nom de la défense des brevets. Ce n’est que la résistance et la mobilisation populaires à travers la planète, y compris dans les pays impérialistes, qui a permis tordre le bras à ces multinationales (qui ont par la suite adopté d’autres stratégies pour continuer à empocher des profits sur la santé des plus exploités).

Aujourd’hui la pandémie de Covid-19 montre encore une fois le caractère rétrograde du capitalisme. Les travailleurs, les classes populaires, la jeunesse qui se bat pour son futur ont intérêt à se mobiliser contre les gouvernements capitalistes et les grandes multinationales, à commencer par celles de l’industrie pharmaceutique (mais pas seulement), mettant en avant la nationalisation sous contrôle ouvrier de l’ensemble des corporations pharmaceutiques et des laboratoires privés ; exigeant le financement massif et le partage à l’échelle planétaire des résultats des recherches dans le cadre d’une collaboration globale pour répondre aux urgences sanitaires de toute la population. C’est la seule façon d’enlever le pouvoir de décision d’une petite minorité de privilégiés sur la vie de l’écrasante majorité de la population mondiale. La remise en cause de la logique capitaliste dans le secteur de la recherche scientifique ne peut que montrer l’aberration de ce système dans son ensemble, dans tous les aspects de la vie économique et sociale.

 
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