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La Izquierda Diario
17 de juin de 2020 Twitter Faceboock

Violences dans les quartiers
Dijon. La classe politique instrumentalise les affrontements à des fins xénophobes et sécuritaires
Damien Bernard
Julian Vadis

Depuis vendredi dernier, des affrontements violents qui sont en phase d’apaisement ont eu lieu entre des habitants tchétchènes et des membres du quartier des Grésilles à Dijon. Des affrontements que Macron et son gouvernement cherchent à instrumentaliser à des fins xénophobes. D’un côté, le chef de l’Etat appelle son ministère à expulser les étrangers impliqués, de l’autre, le RN de Marine Le Pen joue de son côté la surenchère en appelant même à un « moratoire sur l’immigration »

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Ce que l’on sait des affrontements à Dijon et à Nice

Au milieu de la déferlante de réactions qui a suivi les événements de Dijon et de Nice depuis vendredi dernier, il était particulièrement difficile d’y voir clair sur la véracité des affirmations qui entourent l’affaire. Dans le concert de commentaires réactionnaires, mené avant tout par l’extrême droite, beaucoup ont affirmé qu’il s’agissait d’un conflit « communautariste », pour d’autres d’une guerre des gangs sous fond de trafic de drogue, ou encore d’une question d’honneur suite à l’agression d’un jeune homme qui a été le déclencheur.

Ce que l’on sait jusqu’à présent, c’est qu’à Dijon, un jeune homme de 19 ans, d’origine Tchétchène, a été agressé mercredi dernier et que les principaux suspects de cette agression seraient originaires de la cité des Grésilles. D’après le témoignage du père du jeune homme dans Le Parisien, dans la nuit de mardi à mercredi, alors que son fils et un ami à lui sont à la recherche de jeunes de la cité des Grésilles qui auraient agressé le petit frère de son ami devant un bar à chicha, ils sont attaqués par une "dizaine d’hommes armés". «  Mon fils a reçu un coup de crosse sur la tête puis dans le dos. Il est tombé au sol où il a reçu des coups au visage. Ensuite on lui a mis un pistolet dans la bouche et on l’a insulté. Ils sont partis en le laissant par terre  » explique son père au Parisien. C’est à cette occasion que le jeune homme tchétchène est très gravement blessé. A partir de là s’en suit une escalade de violences. Une action de représailles est alors organisée par des habitants tchétchènes impliquant une centaine de personnes armées et cagoulées. Ils décident de se rendre à la cité des Grésilles, ou là encore plusieurs personnes sont attaquées. Au total, c’est une dizaine de personnes qui ont été blessées dans la journée du vendredi.

Le samedi, deux groupes s’affrontent à nouveau, selon les témoins surtout « verbalement ». Dans la nuit de samedi à dimanche, des coups de feu sont tirés, blessant grièvement une personne. Enfin, dans la nuit de lundi à mardi, plus d’une centaine d’habitants tchétchènes se rendent aux Grésilles pour en découdre, sans être visiblement armés. Dans une vidéo, un célèbre influenceur YouTube d’origine Tchétchène indique que ces raids ne visaient en rien la communauté maghrébine, qu’il considère les arabes « comme des frères » mais vise explicitement les auteurs de l’agression de vendredi dernier tout en lançant un appel au calme. Une version qui contredit l’argumentaire selon lequel il s’agirait d’une guerre « communautariste ».

Des affrontements qui sont en phase de s’apaiser comme le relate notamment le journal Marianne : après plusieurs tentatives de dialogues, « une quinzaine de représentants des communautés tchétchène et maghrébine de Dijon étaient réunis dans la banlieue de la capitale bourguignonne  » pour « convenir d’un arrêt des affrontements  ». Une tentative de dialogue qui semble avoir réussi : « selon une source tchétchène, des représentants de la communauté maghrébine du quartier des Grésilles auraient reconnu les torts des agresseurs de I. et auraient présenté des excuses, acceptées par leurs homologues ».

Instrumentalisation à des fins xénophobes : le gouvernement cherche à couper l’herbe sous le pied au RN

Suite aux affrontements, l’extrême droite a très rapidement cherché à instrumentaliser les événements de Dijon en inondant les réseaux sociaux. L’objectif, clairement affiché, était de remettre en cause le combat actuel, et qui trouve un écho grandissant, contre les violences policières et contre le racisme d’Etat en remettant en question le débat ouvert sur la question du désarmement de la police. Présente à Dijon ce mardi 16 juin, Marine Le Pen a tenu une conférence de presse qui a pris des allures de lancement de campagne présidentielle. « Des bandes se livrent une guerre ethnique, arme automatique à la main. Voilà, en toute clarté, la réalité de l’ensauvagement » a t-elle notamment déclaré, appelant à des retraits de titres de séjour, avant de tomber le masque totalement. « J’appelle à réarmer matériellement, moralement et juridiquement nos policiers, qui doivent pouvoir travailler dans les meilleures conditions » a déclaré la présidente du Rassemblement National, dans la lignée de ses déclarations de la semaine dernière concernant les manifestations anti-racistes.

De son côté le gouvernement, marche clairement sur les plates-bandes du Rassemblement National, dans un contexte où l’institution policière a mis la pression sur l’Exécutif ces derniers jours. Ainsi, selon LCI, l’Elysée a demandé au ministère de l’Intérieur d’expulser les tchétchènes interpellés. « Voilà où nous mène le communautarisme, voilà où nous mène le séparatisme dont a parlé le président de la République […] Nous ne pouvons pas supporter dans la République des lieux de non-droit, des quartiers de non-droit, des bandes, des trafics » a déclaré le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume. Laurent Nunez, secrétaire d’Etat et présent à Dijon, a annoncé le déploiement de forces de police supplémentaires, après s’être déclaré « très fier » de l’action policière et d’annoncer une réponse « extrêmement forte ». A propos des deux unités de forces mobiles déployées, Nunez a précisé qu’« ils seront présents autant de fois qu’il le faudra ». La réponse de l’Exécutif vise donc à une militarisation totale de ces quartiers populaires, s’appuyant sur l’ensemble des propos réactionnaires de l’extrême droite.

Du côté de la droite classique et du PS, l’affaire de Dijon constitue aussi une possibilité de récupération pour s’afficher comme des défenseurs de l’ordre. Interrogé sur Europe 1, Eric Ciotti s’est engouffré dans la brèche, dénonçant une « politique d’immigration laxiste » sous le prétexte que, selon lui, « ces Tchétchènes, en tout cas ceux qui ont été interpellés, sont quasiment tous des demandeurs d’asile ». Maire PS de Dijon, François Rebsamen a quant à lui dénoncé sur RTL « une panne généralisée du fonctionnement police/justice », estimant un manque « de présence policière sur le terrain » et de conclure par un tacle au gouvernement. « Le préfet a très bien vu qu’il n’avait pas les forces suffisantes pour faire partir les Tchétchènes, il s’est débrouillé avec les forces dont il disposait c’est-à-dire vendredi soir quasiment rien, samedi un peu plus, dimanche aussi mais toujours pas assez. Christophe Castaner m’a promis des renforts, je les ai eu hier soir. Des militaires étaient là, le raid est venu. Mais avant ça, il n’a rien pu faire » a déclaré Rebsamen.

Enfin, la France Insoumise attaquée par l’extrême droite sur sa revendication actuelle, le désarmement de la police, s’est positionnée d ’une part contre les propos réactionnaires de l’extrême droite visant à assimiler ces affrontements à "une bataille inter-ethnique", d’autre part a défendu son programme estimant qu’il faut distinguer les actions de la police à l’encontre "des gilets jaunes, du mouvement anti-raciste, les contrôles d’identité" et celles menées contre "une guerre de gangs".

Dans le même sens, suite à la répression policière lors des manifestations des hospitaliers ce 16 juin, Jean-Luc Mélenchon a déclaré sur son compte Twitter qu’ « au lieu de persécuter et gazer les personnels soignants, la police ferait mieux de lutter contre le trafic d’armes » tout en ne se prononçant pas sur les mesures de militarisation annoncées visant à relégitimer la police. Quelques heures plus tard, face à l’alliance dans cette affaire de l’ensemble des forces politiques de l’extrême droite au gouvernement jusqu’au PS, plusieurs figures de la France Insoumise dont Jean-Luc Mélenchon et Adrien Quatennens, se sont alignées sur l’expulsion des réfugiés ou demandeurs d’asiles qui feraient parti des affrontements ayant eu lieu à Dijon. Ainsi, Adrien Quatennens a confié à France Inter ce matin, « S’il est avéré qu’il y a parmi les mis en causes des demandeurs d’asile ou des réfugiés, clairement ils n’ont rien à faire en France ».

Un positionnement qui va dans le sens de se ranger derrière celui ouvert par le président de la République sur la question des « expulsions d’étranger impliqués ». Une position des plus scandaleuses sur fond de xénophobie anti-Tchéchène, et plus généralement contre tous réfugiés venant de zone de guerre qu’il développe dans son interview : « Ceux qui sont pris là, qui sont demandeurs d’asile politiques n’auront pas leur asile politique, et c’est une bonne chose qu’on les expulse. On ne vient pas en France pour se battre dans la rue avec des barres de fer et des armes ». Il continue en donnant ensuite des leçons aux services de renseignements : « Il faut que le renseignement intérieur soit plus vigilant avec les gens qui viennent des zones de guerre, comme c’est le cas des Tchétchènes, parce que dans ces zones de guerres on prend de mauvaises habitudes, des violences qui n’ont pas cours dans nos sociétés pacifiques comme les nôtres, le renseignement doit être beaucoup plus vigilant.  »

Qui sont les véritables responsables ?

Bien entendu, la vaste opération d’instrumentalisation politique sur fond de xénophobie anti-Tchétchène menée tant par le gouvernement que l’extrême droite, mais aussi LFI, n’invalide pas le fait que ces violences inter-quartiers sont condamnables en tant qu’en définitive elles pèsent sur les quartiers populaires. Des affrontements qui sont l’expression déformée d’un certain degré de décomposition sociale qui règne, parfois, dans certains quartiers populaires. Une tension qui a pu être exacerbée par le confinement qui a accentué les inégalités et aiguisé les tensions sociales. On le sait, les jeunes des quartiers populaires, bien avant même le Covid19, sont touchés par un chômage et une misère grandissante ces dernières décennies, qui forment le terreau propice au développement d’organisations clandestines de trafic en tout genre. Une situation a été renforcée par l’épisode pandémique, avec des taux d’infection au Covid19 supérieur dans les quartiers populaires, dû principalement au fait que les habitants de ces quartiers ont été majoritairement en première ligne face au virus. Par ailleurs, le marché parallèle, comme celui de la drogue et qui sert de véritable catalyseur d’explosions sociales dans les quartiers, a lui aussi été partiellement paralysé par l’épidémie, exacerbant les tensions et la misère sociale.

La violence qui s’est développée ces derniers jours sont, en dernière instance, le résultat de cette misère galopante. Dans ce cadre, les réactions, du PS à l’extrême droite en passant par le gouvernement appelant à une militarisation des quartiers populaires et à un regain de la répression pour « rétablir l’ordre » ne peuvent qu’exacerber un peu plus la situation, les violences policières comme le racisme d’Etat qui touchent les quartiers populaires.

Tout au contraire, dans le sens du mouvement social salutaire qui se développe contre les violences policières et le racisme, il est indispensable de toucher directement aux racines des problèmes, qui font le terreau de la décomposition sociale qui sévit dans les quartiers populaires, comme le chômage de masse et la misère sociale. Contre les arguments xénophobes développés par la classe politique contre ces « gens qui viennent des zones de guerre », tout au contraire, il nous faut, contre la stigmatisation des personnes en situations irrégulières d’où qu’ils viennent, exiger des papiers pour tous, exiger la régularisation massive des personnes sans-papiers.

Contre l’offensive réactionnaire qui vise à renverser l’accusation des violences policières et à relégitimer la police et son armement, il nous faut exiger justice et la relaxe pour toutes les victimes de violences policières, et des revendications sociales pour le développement de services publics de qualité, la baisse du temps de travail afin de lutter contre le chômage, l’interdiction des licenciements et des contrats précaires ainsi qu’une augmentation des salaires, seules solutions permettant de lutter efficacement contre l’extrême pauvreté et l’ensemble des violences, tant sociales, que racistes ou policières, générées par le système actuel.

 
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