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Variant plus contagieux : la gestion de l’épidémie en Angleterre vire à la catastrophe

Un variant du Covid-19 déferle actuellement sur l’Angleterre. Tous les voyants sont au rouge, le taux de contamination est catastrophique, le nombre de décès quotidiens record, les hôpitaux saturés et le pays confiné. L’Angleterre paye au prix fort la gestion austéritaire de son système de santé, et la stratégie pro-patronale du gouvernement Johnson.

samedi 23 janvier

LEON NEAL / AFP

Mutation du virus et situation catastrophique

La mutation britannique du virus et son expansion rapide ont rapidement concrétisé au Royaume-Uni, l’hypothèse d’une troisième vague. Le variant du Covid-19, que l’on estime plus contagieux, pourrait provoquer plus de de décès là où il se propage. Identifié pour la première fois en Angleterre, le variant VoC 202012/01 (Variant of Concern, year 2020, month 12, variant 01) est à l’origine d’une explosion du nombre de contaminations au Royaume-Uni. Les recherches conduites par une équipe de la London School of Hygiène and Tropical Medecine ont conclu que cette variation du virus était entre 50 et 74% plus contagieuse que la version initiale du Covid-19. La contagiosité accrue est un nouveau facteur clé de la lutte sanitaire menée contre la pandémie. L’épidémiologiste anglais Adam Kucharskia a ainsi démontré que sur une situation initiale de Covid-19 de 10000 cas, le coronavirus habituel causerait après 30 jours 129 morts. Dès lors qu’on augmente la contagiosité de 50 %, ce que provoque le « nouveau » Covid le nombre de morts passe à 978.

Il se pourrait également que ce variant soit également plus létal. Ce vendredi 22 janvier, le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré lors d’une conférence de presse à Downing Street :« Il semble également maintenant qu’il existe des preuves que le nouveau variant, le variant qui a été identifié pour la première fois à Londres, et le sud-est de l’Angleterre, puisse être lié à un degré plus élevé de mortalité ». Un des conseillers scientifiques du gouvernement, Patrick Vallance, a confirmé cette affirmation en expliquant que pour les hommes âgés d’une soixantaine d’années, le risque de mortalité passerait de 10 sur 1000 avec le virus initial à 14 sur 1000 avec le nouveau variant.

Début janvier, Chris Whitty, le conseiller médical en chef du gouvernement Johson faisait déjà état d’une situation catastrophique et parlait « de la situation la plus dangereuse jamais connue » depuis le début de la pandémie pour l’Angleterre. A raison, en décembre une personne sur huit, à l’échelle du pays, avait déjà contracté le virus. Aujourd’hui le Royaume-Uni déplore le décès de plus de 90 000 personnes, soit le pire bilan en Europe. La première semaine de janvier la mortalité globale était 45,8% supérieure à la moyenne des cinq dernières années selon l’ONS. Londres, particulièrement touchée par la dernière vague épidémique, a enregistré une augmentation de près de 85% des décès sur la même période. Cette semaine un triste record a été atteind, avec [l’enregistrement mercredi de 1820 décès supplémentaires en une journée - > Covid-19 : 1820 décès supplémentaires enregistrés mercredi au Royaume-Uni, un record (bfmtv.com)]

Des hôpitaux au bord du gouffre : le prix d’une gestion austéritaire de la santé

Alors que la situation est catastrophique, les hôpitaux et le service public de la santé sont loin d’être armés pour y faire face. Fin décembre déjà, Samantha Batt-Rawden, la présidente de l’association professionnelle Doctors Association UK écrivait sur twitter : « Je préside un réseau de 46 000 médecins britanniques. Cela va vraiment mal en première ligne [dans les unités Covid-19], les médecins ont besoin d’aide. Des hôpitaux commencent à manquer d’oxygène, l’un d’entre eux n’a plus qu’un seul respirateur, des unités de soins intensifs font appel aux volontaires pour retourner les patients ».

Le 9 janvier, sur Europe 1, Ashley, hospitalière au University Collège constatait une nouvelle aggravation de la situation : « On doit prioriser les soignants », un collègue poursuivait :« Si quelqu’un a un accident de voiture ou une crise cardiaque ou n’importe quoi, on n’aura pas assez de place pour les accepter". Ces derniers jours, la vague épidémique commence à décroître et le nombre de contaminations quotidiennes est en baisse, mais les hôpitaux britanniques sont loin d’être sortis d’affaire.

Le Covid-19 a mis sous le feu des projecteurs les faiblesses systémiques du système de santé britannique. Depuis 2015 le financement des hôpitaux est continuellement en baisse. Côté équipements, le Royaume-Uni a comme la France considérablement réduit le nombre de lits de réanimation, jusqu’à atteindre un des niveaux les plus inquiétants d’Europe, 253 lits pour 100 000 habitants. Le Royaume-Uni souffre également d’une pénurie de personnel infirmier, après avoir là encore diminué les effectifs.

La stratégie pro-patronale du gouvernement Johnson

La réponse du gouvernement Johnson, aura été dans cette droite lignée, toujours guidée par les profits et des logiques économiques, celui-ci allant jusqu’à privilégier, en mars dernier, une stratégie d’immunité collective afin de préserver au maximum la vie économique avant de se retrouver obligé de confiner, au regard de l’expansion, déjà, du virus.

Le 31 octobre dernier, Boris Johnson annonçait dans la précipitation un nouveau reconfinement dur d’un mois à partir du 5 novembre. Depuis la mi-septembre le Premier Ministre, faisait la sourde oreille aux appels pressants du SAGE ( le comité scientifique conseillant Downing Street), etrefusait un confinement qui aurait des « des conséquences désastreuses pour l’économie ». Le 4 janvier, Boris Johnson, obligé par la réalité épidémique, alors qu’en une semaine le nombre de patients atteints du Covid avait augmenté de près d’un tiers et dépassait de près de 40 % le plus haut du pic de la première vague, annonçait à nouveau un reconfinement total de l’Angleterre jusqu’à la mi-février.

La « non stratégie » du gouvernement Johnson consiste de fait en un « stop and go » qui revient à alterner entre le maintien de la vie économique et son arrêt lorsqu’on arrive à une situation de saturation dans les services de réanimation. Pour Johnson, il faut vivre avec le virus et accompagner l’épidémie en impactant le moins possible l’économie. L’axe principal de cette politique, c’est le maintien de l’économie au plus haut niveau d’activité, coûte que coûte, en gardant un œil sur les indicateurs hospitaliers. Avec en conséquence de réagir en fonction du nombre d’hospitalisations, autrement dit, une fois que le mal est fait. Une stratégie donc, qui aura fait se multiplier les phases de confinement en Angleterre et qui n’aura su préserver ni de la première, ni de la deuxième, ni de la troisième vague. Le Premier Ministre aura fait la démonstration de son incapacité, de par son dévouement au patronat, à déployer une stratégie sanitaire à la hauteur et ce dans la continuité de la politique menée par le parti conservateur depuis des années quand Thacher, Blair et leurs émules ont consacré la casse de l’hopitâl public britannique et que David Cameron a accéléré la privatisation du système de santé public et réalisé des économies massives sur le budget alloué aux hôpitaux et à la sécurité sociale.

La sortie de crise par une vaccination rapide ?

Si le Royaume-Uni vaccine sa population contre le Covid-19 bien plus vite que le reste de l’Europe ( le 20 janvier 4,6 millions de Britanniques avaient déjà reçu leur première dose, presque 500 OOO en ont eu deux) la pression qui pèse sur le National Health Service (NHS) n’est pas prête de s’arrêter. L’effet protecteur des vaccins n’est attendu que pour fin février-début mars. Mais surtout pour le gouvernement britannique se maintient l’inquiétude que les efforts mis en œuvre pour une campagne de vaccination rapide soient réduits à néant par l’apparition d’autres variants. Le 15 janvier, le Royaume-Uni a donc décidé d’interdire tous les vols en provenance d’Amérique du Sud et du Portugal, après avoir exprimé ses inquiétudes au sujet d’un variant brésilien. La même décision avait été prise fin 2020 avec les vols en provenance d’Afrique du Sud, à la suite de la découverte d’un variant sud-africain.

Si la vaccination rapide est un motif d’espoir au Royaume-Uni, et une formidable nouvelle, celle-ci ne suffira pas. Parallèlement à sa poursuite, c’est un programme d’urgence pour la santé et l’hôpital public qu’il s’agit d’agiter pour revendiquer l’augmentation massive des moyens accordés au NHS afin d’enfin d’endiguer l’épidémie. La gestion sanitaire par les capitalistes et pour les capitalistes, et l’exemple britannique est particulièrement frappant, est réglée par l’imprévision, le court terme et la volonté absolue de sauver le profit. Cette politique aura occasionné plus de 90 000 morts au RU. A rebours de ces politiques qui ne posent comme perspectives que plus de morts et plus de restrictions de libertés, c’est une mobilisation des travailleurs britanniques et du monde entier qui pourra accoucher du seul vaccin à même de complètement nous sauver : la lutte des exploités et des opprimés pour imposer une gestion sanitaire au service de tous. Car si les épidémies passent, les systèmes demeurent s’il ne sont renversés.




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