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Levée des brevets !

Variant Delta. Face au risque de la 4ème vague, l’urgence de la levée des brevets

Alors que l’heure est au déconfinement et malgré une diminution du nombre de cas de Covid-19 quotidiens en France, la part des contaminations dues au variant Delta croit rapidement ces derniers jours. À l’international, 85 pays sont touchés par des foyers de variant Delta, imposant dans certaines le retour de restrictions sanitaires voire de reconfinement.

mardi 29 juin

Crédits photo : AFP

Si la levée des restrictions sanitaires est aujourd’hui à l’agenda du gouvernement en France, l’épidémie de Covid-19 est loin d’être derrière nous. L’émergence et la progression fulgurante du variant Delta inquiète à l’international, avec 85 pays touchés par des foyer dus au variant, et ce au sein de population souvent au moins partiellement vaccinées.

Le 11 juin dernier, une étude publiée par les autorités sanitaires britanniques établissait un sombre bilan avec un taux de contamination au Covid ayant triplé en trois semaines, atteignant les 8000 nouveaux cas par jour avec la circulation du variant Delta, qui représentait alors plus de 90% des cas. À cette date, alors que plus d’un Britannique sur deux était vacciné, la situation sanitaire avait forcé le gouvernement à repousser la levée des restrictions sanitaires.

La flambée de la propagation du variant Delta en Inde ou au Royaume-Uni alertait ainsi déjà depuis plusieurs semaine. Aujourd’hui c’est le Portugal, la Russie, l’Australie, l’Afrique du Sud, la Malaisie, l’Indonésie, Israël ou encore le Paraguay qui sont aussi rudement touchés par celui-ci. La situation est telle qu’un reconfinement strict a été dernièrement mis en place au Bangladesh et à Syndney, en Australie. De même, le reconfinement décrété il y a un mois en Malaisie a lui été prolongé.

Le retour ou le renforcement des mesures restrictives - du télétravail à la réduction des capacités d’accueil des restaurants ou des commerces - est lui aussi à l’ordre du jour dans plusieurs pays comme en Russie, en Afrique du Sud, ou au Portugal, ou avec le retour du masque obligatoire en extérieur en Israël ou en Australie, à l’Ouest de Perth et à l’Est de Brisbane. Ce rétropédalage sanitaire fait suite à la forte hausse du nombre contaminations dues au variant Delta à l’international. Au Portugal, 51% des nouveaux cas sont dus au variant Delta, s’élevant à plus de 70% dans la région de Lisbonne. L’Indonésie a quant à elle récensé un chiffre explosif : plus de 21 000 cas en 24 heures. Et ce alors que le pic des contaminations est estimé à dans deux semaines, selon Siti Nadia Tarmizi, porte-parole de l’équipe de contrôle de Covid-19. Au Paraguay, c’est un nombre record de 152 morts en 24 heures. En Russie, c’est une hausse de 25% de contaminations et de 33% de décès en plus en une semaine par rapport à la semaine précédente, comptabilisant en une journée - samedi 26 juin - 21 665 nouveaux cas de Covid. D’autres pays encore sont en proie à des taux de contamination effrayant comme en Afrique du Sud, constituant un des principaux foyers de contamination à l’échelle du continent africain, ou encore au Brésil où la situation sanitaire est hors de contrôle avec 115 228 nouvelles contaminations en un jour, mercredi 23 juin, selon le ministère de la Santé.

Alors que mercredi dernier Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, notait une augmentation de la proportion du nombre de nouveaux cas Covid dus au variant Delta dans le taux total des contamination, entre 9 et 10% - contre 0,1% au 1er mai et entre 2 et 4% au 1er juin, Oliver Véran, ministre de la Santé, déclarait ce mardi 29 juin le doublement de ces chiffres, s’élevant à « 20% des nouveaux diagnostics, [rendant le variant Delta ainsi] progressivement dominant ». Or, si le taux de nouvelles contaminations quotidien tend bien à diminuer, la part de cas de variant Delta est croissante et inquiète les épidémiologistes car ce variant est plus contagieux et peut résister au vaccin, bien que celui-ci reste encore le meilleur moyen d’endiguer la propragation du variant Delta, diminuant fortement les chances de développer une forme sévère ou d’être hospitalisé. Cependant, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il faudrait qu’au moins 80% de la population adulte soit vaccinée pour atteindre une immunité collective permettant d’enrayer l’épidémie, de contrôler la propagation du variant Delta, mais aussi d’empêcher le développement de nouveaux variants, comme encore dernièrement en Inde l’apparition du nouveau variant Delta +. Des chiffres loin d’être atteints, même dans les pays où les taux de vaccination sont les plus élévés. L’accès inégal au vaccin est d’autant plus marqué que celui-ci est au main des Big Pharma, préservant plus que jamais les intérêts des grandes multinationales, quand la pandémie de Covid-19 ravage de nombreux pays, et plus encore ceux sont domination impérialiste. La véritable levée des brevets sur les vaccins doit être une priorité absolue pour répondre à cette situation catastrophique, qui révèle de la façon la plus évidente qui soit que ce n’est pas aux capitalistes que les moyens de productions doivent être confiés mais bien aux travailleurs.

Par ailleurs, e plus inquiétant quant à l’évolution du variant Delta en France reste encore l’impréparation totale du gouvernement face au risque de forte propagation. Alors les chiffres au Royaume-Uni témoignent d’une situation dramatique, les autorités du pays avaient cependant déjà établi dès le printemps 2020 un suivi de la dynamique des variants sur leur territoire, mettant au centre un séquençage génomique massif. Dans la plus grande base de données mondiales de génomes, Gisaid, on trouve 440 000 séquences pour le Royaume-Uni… contre 45 000 en France. Par ailleurs, la moitié de ces séquençages sont déposés dans la base de données en moins de quinze jours par le Royaume-Uni, contre trois à quatre semaines en France. Ce retard est un réel problème, se portant à un mois pour les rapports épidémiologiques de SPF : ainsi les résultats communiqués le 11 juin dernier pour le « Flash » sur la situation épidémique remontent… au 11 mai.

Et si depuis le 14 juin la France a annoncé l’instauration de nouvelles dispositions pour mieux détecter la progression du variant Delta, celles-ci sont de loin encore très insuffisantes. Le seul moyen de quantifier la progression des variants est une combinaison des techniques de ciblage des mutations, identifiant quel acide aminé est modifié dans l’ARN du virus par rapport au virus souche dans le cas des variant, et de séquançage, permettant d’analyser la lignée c’est-à-dire les groupes de virus partageant un même ensemble de mutation, qu’on appelle « variants ». Or la nouvelle stratégie sanitaire se concentre essentiellement sur la mise en place de tests de criblage de trois mutations (E484K, E484Q, L452R), sans augmenter en parallèle la capacité des séquençages déjà très en deça des besoins. Par ailleurs, l’appel d’offre qui avait été lancé pour augmenter les capacités de séquençage en France, pourtant terminé le 11 juin, ne verra la sélection d’un de ses quatre candidats actée seulement fin juillet. Philippe Froguel, généticien à l’Imperial College de Londres, pointait le 14 juin dernier dans les pages du Monde cette défaillance sur les séquençages : « Nous devrions avoir un tableau de bord complet et régulièrement mis à jour sur la situation des variants qui circulent en France. Mais ce n’est toujours pas le cas, notamment car la France séquence peu et n’a pas de coordination nationale ». D’autre part, le traitement des données collectées pour la surveillance de l’épidémie reste lui aussi insuffisant et partiel : les métadonnées, permettant d’identifier l’impact du virus selon les catégories de la population, l’âge par exemple, sont très faibles, et les informations recueillies pour établir la radiographie des contaminations sont majoritairement celles de patients hospitalisés, ce qui ne reflète pas la réalité de l’ensemble des cas positifs sur le territoire.

Si la voie de la vaccination est le premier pas nécessaire pour freiner l’épidemie, et qu’en ce sens il faut lutter, comme énoncé précédement, pour une réelle levée des brevets sur les vaccins, aujourd’hui aux mains des grands capitalistes, d’autres mesures essentielles, comme le séquençage, doivent être massivement mises en place. Ainsi, il est plus que jamais urgent de mettre en place un plan sanitaire et l’allocation de moyens à la hauteur de la situation. Cette stratégie sanitaire doit enfin passer par l’expropriation des laboratoires sous contrôle des travailleurs, et le passage sous propriété publique de l’ensemble des établissements de santé.




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