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Vaccins. Derrière les nouvelles commandes de l’UE, le spectre de la pénurie reste entier

Alors que la vaccination de masse apparaît comme un outil essentiel pour sauver des vies, le monopole de la production et ses brevets, accentué par l’accaparement des vaccins par les puissances impérialistes pour l’achat des doses sur le marché international, maintient de fait une pénurie de vaccins. Dans ce contexte, BioNTech-Pfizer et AstraZeneca, pris la main dans le sac en ayant vendu des contrats qu’ils étaient incapables de tenir, ont annoncé des livraisons de doses supplémentaires. Une goute d’eau dans la pénurie, les pays pauvres en première ligne.

mardi 2 février

Crédit Photo : NICOLASASFOURI / AFP

Une course contre la montre pour l’approvisionnement en vaccins

À l’issue de négociations avec le géant pharmaceutique AstraZeneca, la Commission européenne affiche une reprise en main de la stratégie vaccinatoire de l’Union Européenne (UE), compromise par les récents retards de livraison des doses de vaccins. Ainsi, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyden, a tweeté : « Un pas en avant pour les vaccins. AstraZeneca va délivrer 9 millions de doses additionnelles au premier trimestre (40 millions au total) comparé à l’offre de la semaine dernière &va commencer les livraisons une semaine plus tôt que prévu. L’entreprise va aussi étendre ses capacités de production en Europe ». De leur côté, ce lundi, Pfizer et BioNTech ont annoncé une accélération des livraisons à l’UE, promettant jusqu’à 75 millions de doses supplémentaires au deuxième trimestre, selon Le Monde.

S’il s’agit d’une bonne nouvelle, comparé à la situation antérieure qui remettait en question la possibilité même d’achever la première phase de vaccination parmi les pays de l’UE, la Commission européenne et les différents gouvernements qui s’en remettent à elle sont toujours sur le fil du rasoir, avec une situation sanitaire et sociale toujours à deux doigts de dégénérer. Au Portugal, la circulation des variants du Covid a rendu la situation hors de contrôle. Face à une situation sanitaire catastrophique à l’échelle de l’Europe notamment, l’approvisionnement en doses de vaccin à l’échelle de l’UE prend l’allure d’une véritable course contre la montre. Mais les difficultés s’accumulent.

En Europe, des livraisons compromises par la compétition impérialiste

En effet, bien que les doses aient été achetées en quantités suffisantes en amont, les différents États restent soumis aux potentiels retards des grands groupes producteurs de vaccins dans le processus de livraison, qui reste instable du fait de la concurrence internationale. D’après Le Monde,c’est la raison pour laquelle la tension est montée entre Londres et Bruxelles ces derniers jours, l’entreprise AstraZeneca ayant déclaré que les livraisons aux Européens de son vaccin au premier trimestre seraient inférieures de 60 % à ce qui était prévu et que les Britanniques seraient servis avant les Européens parce qu’ils avaient signé un contrat avec le laboratoire anglo-suédois trois mois plus tôt. Ainsi, comme l’expliquent LesÉchos pour la situation française : « Les achats réalisés sont donc suffisants,mais les livraisons n’arrivent pas assez vite. En janvier, on a administré la première piqûre à 1,45 million de Français ; en février, le gouvernement table sur 1 million de primo-injections. Il faudrait vacciner rapidement les 15millions de Français les plus vulnérables pour soulager les hôpitaux et réduire la mortalité, alors que la vague épidémique monte. Mais faute de livraisons, le gouvernement estime qu’on n’y parviendra qu’à la fin juin… »Outre les problèmes de livraisons, les géants pharmaceutiques peuvent également imposer des fluctuations dans leur tarifs en fonction de l’évolution de la situation, comme on a pu le constater avec « l’affaire de la sixième dose »-,qui a conduit Pfizer a livrer 20% de flacons en moins puisque ses contrats sont libellés en doses, toujours d’après Les Échos.

Dans les faits, la stratégie sanitaire des gouvernements se heurte également à l’impréparation et au manque de structures logistiques nécessaires au déploiement de la campagne vaccinatoire, du fait du manque cruel d’investissement dans la santé publique. En France, en raison des difficultés de stockage du vaccin, on vaccine « à flux tendus » , d’après le ministère de la Santé.

À l’échelle internationale, la nécessité de reprendre nos affaires en main !

Plus que tout, le monopole des trusts pharmaceutiques, accentué par la compétition entre les États pour acheter les doses de vaccins compromet toute possibilité de sortie de crise à l’échelle mondiale. Ne pouvant suivre que la logique du profit, la production et la distribution capitalistes du vaccin ne peuvent se faire qu’au détriment des pays sous domination et menacent, de fait, la possibilité pour l’ensemble de la population d’en finir avec le Covid. Et ce ne sont pas les déclarations hypocrites de Macron et Merkel, qui déclaraient en mai 2020 que le vaccin devait être un « bien public mondial », qui vont y changer quoi que ce soit. En effet, la France comme l’Allemagne se sont opposées à la proposition permettant l’abolition des brevets pour les vaccins et d’autres technologies liées au Covid, soumise par l’Inde et l’Afrique du Sud à l’OMS, un refus qui n’est autre que criminel.




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