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Jeunesse

Rentrée universitaire

Université de Paris. Etudiants et personnels face au chaos de la fusion

Dates de rentrées repoussées, inscriptions impossibles, moodle pas accessibles et absence totale d'information : voilà la rentrée à l'Université de Paris (UP). Les étudiants sont angoissés, les personnels dépassés et déjà épuisés. Et cette situation déplorable a une origine connue : le processus de fusion et les dernières attaques néolibérales contre l'université.

jeudi 17 septembre

La fusion opérée entre l’université Descartes (P5), celle de Diderot (P7) et l’institut de physique du globe de Paris (IPGP) a été rendue effective le 1er janvier 2020. la direction de la fac prône les bienfaits de cette fusion en indiquant en une du site de l’université : "L’Université de Paris entre dans le top 100 mondial " "à la 65e place du classement de Shanghai". Et pendant qu’ils se vantent activement de rentrer dans ce classement élitiste basé principalement sur les prix Nobel remportés par l’université et le nombre de revues qui lui sont rattachées, nous, étudiants, enseignants et travailleurs de l’université nous faisons les frais des premières conséquences de cette politique élitiste et sélective.

Augmentation des cadences et heures supplémentaires : une dégradation manifeste des conditions de travail du personnel

Comme nous l’expliquions dans un précédent article le processus de fusion permet de faire des universités concernées « des pôles compétitifs intégrés au marché économique, en poursuivant la dualisation des cycles (licence / master-doctorat), en faisant des premières années d’études supérieures une simple extension des études secondaires, reportant le travail de recherche au moment du master. Dans le même temps, avec l’intégration toujours plus massive de représentants du patronat dans les conseils centraux, la recherche est peu à peu orientée en fonction des besoins des grandes entreprises.  »

Et cette logique s’accompagne d’un côté de coupures budgétaires et de menaces de suppressions de filières, et de l’autre d’attaques contre les conditions de travail des personnels administratifs comme en fait état un communiqué des syndicats CGT-FERC-SUP-UP, SNTRS-CGT et FO/ESR de l’Université de Paris datant du 4 juillet 2020 : « Dans ce contexte, la priorité de la direction de l’université est de nous faire travailler plus ! Elle voudrait augmenter de 2h30 notre travail hebdomadaire soit 37h30 au lieu de 35h par semaine et à Ex-Paris Descartes, les 5 jours de RTT seraient supprimés. (...)En voulant augmenter notre temps de travail, l’université compte faire des économies en rognant sur le budget consacré aux traitements des agents. Un agent qui travaillerait 2h30 de plus par semaine effectuerait 10h de plus en quatre semaines. Sur un service comptant 14 agents, cela revient à "économiser" le recrutement d’un agent supplémentaire. »

Et c’est cette logique de suppressions de postes et de coupures budgétaires qui mène à une situation catastrophique comme le souligne sur un groupe Facebook de filière, la directrice d’une licence en réponse à des étudiants inquiets, confrontés à de multiples problèmes et à une administration terriblement silencieuse : « J’espère juste avoir une équipe de scolarité encore vivante d’ici 15 jours : 4 personnes qui ont pris peu de vacances et sont sur le pont depuis le 24 août, avec l’impossibilité de réaliser un grand nombre d’IA [Inscriptions Administratives] donc on décale tout pour que le siège corrige ses âneries informatiques (merci la fusion) et on recommence [...] Je travaille avec cette équipe depuis plus de 5 ans et son travail n’est pas en cause : je n’ai jamais connu une telle rentrée en 30 ans de carrière ».

Des inscriptions administratives impossibles : les étudiants les plus précaires premières victimes

Et en cette rentrée les conséquences de la fusion, du manque de personnel se font sentir cruellement : de nombreux étudiants n’arrivent pas à s’inscrire administrativement. Avec des conséquences dramatiques pour les étudiants étrangers comme le souligne Christophe Darmeangeat, enseignant chercheur en économie et en informatique à l’UP , « Pas plus tard que cet après-midi, un étudiant de M2, qui a l’idée incongrue d’être étranger, ne sait plus à qui s’adresser pour obtenir un papier certifiant qu’il est bien inscrit et empêchant les flics de lui signifier un retour imminent au bercail.  ».

Même problèmes du côté des étudiants boursiers comme moi, qui ne peuvent recevoir la bourse sans inscription finalisée. Et quand j’ai posé, inquiète, le problème, j’ai eu pour seule réponse : « les services de bourse sont fermés, on ne sait pas quoi vous dire d’autre que de voir au jour le jour en espérant que ça se règle dans les prochains temps ». Malheureusement l’espoir ne permet pas de payer les courses, surtout dans une période de récession économique sans précédent qui fait peser sur nous la menace du chômage et des baisses de revenus, phénomènes qui touchent en premier lieu la jeunesse.

Et quand il s’agit d’aller régler les problèmes les lignes téléphoniques sont saturées et sur place l’entrée de l’inscription générale est interdite pour cause de règles sanitaires… Un deux poids deux mesures puisque la présidence ne semble pas s’inquiéter de l’absence totale de distanciation sociale dans les cours surchargés par manque de moyens, et des enseignants surmenés par une rentrée en temps de pandémie.

Et ça ne s’arrête pas là : avec la fusion les adresses mails universitaires et les comptes ENT devraient être modifiés, mais l’opération n’arrive pas à aboutir, rendant impossible un grand nombre de démarches. Ainsi dans la licence de psychologie les licences 1 et 2 les inscriptions pédagogiques déjà effectuées sont à refaire totalement, risquant de laisser sur le carreau certains étudiants tout en augmentant par deux la charge de travail pour les personnels chargés de ce travail.

Et alors même qu’une partie des cours se tient en distanciel, les comptes ENT et Moodle (où les cours sont disponibles) ne sont pas accessibles.

Et si la rentrée n’était déjà pas assez impossible dans ces conditions, sa gestion sanitaire catastrophique par le ministère de l’enseignement supérieur et les présidences d’université vient aggraver les conséquences de la casse de l’université publique par les réformes néolibérales successives . C’est ce que nous expliquent plusieurs étudiants de l’Université de Paris. Ainsi C. étudiant en M1 de mathématiques, nous expliquait que pour leur premier cours des élèves (pourtant eux bien inscrits !) avaient été refusés de la salle et renvoyés chez eux, en effet l’amphi étant trop petit pour accueillir tous les étudiants tout en respectant les mesures de distanciation sociale. P. de son côté, étudiant en L3 de physique, s’est vu recommander de prendre un support pour écrire, car il n’était pas dit que tout le monde puisse avoir une table !

Voilà les conditions d’études et de travail dans la 65ème université du classement de Shangaï. Voilà les conséquences de la fusion, pointe avancée des mesures néolibérales mises en place par les gouvernements successifs. Et avec la crise économique et la contraction du marché du travail, la volonté de réduire le coût des facs et le nombre de diplômés va aller en s’accélérant. La suppression des filières jugées inutiles aux yeux du patronat va se multiplier, les frais d’inscriptions risquent d’augmenter dans la lignée des recommandations de Gary Bobo en 2017. Autant de choses qui vont priver les classes populaires et précaires d’un accès à l’enseignement supérieur.

A rebours de cette logique nous devons exiger la fin de toute sélection en amont et au sein de l’université et revendiquer sa gratuité totale. Alors que le Covid nous rappelle cruellement le manque de moyens criant des universités, avec des Tds bondés assurés par des profs terriblement précaires, nous devons exiger un investissement massif pour une embauche de personnels, une titularisation de tous les précaires et l’abolition de tous les processus de fusion venant accélérer ces dynamiques.




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