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Politique

Sur Touche Pas à Mon Post

Un policier insulte de "mytho" et de "délinquant" Tommi, victime de viol en garde à vue

Le policier Bruno Attal était sur le plateau de Touche pas à mon poste ce mercredi pour traiter de "mytho" et de "délinquant" le jeune homme venu témoigner du viol et des violences qu'il aurait subi lors de sa garde-à-vue au commissariat du 19e arrondissement à Paris. Un discours nauséabond qui dresse le portrait d'une police raciste et patriarcale, effrayée que des victimes de violences policières relèvent la tête et refusent de se taire.

jeudi 6 mai

Alors que Tommi était venu témoigner du viol qu’il aurait subi après s’être fait tabasser par des policiers du 19e arrondissement de Paris, le policier Bruno Attal a attaqué de bout en bout le jeune homme de 23 ans ayant souhaité dénoncer les violences policières. 

La culpabilisation nauséabonde d’une victime de viol

 

Sous couvert d’être un "débat contradictoire" comme le préconise le présentateur de l’émission Cyril Hanouna, le policier a ainsi pu déverser sa haine durant vingt minutes, faisant allusion dès les premières secondes au casier judiciaire supposé de Tommi afin d’inverser la charge de la culpabilité et de justifier les actes dénoncés par ce dernier. 

"Tommi c’est le verlan de mytho, c’est un menteur tout simplement" est donc la première insulte proféré à l’encontre du jeune homme ayant raconté avoir été tabassé puis violé par les policiers du 19e arrondissement. Une entrée en matière qui choque tant elle joue la surenchère de la violence et du mépris envers les victimes de viol de la part d’un représentant syndical de la police nationale, invité par CNews pour répondre d’une enquête accablante menée par Le Média et StreetPress. 

Poursuivant sur sa lancée, le policier explique que l’attitude de Tommi ne correspond pas au profil d’une victime de viol car "quand on a été violé, on ne se balade pas sur les plateaux télé". Celui qui se dit être un fin expert des violences sexistes et sexuelles, affirmant avoir reçu des centaines de victimes pour les auditionner, reproduit pas à pas la stratégie de culpabilisation des victimes d’agression sexuelle en les réduisant à l’inaction et au silence face à ce qu’elles ont subies. Un discours qui vient illustrer de la pire des manières à quel point la police participe à la perpétuation des violences patriarcales en remettant en question la parole des victimes sous couvert d’enquête. 

Bruno Attal, figure réactionnaire de la police chargée de faire taire la dénonciation des violences policières

 

Figure de l’association "Touche pas à mon flic" dont la ligne politique est clairement réactionnaire, le représentant de la police nationale réitère dans cette émission un discours déjà entendu sur d’autres plateaux télé et sur les réseaux sociaux : face à ce qu’il appelle les "gauchos", le policier Bruno Attal assume quant à lui de défendre les auteurs de violences policières. 

En effet, Bruno Attal avait déjà usé de cette rhétorique nauséabonde à propos de l’agression par des policiers de Michel Zecler qui avait généré l’indignation d’une grande partie de la population et poussé le gouvernement à dénoncer formellement ces actes pour calmer la mobilisation contre la Loi sécurité globale. Ainsi, c’est sans détour que Bruno Attal avait insinué que le producteur Michel Zecler qu’il qualifiait de délinquant et dont l’agression ultra violente a été filmée de bout en bout, cherchait le buzz "pour vendre des CD", tout comme il affirmait hier sur le plateau de TPMP que Tommi chercherait la célébrité pour faire "du rap"

Dénonçant ce qui serait de la "polissophobie", Bruno Attal pointe en réalité du doigt la défiance croissante de la population vis-à-vis de la police, dont le rôle purement coercitif a été démontré de façon particulièrement aigüe ces derniers mois, notamment avec le tournant sécuritaire incarné par la mise en place de la Loi sécurité globale. Sur son Twitter, c’est en effet sans complexe que ce policier revendique la tribune des généraux appelant à un putsch militaire pour rétablir l’ordre contre les populations des quartiers populaires et les secteurs manifestant contre les violences racistes et policières.

S’attaquant à Tommi et cherchant explicitement à l’humilier en affirmant que la lésion annale attestée par les certificats médicaux ayant suivi la garde-à-vue - "il se l’est fait tout seul" - Bruno Attal cherche donc plus largement à décrédibiliser les victimes de violences policières qui refusent de se taire et relèvent la tête pour pointer du doigt le caractère structurel du racisme dans la police. 
C’est également en ce sens qu’il a fustigé la cagnotte de soutien du Comité Justice et Vérité pour Adama Traoré, collectif luttant depuis près de cinq ans pour que la lumière soit faite sur la mort d’Adama entre les mains de la police. 

Loin d’être une erreur de casting pour la police, c’est ainsi une figure montante au sein de l’institution coercitive, militant notamment pour la réforme de la légitime défense pour faciliter l’exonération pénale des policiers auteurs de violences, ou encore pour le renforcement de l’immunité policière en voulant empêcher que les policiers puissent aller en garde-à-vue. 

Dénonçant alors ce qu’il appelle être un "tribunal" pour les policiers, Bruno Attal cherche en réalité à justifier les violences racistes et policières, et ce en toute impunité sur un plateau de grande écoute. Une attitude scandaleuse qui est néanmoins permise par le mythe du "débat contradictoire" plébiscité par la chaine CNews, adepte des sorties réactionnaires de la part de ses invités et de ses propres chroniqueurs qui ont notamment eu pour conséquence la décrédibilisation de la parole des victimes et participent activement à normaliser les oppressions structurelles dont ces violences sont l’expression la plus aboutie.




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