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Santé

« Un infirmier pour 40 patients » : plusieurs hôpitaux mobilisés contre le manque de moyens en Bretagne

Depuis septembre, le personnel et des usagers des hôpitaux bretons se mobilisent dans différentes villes de la région. Les manifestants dénoncent le manque de moyens matériels, humains et financiers résultant de décennies de politiques austéritaires.

Loanne Ronsin

18 janvier

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« Un infirmier pour 40 patients » : plusieurs hôpitaux mobilisés contre le manque de moyens en Bretagne

Crédit photo : Facebook / CGT GHBS

Il y a quelques mois, la mobilisation contre la fermeture des urgences de nuit à Carhaix battait son plein : envahissement de l’ARS, manifestation à Quimper suite au décès d’un nourrisson violemment réprimée par la police…Malgré l’ampleur de la colère, le service des urgences est resté en déficit. Il manque onze médecins sur le CHU et les urgences sont toujours en « accès régulé » la nuit, c’est à dire que les patients doivent obligatoirement passer par le 15 ou par un service tel que la gendarmerie ou les pompiers pour être acceptés aux urgences entre 18h30 et 8h du matin.

Les hôpitaux mobilisés partout en Bretagne contre le manque de moyens

La situation de Carhaix est loin d’être une exception, et partout dans la région, le personnel hospitalier et la population locale se mobilisent pour dénoncer le manque de moyens à l’hôpital. Cette semaine, alors que se tient la semaine de « certification » des établissements de santé, qui inclut une visite des représentants de l’ARS, l’intersyndicale du Groupe Hospitalier Bretagne Sud (GHBS) a appelé à rejoindre manifestations et rassemblements lors de ces visites afin de faire entendre leur colère du milieu hospitalier. L’occasion d’interpeller le nouveau directeur du (GHBS), Jean Christophe Phellep. Celui-ci, dès son arrivée en poste fin 2023, avait annoncé des coupes budgétaires dans le budget des personnels hospitaliers de toute la région.

A Riantec, ville de la couronne de Lorient (Morbihan), habitants, usagers, et personnel soignant se sont rassemblés mardi 16 janvier sur le parvis de l’hôpital lors de la visite de l’ARS. Les syndicats dénoncent, entre autres, des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader ainsi qu’un manque cruel de personnel au sein de l’établissement. Lydia Dréano, syndicaliste CGT, explique dans les lignes de Ouest France : « C’est l’occasion d’interpeller les experts de l’ARS et de dénoncer nos difficultés à assurer une prise en soins digne de nos patients et résidents. Le manque de moyens et d’effectifs ne cesse de s’accentuer. Nos conditions de travail se dégradent sans cesse. »

En parallèle, un rassemblement similaire était organisé à Quimperlé (Finistère), à l’hôpital de la Villeneuve. Une syndicaliste présente au rassemblement raconte : « Dommage qu’il ne pleuve pas, ils auraient vu les seaux dans les couloirs et l’eau tomber du toit. Là tout est clean, les chariots sont bien rangés et comme par hasard les effectifs sont au complet ».

Des conditions de travail et d’accueil des patients catastrophiques. En Bretagne, la situation de l’hôpital est plus que précaire : les services d’urgences de nuit ferment ou sont « régulés » les uns après les autres, le manque d’effectif oblige les salariés à tenir des emplois du temps inhumains... Dans Basta, une urgentiste de l’hôpital témoignait qu’il « peut y avoir jusqu’à 40 patients et seulement un infirmier et un aide-soignant pour les surveiller ».

La destruction de l’hôpital public : résultat des politiques austéritaires que Macron compte poursuivre

Cette situation de crise dans les services publics de santé ne s’arrête pas aux frontières bretonnes. En décembre dernier, à l’hôpital de Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques, une journée de grève avait été appelée par les syndicats de l’hôpital pour dénoncer la mise en place d’une sur-prime destinée exclusivement aux managers de l’hôpital. A Paris, dans le 13ème arrondissement, le service de gériatrie de l’hôpital Broca alertait sur le manque de moyens et réclamait de savoir ce qu’il allait advenir de leur service. A Angers, les brancardiers du CHU ont lancé un mouvement de grève lundi 15 janvier pour dénoncer des cadences infernales et le manque de moyens.

L’état actuel des établissements publics de santé en France résulte directement de politiques néolibérales appliquées ces dernières décennies. Rien que sur ces dernières années, le nombres de lits d’hôpitaux supprimés dans le but d’économiser sur le budget de la santé est affolant. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), entre 2003 et 2021 le nombre de lits d’hospitalisation (toutes formes d’hospitalisation confondues) est passé de 468 000 à 383 000. Les lits pour les séjours dits « longs » sont ceux qui ont le plus pâti de cette baisse, en passant de 80 000 lits en 2003 à 30 000 en 2021.

Une situation qui n’est pas près de s’améliorer puisque la promulgation du PLFSS en septembre 2023, présenté comme un « grand plan pour la santé », prévoit de faire 3,5 milliards d’euros d’économies. Une économie qui se fait sur le dos des patients dont la part à payer sur les médicaments va augmenter, Macron ayant entériné le doublement de la franchise médicale lors de sa conférence de presse cette semaine. Les personnels de santé, quant à eux, vont continuer de subir de nouvelles coupes budgétaires et la dégradation de leurs conditions de travail, impactant de facto la prise en charge des malades. Ces dernières semaines, deux patients sont morts dans les salles d’attente des urgences, faute de prise en charge. Avec les mesures annoncées, ces drames sont amenés à se multiplier.

En toile de fond, les gouvernements qui se sont succédé cherchent à approfondir la concurrence entre les services publics et les établissements privés. A l’heure où l’inflation paupérise tous les pans entiers de la population, c’est l’ensemble des personnels qui doivent s’opposer collectivement à la destruction de la santé publique, et de façon plus générale, à la destruction du service public. Une défense qui inclut le soutien aux grèves et mobilisations des personnels pour des conditions de travail dignes, des embauches et des hausses de salaires et qui devrait s’incarner dans une mobilisation d’ensemble contre les attaques anti-sociales et austéritaires que prévoit Macron contre les travailleurs et de la jeunesse. Seule cette perspective peut permettre d’aspirer à une prise en charge digne de la santé et accessible à toutes et tous.


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